L’ingénieur en chef de J-20 parle du chasseur NextGen

Si la dernière génération d’avions de chasse, caractérisée de degré différent par la faible observabilité, la forte conscience de la situation opérationnelle et une survivabilité accrue sur le théâtre d’intervention, commence déjà à entrer dans une ère de maturité, avec notamment les programmes comme le F-22 et le F-35 américain, le Su-57 russe ainsi que le J-20 et le FC-31 chinois, les critères de chasseurs de la génération suivante sont encore loin d’être définies.

Comment se déroulera un combat aérien d’ici 15 à 20 ans ? Quel sera le rôle des avions de chasse dans les scénarios à venir ? Quels seront les exigences technologiques pour répondre aux besoins économiques et du terrain de demain ? Avec ou sans pilotes ? Telles sont les questions que les principales forces aériennes et les constructeurs aéronautiques commencent à se poser.

Et YANG Wei (杨伟), ingénieur en chef du programme J-20 et membre de l’Académie chinoise des Sciences, a donné pour la première fois sa vision sur ces questions récemment.

 

« Nous définirons les standards de l’avion de chasse du futur »

« Avant, nous regardons ce que font les autres et nous suivons », raconte YANG dans un interview accordé aux journalistes durant l’Assemblée nationale populaire qui s’est déroulé récemment à Pékin, « Mais aujourd’hui, nous sommes capables de concevoir et fournir seuls ce dont la stratégie du pays a besoin. »

Pour cet ingénieur en chef qui a dirigé plusieurs programmes militaires au sein de l’Institut 611 Chengdu, l’un des principaux bureaux d’études du groupe AVIC, le secteur aéronautique militaire en Chine est entré désormais dans un « royaume de liberté », dans lequel les forces armées peuvent avoir confiance en les équipements « Made in China » et définir leurs propres objectifs stratégiques et les chemins de développement d’armements, et que les industriels peuvent créer et innover sans devoir s’appuyer sur les « antécédents étrangers », et manifestent beaucoup plus de confiances sur leurs propres technologies.

J-20

Un J-20 de série sort de la chaîne d’assemblage à Chengdu (Photo : Jacksonbobo)

« Nous étions obligés de comprendre pourquoi et comment les autres font ceci et cela dans le passé, et c’est seulement quand on voit que les autres ont du succès sur ces choix que nous sommes confiants de les suivre et de faire pareil chez nous », souligne l’homme qui avait été promu à la tête du bureau d’études à l’âge de 38 ans, « Désormais même si les lois de la physique sont les mêmes pour tout le monde, nous sommes capables de définir nos propres besoins qui sont uniques, et notre chemin technologique est entièrement indépendant. »

« J’avais un objectif avant, je voulais atteindre un tel niveau que nos adversaires sont obligés de nous étudier. Aujourd’hui j’en ai un autre, je veux que ce soit la Chine qui définisse les standards de chasseur de prochaine génération du monde. »

 

J-20 n’est pas seulement un « bélier »

Certains analystes en Chine avaient qualifié le nouveau chasseur du pays J-20 comme un « bélier » qui sert à « défoncer » la porte aérienne d’un pays adversaire, « une aiguille qui percera le filet ». En tant qu’ingénieur en chef du programme, YANG a une autre compréhension.

« Dans la famille actuelle de chasseurs chinois, le J-20 est le membre le plus puissant. Et comme il est le plus fort vecteur chinois en supériorité aérienne, il sera inévitablement utilisé dans les scénarios les plus critiques dans le combat », indique YANG, « mais le qualifier comme un bélier est un peu réducteur. »

« Comment utiliser un avion de chasse dépend aussi de son nombre en dotation. Quand la série est encore petite on le déploiera pour certaines applications, mais quand la série sera plus grande ce sera une autre histoire. »

Selon YANG, le J-20 est encore au début de son histoire et le programme envisage d’ores et déjà de développer d’autres variantes.

« Cela répond aux besoins du pays et ce fut le cas pour le programme de J-10 qui est toujours en développement, on ne s’arrêtera pas là pour le J-20. »

 

Un mélange de plateforme mécanique, informatique et intelligent

En réponse à la question pour savoir comment sera l’avion de chasse du futur, l’ingénieur en chef de 55 ans s’exprime avec certaines retenues.

J-20

La DMU de J-10A (Image : AVIC)

« Les Américains avaient défini les critères 4S ¹ pour leurs avions de chasse de cinquième génération, mais ces critères ne sont pas très normatives. Aujourd’hui les Etats Unis, la Russie et la Chine ont tous leurs propres avions de chasse de nouvelle génération, mais le poids mis sur chacune de ces critères varie selon les besoins et les visions qui sont propres à chaque pays. »

Pour YANG, l’ingénierie mécanique du monde doit encore franchir un « seuil » avant de pouvoir servir comme base des chasseurs de la prochaine génération. Mais une fois ce seuil passé, sa contribution à l’efficacité et la performance générale de combat sera fortement réduite.

Bien qu’il n’a pas explicité ce que représente ce « seuil », mais on pense qu’il s’agisse de la limite de l’aérodynamique actuelle et aussi celle que peut supporter le corps humain.

« La clé réside dans l’informatisation et l’intelligence (artificielle) », raconte celui qui est considéré comme un symbole de la conception d’aviation militaire en Chine, « Je pense que le chasseur de la génération suivante sera à la quête d’un niveau encore plus élevé en informatisation et en intelligence artificielle, tout en s’appuyant sur une bonne plateforme mécanique qui reste évolutive et adaptative. »

 

Pilote, sans pilote ?

Face à la question pour savoir si les drones seront les principaux vecteurs du futur, YANG pense que l’intelligence (artificielle) a deux objectifs – aider le pilote, ou remplacer le pilote.

« Personnellement je ne mettrai pas d’accent sur la question de pilote ou sans pilote. L’intelligence intégrée entre l’homme et la machine va continuer à apporter une meilleure efficacité durant une certaine période à venir. »

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Deux J-20 de l’armée de l’air chinoise s’entraînent dans un exercice militaire (Photo : CCTV)

A court et moyen terme, YANG reste convaincu que le développement des vecteurs aériens militaires s’appuiera sur l’ingénierie mécanique, l’informatisation et l’intelligence artificielle. Il voit dans la mécanique la base et le porteur de tout équipement, tandis que l’informatisation sera l’amplificateur de la performance, et l’intelligence artificielle comme la technologie de « rupture ».

« Réseau+ et Systèm+ seront les points de rupture pour tout développement d’équipements militaires du futur », dit-il.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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