FL-1 : le mystérieux drone issu de l’intégration civilo-militaire

Lors que le drone Flying Loong 1 a été présenté l’an dernier au stand de Zhong Tian Guide Control Tech (中天引控科技), dans le salon Airshow China à Zhuhai, les questions sont nombreuses non seulement à son sujet mais aussi autour de son jeune constructeur.

Car quand un bon nombre de pays n’est toujours pas capable de concevoir et fabriquer seuls des drones militaires de classe une tonne, une jeune entreprise chinoise fondée en 2012 avec un capital initial de 100 millions de yuan, soit environ 13 millions d’euro au taux de change d’aujourd’hui, l’a fait et en trois fois plus grand. Il y a donc de quoi chatouiller la curiosité.

Et puisqu’une surprise n’arrive jamais seule, on apprend que le drone, d’une MTOW de 3 200 kg, a déjà réussi son premier vol il y a une semaine à l’aéroport Pucheng Neifu, en province du Shaanxi.

D’après le communiqué de Zhong Tian Guide Control, Flying Loong 1, ou FL-1, est qualifié comme une « plateforme de transport générale de longue endurance et à charge lourde » (大载荷长航时通用运载平台), et ce projet de drone « prioritaire » est développé par ZT Flying Loong Intelligent Technology Co., Ltd, une filiale du groupe chinois.

Le drone d’une capacité d’emport totale de 1 400 kg visera essentiellement les marchés internes et à l’international en transport de marchandises, observation au sol, patrouilles aux frontières, recherche et sauvetage à la mer, et prévention des incendies de forêt lorsqu’il est muni de bombes anti-incendie.

Et pour couronner le tout, ZT Guide Contol indique que le projet n’a mis qu’un an et demi pour aller du début de développement au vol inaugural du premier prototype. Ce qui est, pratiquement, une mission impossible puisqu’en temps normal, cette durée est ce qu’il faudrait pour mettre en accord l’ensemble des outils industriels adéquats, avant de commencer réellement la production et ce sans parler du temps nécessaire pour la conception et les essais. Et dans l’industrie aéronautique, il y a rarement de formule magique…

Alors puisque le drone FL-1 existe bel et bien et a réellement volé – donc il ne s’agit à priori pas d’une annonce fictive – qu’est-ce qu’il pourrait expliquer le développement de ce drone en un temps record ?

L’une des explications possibles, et probablement aussi celle qui est la plus plausible d’après notre analyse, est que le projet aurait bénéficié d’un transfert complet des plans et des compétences purement et simplement, dans un cadre de ce qu’il s’appelle « l’Intégration civilo-militaire » (军民融合) en Chine.

Ce concept de l’Intégration civilo-militaire est un très vaste sujet qui mérite beaucoup plus de temps et d’efforts pour le comprendre et maîtriser. Mais d’une façon générale, l’objectif de cette stratégie nationale proposée par le président chinois XI Jin Ping en 2015 serait d’encourager le transfert technologique des grands groupes d’armement étatiques vers des sociétés privées, pour accroître la compétitivité de ces dernières et qu’elles puissent toucher d’autres clients par leurs propres réseaux commerciaux, et au même temps permettre aux grands groupes nationaux, qui dépendent fortement de l’Etat et de l’armée encore aujourd’hui, d’éviter la silotisation, et introduire aussi de nouvelles sources de revenue non étatique.

Une stratégie à long terme pour, d’une part, empêcher la formation des « mégalodons » qui vampirisent et kidnappent l’Etat, et d’autre part, multiplier des canaux pour satisfaire les besoins intérieurs et chasser des fonds à l’extérieur du pays, et assurer le développement durable de la modernisation de la défense nationale et de l’armée chinoise.

On voit d’ailleurs que le PDG de ZT Guide Control range son groupe dans la catégorie des entreprises dépendantes de cette intégration civilo-militaire (军民融合类企业) dans un article paru en Novembre 2018.

On notera aussi que cette « Intégration civilo-militaire » chinoise paraît assez différente de la « Coopération civilo-militaire », ou CIMIC (Civil-Military Co-operation) telle que expliqué dans cet article de l’EMA.

Alors si notre hypothèse est correcte, c’est-à-dire que le drone Flying Loong 1 est effectivement issu du transfert des plans et des outils industriels d’un grand groupe national chinois, qui est ce « généreux donateur » (qui n’en est certainement pas un en réalité…) et sur quel modèle le FL-1 est-il basé ?

Etant donné le gabarit et la configuration de ce drone FL-1 – plus de trois tonnes au décollage avec une forme classique – les deux seuls candidats chinois possibles sont incontestablement le Wing Loong II de l’avionneur AVIC et le CH-5 du groupe d’aérospatiale CASC.

Mais vu les caractéristiques du drone révélées par ZT Guide Control en Novembre 2018 à Zhuhai, notamment avec une capacité d’emport de 1 400 kg et une endurance de 45 FH, ou encore la référence de pylônes J/GDJ-xx apparue sur la maquette 1:1 exposée au stand, il y a fort à parier que le FL-1 soit en fait une variante du CH-5, mais cela reste tout de même à confirmer.

Drone
Le drone CH-5 du groupe d’aérospatiale chinois CASC (Photo : Internet)
CaractéristiquesWing Loong IICH-5FL-1
ConstructeurAVIC 611th ChengduCASC CAAAZT Guide Control
(Sous licence ?)
Longueur11,00 m
Envergure20,50 m21,50 m
Hauteur4,10 m
MTOW4 200 kg3 300 kg (?)3 200 kg
Réservoir
Charges internes200 kg200 kg
Charges externes maximales480 kg1 000 kg1 400 kg (Int. + Ext.)
Points d'emport6
(12 munitions maximum)
6
(16 munitions maximum)
PropulsionTurboprop WJ-9AMoteur à pistons
(Fioul)
Puissance de Propulsion600 hp300 hp
Vitesse maximale370 km/h220 km/h320 km/h
Vitesse minimale150 km/h160 km/h
Plafond9 000 m7 600 m8 000 m
Endurance (FH)20 FH en mission armée40 à 60 FH max.
30 FH avec 8 missiles AR-1
45 FH
Endurance (km)6 500 à 10 000 km
Distance de décollage1 000 m
Distance d'atterrissage1 200 m
Rayon par liaison LOS200 km250 km250 km
Rayon par liaison satellite2 000 km2 000 km2 000 km
Coût de Production1/4 de MQ-9 Reaper
Prix Unitaire4,87 M€ à 8,00 M€

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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