Exercice naval en mer de Chine méridionale : Part 2

En faisant mon suivi journalier de NOTAMs ce matin, deux entre eux ont attiré mon attention et nous apprennent peut-être un peu plus sur le contenu de l’exercice naval chinois qui aura lieu du 5 au 11 Juillet autour des îles Paracels, dans la mer de Chine méridionale.

Le premier est le NOTAM A1606/16 qui interdit l’accès aérien jusqu’à 28 000m d’altitude, du 8 au 10 Juillet, à une zone large de 97 000km². Cette zone se superpose pratiquement avec celle en mer que j’ai parlé dans un autre article hier. On peut les deux zones ici :

En jaune la zone aérienne délimitée par le NOTAM A1606/16, en blanc celle de MSA-2016-14163 / 琼航警0048 sur mer.

En jaune la zone aérienne délimitée par le NOTAM A1606/16, en blanc celle de MSA-2016-14163 / 琼航警0048 sur mer.

Le deuxième est le NOTAM A1607/16, il ferme quelques couloirs aériens et déroute d’autres vols sur la même période que l’A1606/16 :

NOTAM A1607/16

NOTAM A1607/16

Exercice de défense anti-aérienne jusqu’à 28 000m d’altitude ?

L’élément qui a attiré mon attention est sur la limite de 28 000m d’altitude, qui est bien plus élevé que n’importe quel avions de chasse chinois puisse atteindre. Il est donc logique de penser que non seulement les forces aériennes vont participer à l’exercice, mais des missiles Sol-Air et/ou Surface-Air vont être tirés également durant les trois jours.

Mais, avec quels missiles ?

L’exercice est à priori mené par la marine chinoise, même s’il n’est pas exclus que les autres forces d’armées comme l’armée de l’air ou l’armée de terre puissent y participer, mais les seuls points « à terre » qu’on voit sur les zones de l’exercice se situent sur les îles Paracels, et c’est la marine chinoise qui s’occupe de leur défense. De ce fait il faut donc orienter la réponse vers les missiles Surface-Air que la marine chinoise utilise, à savoir le H/HQ-7, HQ-9 (version Sol-Air), H/HQ-9 (version Surface-Air), H/HQ-10, HQ-16 et HQ-61.

Les seuls qui sont capables d’atteindre, ou presque, les 28 000m, ce sont le HQ-9 et le H/HQ-9.

J’en déduis donc que du 8 au 10 Juillet, la marine chinois va procéder à des tirs réels de HQ-9 depuis les îles Paracels, et/ou des tirs de H/HQ-9 depuis les destroyers de Type 052C et Type 052D.

Une autre information vient confirmer cette hypothèse : le média américain Fox News a publié un article en Février cette année qui dit que la Chine a déployé les batteries Sol-Air HQ-9 ainsi que les missiles de défense côtière YJ-62 sur Woody Island, qui est la plus grande installation chinoise sur les îles Paracels. On peut donc imaginer que c’est depuis cette île que les missiles vont être lancés.

Protéger le ciel pour mieux sécuriser sous l’eau…

L’information du déploiement de HQ-9 sur Woody Island et cet exercice de tir me convainquent de plus en plus que l’objectif de cet exercice naval d’envergure est d’évaluer la capacité de la marine chinoise, à être capable de sécuriser l’accès vers la zone de patrouille de ses forces de dissuasion nucléaire dans le Pacifique de l’Ouest, à travers le détroit de Bashi.

Les HQ-9 déployés à Woody Island constituent une excellente défense anti-aérienne sur une position avancée, et protègent le départ des SNLE chinois depuis la base de Sanya des regards indiscrets, notamment de l’US Navy en provenance des Philippines.

Sa portée oblique jusqu’à 200km (en rouge) obligera les forces ASW aériennes des Etats Unis à devoir contourner la zone en cas de conflit, et à parcourir une plus grande distance avant de pouvoir s’approcher sufisamment, donc en conséquence de rester moins longtemps en air, pour détecter le départ des SNLE chinois.

Le schéma en bas montre la bulle de protection anti-aérienne (en rouge) de HQ-9 depuis Woody Island, et l’une des routes sous-marines possibles (en vert) des SNLE chinois de Type 09IV pour gagner la profondeur plus rapidement et de manière la plus discrète possible :

2016 07 05 - Mer de Chine Méridionale Part 2 - 03

Le plafond limité à 28 000m me laisser penser également que l’une des priorités de ces tirs est d’évaluer la capacité en couche haute du domaine de vol de HQ-9 (la zone JORQ sur le schéma en bas).

Domaine de vol d'un missile SAM

Domaine de vol d’un missile SAM

Cela revient à dire que les cibles prioritaores sont plutôt pour les engins de reconnaissance comme les HALE et les spécifiques, et non pas les engins volants à basse altitude comme les missiles de croisière en phase terminale.

On attendra bien évidemment les publications officielles pour confirmer tous ces points.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Les grandes manœuvres ont peut être influencé négativement le jugement d’aujourd’hui. Les juges n’aiment pas qu’ont leur force la main.

    Mème si les deux chines rouspètent, la décision était prévisible sous peine de légalisé l’annexion de tout les ilots du monde pour des motifs pseudo historique.

  • Un lettre oublié dans le titre d’un paragraphe : Protéger le ciel pour mieux «  »sécurier » » sous l’eau…

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