Exclusif : le drone hypersonique chinois enfin révélé ?

Cela fait bientôt un an que je suis avec beaucoup d’intérêts le développement du drone hypersonique chinois. Comme vous pouvez le voir, plusieurs de mes derniers articles publiés ici sur East Pendulum concernent cet engin dont on est certain de son existence, mais à part une image satellite publique qui est pratiquement inexploitable et de nombreux NOTAMs qui suggèrent les dates d’essai, aucune image officielle ni aucun détail technique n’a été révélé jusqu’à présent.

Ce matin, après un énième échec pour tenter de localiser le radar d’alerte balistique avancée de bande P, qui vient d’être admis au service actif dans l’armée de l’air chinoise fin Septembre, je me suis recroquevillé dans le dossier de la mini-navette spatiale chinoise « Ao Tian 1« .

Lorsque j’ai revu les 37 brevets associés au projet que j’ai pu rassembler jusqu’à présent, cela m’a mis sur la même piste pour le drone hypersonique chinois.

Pourquoi ne pas essayer sous cet angle ?

Et c’est avec la méthode de la « pêche au filet » et surtout un peu de l’huile de coude que le nom de 11 chercheurs et ingénieurs de l’Institut 611 à Chengdu, filiale du groupe AVIC, a été identifié. Ces noms ont ensuite débauché sur 5 brevets qui semblent être liés directement, ou indirectement, au projet du drone en question.

Deux de ces cinq brevets sont particulièrement intéressants, car ils nous montreraient peut-être pour la première fois à quoi ressembler le fameux drone hypersonique conçu par Chengdu.

Voici quelques extraits –

La description du brevet, illustré dans la deuxième image, indique que le GSE (Ground support equipment) a été conçu pour un engin qui est lancé grâce à une autre plateforme volante. Ce point confirme donc l’hypothèse que nous avons vu dans les précédents articles – le drone hypersonique chinois ne peut pas décoller seul sur piste et doit être d’abord raccroché à un engin-porteur, un bombardier de type H-6 par exemple, avant d’être largué puis allumer sa propre propulsion.

Mini-navette Shenlong de l'Institut 611 à Chengdu

Mini-navette Shenlong de l’Institut 611 à Chengdu

Ce mode de lancement a déjà été vu sur une autre mini-navette chinoise Shenlong, également conçu par Chengdu.

Le texte précise que les personnels au sol ne sont pas autorisés à marcher sur la cellule et la voilure de l’engin car les matériaux qui en constituent sont « spécifiques ». Le GSE qu’on voit dans l’image a donc été inventé pour faciliter l’inspection et l’accrochage du drone sous un autre avion.

La présence de deux crochets sur la cellule indique que l’engin est plutôt accroché sous le porteur, et comme il dispose d’un empennage vertical, il est plus probable qu’il soit placé sous l’aile de son avion porteur.

Dans ce cas, si nous supposons toujours que le bombardier H-6 est le (seul) choix possible, alors le drone ne devrait pas peser plus de 3 tonnes dans l’ensemble, étant donné la capacité d’emport du bombardier chinois.

Quant à l’isolant thermique dans la première image, il est composé de 4 couches de matériaux différents – un isolant, un réflecteur, une couche anti-incendie et un autre tissu isolant. Il sert à réduire la masse globale du drone en fournissant une solution de contrôle thermique plus légère sur des zones particulières.

Ces deux brevets ont été déposés le 11 Décembre 2015, ce qui concorde avec la date supposé du premier vol de drone au 9 Septembre 2015.

Maintenant si le brevet sur l’isolant thermique multi-couches ne nous a pas donné quelconque indication sur la température que doit subir le drone hypersonique en vol, un autre brevet sur le cône de la pointe avant d’un « engin volant hypersonique », déposé par le même groupe de chercheurs des deux brevets en haut, semble contenir cette information.

En effet, le cône avec des capteurs atmosphériques intégrés a été fabriqué avec des matériaux permettant de supporter une température « au-delà de 1 200°C ». Un tissu souple fait avec le fibre céramique à base d’A1203 revête ensuite l’intérieur du cône.

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La partie numéroté « 1 » représente l’objet du brevet et semble être monté sur une sorte de fusée servant comme banc d’essai. Comme ce brevet a été déposé en Novembre 2014, on peut raisonnablement penser que le cône, conçu par le groupe des chercheurs qui ont déposé les autres brevets liés au drone hypersonique, fasse aussi partie du projet et a d’abord été testé séparément sur une petite fusée, car c’est à cet endroit où la zone de stagnation de chaleur devrait être localisée.

Sans avoir la forme exacte du drone, ni l’altitude à laquelle il évolue ainsi que l’angle d’incident du vol, il paraît difficile d’établir une relation entre la température supportée, 1 200°C ici, et la vitesse maximale de l’engin.

Mais on sait par exemple que, d’après un document universitaire de l’Université de Virginia, un engin volant à Mach 6 subit une température de 1 027°C à 100km d’altitude, ou de 2 027°C à 10km d’altitude.

Si les deux premières images en haut représentent réellement le drone hypersonique chinois qu’on recherche, alors il devrait voler entre 20 et 30km d’altitude vu sa grande surface alaire. En extrapolant les données du document de Virginia, on est un peu près certain que l’engin chinois vole sous Mach 6. On est donc, selon la classification utilisée par le NASA, encore dans le domaine de supersonique et non hypersonique.

Mais dans les documents universitaires chinois, et même dans le premier article de CAN News qui nous a révélé l’existence du projet (retiré du web depuis), le mot « hypersonique » est toujours utilisé pour qualifier cet engin, on va donc garder cette appellation pour la continuité des articles. Il faut tout de même garder en tête que dans tous les cas, la vitesse du dit drone chinois devrait compris entre Mach 3 et Mach 5 tout au plus, comme déjà souligné dans mes précédents articles (voir annexe).

Quant au type de missions que l’armée chinoise va confier à ce drone hypersonique, on peut maintenir l’hypothèse qu’il s’agirait d’un engin de reconnaissance, principalement optique, si l’on croit aux  plusieurs documents de recherche rédigés par l’Académie chinoise des Sciences.

Par exemple, dans le document intitulé « Design Analysis of Double Optical Window of High Speed Aerial Remote Sensor » qui a été soumis à l’approbation le 15 Juillet 2014, on apprend que les chercheurs du laboratoire national de l’imagerie optique aérienne travaillaient sur la déformation du verre de caméra, installé sur un engin volant à « haut Mach » et à 25km d’altitude.

Le texte analyse la déformation des verres de caméra d’une dimension de 340mm x 406mm x 23mm (et 11,5mm) durant trois phases de vol – Ascension propulsé, croisière propulsé, et retour non propulsé.

Les simulations montrent que la température extérieure du verre de caméra est de 236°C quand « l’engin est au milieu de sa phase de croisière, à la 600ème seconde ».

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Cette information est intéressante car elle suggère que l’engin mentionné dans l’étude ne vole que pendant 1 200 secondes, soit 20 minutes au total, en mode propulsé. C’est donc un autre élément qui est conforme par rapport à l’hypothèse émise avant.

A Mach 3, un engin peut parcourir 1 200km en 20 minutes, ou 2 000km à Mach 5. Étant donné l’autonomie du drone, on peut supposer donc qu’il est dédié à la reconnaissance des cibles qui sont « sensibles au niveau du temps », c’est à dire des cibles qui apparaissent dans une zone définie en un laps de temps très court.

Les seules cibles qui répondent à ces critères, et qui nécessite un moyen de reconnaissance longue portée et rapide tel que le drone hypersonique pour les identifier et les localiser, ce sont des porte-avions et les GAN en navigation.

Munis de ces nouveaux éléments, je maintiens donc l’hypothèse que j’ai faite depuis le début – ce drone hypersonique fait partie du système globale A2/AD chinois conçu pour dissuader, ou chasser, des GAN américains dans l’océan. Il est l’un des derniers vecteurs qui permettent de confirmer la position d’un GAN et de fournir les paramètres de tir préliminaires pour les AShBM comme le DF-21D ou le DF-26, une fois que le pre-screening a été fait par les satellites, comme expliqué par Clément dans le dossier « Les satellites chinois et la surveillance maritime« .

En résumé, voici quelques hypothèses de travail sur ce drone « hypersonique » chinois qu’on peut retenir :

  • Une configuration aérodynamique en delta, avec mono-empennage vertical
  • Une masse aux alentours de 3 tonnes
  • Une vitesse n’excédant pas les Mach 6
  • L’altitude de vol comprise entre 20 et 30km
  • Un rayon d’action entre 1 000 et 1 200km
  • La cellule et la voilure sont faites en matériaux spécifiques et « fragiles »
  • Le décollage est « assisté » avec un retour au sol non propulsé
  • La phase de croisière propulsée dure 20 minutes
  • La mission type est la reconnaissance optique
  • Depuis Septembre 2015, il y a eu au moins 7 vols d’essai jusqu’à présent
  • Il fait partie du système globale A2/AD chinois

Pour finir, si ce qu’on voit dans ces brevets chinois est réellement le drone hypersonique chinois, cela voudra aussi dire que l’engin apparu sur le tarmac à Chengdu en Juillet 2015, vu sur les images satellites, n’a en réalité rien à voir avec le projet.

Engin inconnu à Chengdu | Source : DigitalGlobe

Engin inconnu à Chengdu | Source : DigitalGlobe

La question est, qu’est-ce que c’est (encore) ?

Henri K.

 

Annexe :

DateArticleURL
2016-08-17Nouvel essai du drone hypersonique ?http://www.eastpendulum.com/nouvel-essai-du-drone-hypersonique
2016-08-26Nouvel essai du drone hypersonique au 26 Août ?http://www.eastpendulum.com/nouvel-drone-hypersonique-26-aout
2016-09-05La schizophrénie « Hypersonique »http://www.eastpendulum.com/la-schizophrenie-hypersonique
2016-09-09La Chine développe son propre drone hypersonique D-21 ?http://www.eastpendulum.com/schizophrenie-hypersonique-phase-ii
2016-09-25Drone hypersonique : Nouvel essai au 25 Septembre ?http://www.eastpendulum.com/drone-hypersonique-nouvel-25-septembre
2016-09-28Hypersonique : Nouvel essai du 28 Septembrehttp://www.eastpendulum.com/hypersonique-nouvel-28-septembre-2016
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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Très bonne article Mr Henri.

  • Sacré boulot de recoupement de  »sources ouvertes ». Félicitations.

  • The figure in question changes place from time to time within the site, but always keeps next to a drone.
    It’s doubtful that a top secret vehicle be kept in the open exept for a brief moment.
    Perhaps it requires a separate hangar or at least a closed section within an existing facility.

    H-6 might operate from Jiuquan, but it’s to big a base.
    For a top secret project I’d prefer something small and even more remote: Malan.
    Couple of new hangars constructed there recently.

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