Et si les destroyers chinois voulaient surveiller l’essai du SLBM indien ?

Comme il fallait s’y attendre, trois navires de guerre de la marine chinoise sont arrivés le samedi 18 Février dans l’Océan Indien. Leur départ du sud de la Chine remonte à il y a une semaine, tel qu’on avait rapport ici dans le dossier « Départ de deux destroyers chinois pour l’océan Indien« .

Les deux destroyers chinois, accompagnés d’un pétrolier ravitailleur de 20 000 tonnes, ont enchaîné plusieurs exercices navals, dont certains à tirs réels, une fois arrivés sur zone. C’est alors en analysant l’endroit possible où se trouve les bâtiments chinois, que certains indices nous amènent à penser que les navires auraient également pour mission de surveiller l’essai d’un missile balistique à moyenne portée.

Mais, revenons d’abord au début de l’histoire…

Selon un article de la CNR (China National Radio) – l’un des trois organes de presse étatiques de la Chine – la flottille chinoise a mené un exercice à tirs réels à l’Est de l’Océan Indien ce dimanche. Le très récent destroyer 173 Changsha, de Type 052D, et le destroyer 171 Haikou, de Type 052C, ont mené des tirs au canon dans un scénario de combat naval.

D’après les photos et une vidéo diffusées par la presse chinoise, le canon principal H/PJ-38 de calibre 130 mm/70 et le CIWS H/PJ-12 du 173 Changsha, ainsi que le canon H/PJ-87 de 100 mm de 171 Haikou, ont tiré à tour de rôle contre une cible de ballon flottant.

Bien que ce ne soit pas la première fois que la marine chinoise mène des exercices à tirs réels dans l’Océan Indien – rappelons que les 25 flottilles d’escorte anti-piraterie chinoises se sont toujours entraînés aux tirs ici lors de leurs traversées et ce depuis 2008 – mais il s’agirait, si le compte est bon, de la première venue d’un destroyer de classe Type 052D – bâtiment de première ligne le plus récent de la marine chinoise, avant l’arrivée imminente des Type 055 – dans la région.

Vient ensuite une question intéressante – Où est-ce que la flottille chinoise a mené ces exercices dans l’Océan Indien ?

La seule indication que nous avons, c’est que les navires chinois se trouvaient « à l’Est » de l’Océan Indien, et que le temps était clément.

Notre première piste de recherche consiste alors à consulter la base de WWNWS (Worldwide Navigational Warnings Service), qui recense la publication des alertes de navigation maritime. Car s’il y a eu des tirs réels, il devrait avoir des zones interdites de navigation.

Or cette piste n’a finalement rien donné, mais elle a permis de révéler une autre information intéressante – deux larges zones, activées du 18 au 20 Février, sont signalées à l’Est de l’Océan Indien en raison des « opérations dangereuses » (Hazardous opertaions). La taille et la forme de ces deux zones sont similaires à celles des précédents essais indiens de missile balistique, et suggèrent un nouvel essai d’une portée de 3 000 km.

Et effectivement l’Inde prévoit de tester à nouveau son missile stratégique mer-sol K-4 depuis une plateforme submergée, au golfe du Bengale, situé à l’Est de l’Océan Indien. L’essai était initialement prévu au 31 Janvier, mais semble avoir été reporté pour des raisons inconnues.

Océan Indien

Les deux zones d’alerte de navigation (en jaune) qui pourraient lier à l’essai du missile indien K-4.

Et si la date d’arrivée dans la région des deux destroyers chinois n’était pas un hasard, mais plutôt pour surveiller et tracer cet essai de SLBM indien, dont la portée pourrait atteindre Pékin dans une première ou seconde frappe ?

C’est en partant de cette hypothèse que l’on a superposé la carte de nuages en date du 19 Février (voir en haut), avec les différentes zones signalées à l’Est de l’Océan Indien par WWNWS. Comme les photos diffusées par les médias chinois montrent un ciel peu nuageux, les navires de guerre chinois devraient donc naviguer dans la zone délimitée par les îles Andaman-et-Nicobar à l’Est, la grande zone jaune à l’Ouest.

Si les destroyers chinois sont amenés à suivre la phase propulsée du missile K-4 avec leur radars de balayage électronique actif à faces pleines – Type 346 pour le Type 052C et Type 346A pour le Type 052D – ils devraient se rapprocher au maximum du point de lancement et ce en fonction de la portée de leurs radars en bande S, estimée à environ 400 km.

Ce qui nous permet de localiser approximativement la flottille chinoise dans une zone situé au centre du golfe du Bengale, que l’on peut voir en couleur vert sur ces images –

Et en réalité, avec une portée de vision à 400 km, les destroyers chinois ne pourraient voir qu’une partie de la phase propulsée du missile indien. En effet, l’apogée atteint par un missile balistique de 3 000 km, dans le cas de la trajectoire idéale, est de 700 km. Ceci est bien au delà de la portée des radars navals chinois.

Bien entendu, il s’agit simplement d’une hypothèse de travail. Il reste encore beaucoup d’inconnus dans l’équation pour pouvoir confirmer, ou infirmer celle-ci.

Par exemple, même si techniquement, au niveau d’équipements, les destroyers chinois avec leur radars Type 346 et Type 346A peuvent effectivement « voir » et « suivre » la trajectoire du missile indien, mais on ignore pour le moment si le système de combat, c’est à dire au niveau de logiciels, est capable ou pas d’exploiter les données pour fournir une solution de tir, à l’image du système Aegis au standard Baseline 9.C2 (BMD 5.1), installé sur certains des bâtiments américains. Il n’y a que très peu de documents chinois rendus publique qui donnent des détails sur cette capacité, même si au niveau d’arme d’interception, les Chinois travaillent depuis au moins 13 ans sur leur missile anti-balistique HQ-26.

Qui plus est, il n’y a toujours pas de nouvelle sur le lancement du missile K-4 en question. Les Indiens semblent avoir reporter l’essai une nouvelle fois.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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