Et si le Mistral égyptien se dote du FL-3000N chinois ?

La marine égyptienne pourrait être intéressée par le système de défense anti-aérienne chinois FL-3000N, pour équiper ses deux porte-hélicoptères amphibies d’assaut Mistral initialement destinés à la marine russe.

En effet, le vice-amiral Ahmed Khaled Hassan Saeed, commandant en chef de la marine égyptienne, s’est rendu au stand de CPMIEC, le jour de l’ouverture du salon IDEX 2017 qui a eu lieu du 19 au 23 Février à Abu Dhabi. Tel qu’on le voit sur une vidéo rendue public par la chaîne de télévision chinoise CCTV+, le vice-amiral égyptien a d’abord demandé au représentant chinois si le FL-3000N pourrait être installé sur le Mistral. Et recevant une réponse affirmative, il a continué sur la question du mode d’intégration de système chinois, pour savoir s’il s’agit du mode « offline », c’est-à-dire que l’arme est entièrement autonome une fois posée et alimentée, ou « intégré » avec les systèmes de combat embarqués.

Cet intérêt porté sur le FL-3000N par la marine égyptienne semble être justifié – d’une part parce que les deux Mistral, l’ENS Gamal Abdel Nasser et l’ENS Anouar el Sadate, sont pratiquement dépourvus de systèmes d’auto-défense aujourd’hui, et d’autre part parce que seuls les Etats Unis et la Chine, potentiellement la Russie aussi, proposent ce genre de CIWS naval à missile sur le marché.

Contrairement à ce que beaucoup le pensent, le FL-3000N n’est pas la version d’export de HQ-10. Ce dernier équipe depuis 2012 de nombreux navires de guerre chinois, à commencer par le porte-avions Liaoning qui est doté de trois systèmes à 18 tubes, ou encore les destroyers Type 052D (1 x 24 tubes) et les corvettes Type 056 (1 x 8 tubes).

Le FL-3000N est en réalité le perdant dans l’appel d’offre de HQ-10, avant d’obtenir l’autorisation d’export. Ces deux systèmes ne sont pas conçus par le même constructeur non plus – le FL-3000N est le produit du groupe CASIC, alors que le SAST (Shanghai Academy of Spaceflight Technology), filiale d’un autre groupe aérospatial chinois CASC, est responsable du développement de ce qui s’appelle HQ-10 aujourd’hui.

Le système de guidage des deux missiles chinois est également différent. Le FL-3000N se base sur un autodirecteur bi-bande IR/MMW, tandis que le HQ-10 utilise une tête chercheuse à imagerie IR matricielle. Technologiquement, la solution choisie par le SAST pour son HQ-10 semble être plus avancée, mais le CASIC propose également depuis 2013 une version de FL-3000N dotée de ce type de guidage.

FL-3000N

L’autodirecteur d’un missile FL-3000N.

Malgré le fait que le FL-3000, puis sa version améliorée FL-3000N, n’avait pas été choisi par la marine chinoise, le résultat des tirs de validation du système est tout de même jugé bon – durant la campagne de tests en 2006 contre les cibles subsoniques et supersoniques capables d’effectuer des manœuvres terminales, le système a maintenu un taux d’interception réussite de plus de 95%.

En Avril 2007, 24 missiles ont été tirés durant les tests d’évaluation, 23 ont touché leur cibles. L’un des deux missiles qui ont été tirés contre un missile anti-navire supersonique de type rasant, qui effectuait des manœuvres d’évitement en S, a fait un impact direct avec sa cible.

En termes de portée effective, le FL-3000N peut protéger son navire dans un rayon de 500 à 9 000 mètres. Les missiles, dotés d’une charge militaire de 10 kg, peuvent être tirés l’un après l’autre en moins de 3 secondes, et ils disposent en configuration 4, 8, 15 ou 24 tubes pour s’adapter au mieux à la taille du navire porteur.

Compte tenu de son mode de guidage, le missile de FL-3000N est de type « Fire and Forget ». La composition du système est relativement simple – un poste de contrôle et de ses deux lanceurs multi-tubes, ainsi que les missiles. Son constructeur affirme que le système ne nécessite pas de senseurs spécifiques, les données fournies par les capteurs existants d’un navire de guerre standard seraient suffisantes pour le fonctionnement de FL-3000N.

Quant à la faisabilité d’intégrer ce système chinois aux deux Mistral égyptiens, même si l’étude de la compatibilité électromagnétique peut éventuellement être évitée – le fait que le FL-3000N n’a pas ses propres senseurs – il faudra tout de même évaluer les champs de tir du système par rapport aux opérations aériennes du pont d’envol pour choisir les meilleurs emplacements possibles. Il faudrait également modifier la partie IFF (Identification Friend or Foe) de l’armement, et d’étudier la possibilité d’échanger, au minima, les données entre les systèmes de combat de bord et le CIWS chinois.

Etant donné la taille du Mistral, deux systèmes de 24 tubes, installés par exemple sur les plateformes devant et derrière l’îlot du navire, devraient être suffisants pour une couverture à 360°.

On ignore pour le moment s’il y aura une suite à cette histoire, ni le prix proposé à l’export du FL-3000N. Mais si on fait attention, on pourra entendre au début de la vidéo que le représentant chinois disait « 800 millions, not more« , devant la maquette du CIWS.

Si les « 800 millions » sont en dollar US, cela paraît exorbitant pour deux (sur un navire), voir quatre systèmes FL-3000N. En revanche, si c’est en livre égyptienne, cela correspond à environ 48 millions d’euro, soit 12 millions par CIWS (en supposant qu’il s’agit d’un prix pour quatre FL-3000N, donc pour les deux Mistral), services inclus. Ce qui est comparable aux 6,5 millions d’euro par CIWS à canon H/PJ-12 que la marine chinoise paie aujourd’hui.

A suivre.

Henri K.

 

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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