Et si le destroyer Type 055 n’a que 112 silos ?

Quelle est la relation entre ces trois chiffres 055, 112 et 128 ? A priori aucun. Mais la question pour savoir si le nouveau destroyer chinois Type 055, le plus grand jamais construit en Chine avec un déplacement pleine charge autour de 12 000 tonnes (voir 14 000 selon certains journalistes militaires), est doté de 112 ou 128 silos dans son système de lancement vertical a déjà suscité de très long débat chez les amateurs.

Un débat éternel qu’on retrouve aussi sur les autres bâtiments des marines du monde, comme pour le FREMM ou le nouveau FTI de la Marine Nationale en France. C’est aussi un débat qui, pour nous, est dépourvu de sens mais devient synonyme de la « puissance » chez beaucoup de personnes.

Et un reportage télévisé diffusé hier soir sur la chaîne CCTV-7, sur les inspecteurs de qualité de la marine chinoise détachés aux chantiers navals, a peut-être donné la réponse et mis fin (ou pas) à la discussion.

En effet, on peut voir pour la première fois, sur un bref passage, l’arrière du Type 055 dans une vue d’hélicoptère. Il montre clairement les 8 × 8 silos situés à l’avant, et 6 × 8 à l’arrière devant les hangars.

Type 055

Beaucoup de défenseurs, fidèles à l’idée que leur fleuron national des bâtiments de combat de premier rang dispose bien 128 silos (donc 8 × 8 silos également à l’arrière) et non 112, cherchent encore des preuves de dernière chance à leur cause, comme par exemple que la vue n’est pas complète et que la petite plateforme située juste devant aurait pu cacher encore une rangée de deux cellules, sachant que chaque cellule du nouveau VLS universel chinois est doté de 8 silos.

Mais en zoomant sur l’image, on peut voir en réalité le contour du système VLS à l’arrière qui s’arrête bien après trois rangée de cellule. On n’a donc pratiquement plus de doute sur le fait que le Type 055 n’a que bel et bien 112 silos, comme nous avons déjà suggéré lors de la mise à l’eau du premier bâtiment datant du 28 Juin dernier.

Type 055

Zoom sur le VLS situé à l’arrière du Type 055 (Image : CCTV-7)

Si le nombre de silos n’est pas le point que nous regardons le plus – il n’aura qu’un impact « limité » sur une partie de l’autonomie de combat du navire et aussi sur la flexibilité opérationnelle du navire à mener des missions – le système propulsif du Type 055 a toujours été le sujet qui attire toute notre attention, car très peu d’éléments n’a été filtré aujourd’hui et il a un impact direct sur la performance de navigation du navire et son potentiel évolutif également.

Et le même reportage de CCTV-7 a aussi donné des premiers éléments intéressants sur ce sujet. Selon l’analyse de notre collègue Daniel sur les différentes vues d’une maquette numérique de Type 055 parues à la télévision, le bâtiment chinois semble être doté de « deux lignes propulsives COGAG en arrangement T avec des cloisons étanches séparatrices faisant, un compartiment TAG avant, un compartiment réducteur et un compartiment TAG arrière ».

Daniel rajoute que côté énergie, « Cela semble être trois TAGA (Turbine à gaz auxiliaire) en rang d’oignons dans un compartiment auxiliaire avant et idem sur l’arrière ce qui ferait six en tout, et ça doit être casse croûte à faire passer les collecteurs d’admission et échappement », même si l’hypothèse de générateurs à diesel n’est pas à écarter.

En comparant cette maquette numérique avec la disposition du bâtiment réel, on remarquera que les trois TAGA sur l’arrière du Type 055 se situent effectivement sous le double hangar, et aucune image claire permet d’indiquer qu’il y existe des prises et sorties d’air pour ces générateurs. On attend donc des éléments futurs pour pouvoir en dire plus.

Quant au modèle de TAGA utilisé, qui détermine la quantité d’énergie disponible pour un navire comme le Type 055 qui est doté d’un très grand nombre de senseurs potentiellement énergivores, on penchera plutôt vers le QD50 (5,05 MW) ou QD70 (7,2 MW), auquel cas le navire pourrait disposer entre 30,3 MW et 43,2 MW de puissance au total pour ses diverses consommations d’énergie à bord, soit environ trois fois plus qu’un destroyer Arleigh Burke Flight III.

Mais on ne peut pas encore exclure le fait que ça puisse être un modèle plus petit, comme le QD20 de 2 MW, mesurant 13,2 ×2,5 × 3,95 mètres et pesant moins de 40 tonnes.

Type 055

Une partie des turbines à gaz auxiliaires chinoises (Image : AECC)

On apprend par ailleurs que la capacité au combat d’un destroyer Type 055 est 2,4 fois supérieure à celle d’un Type 052D déplacant moins de 7 000 tonnes. L’information a été révélée dans une présentation de ZHAO Deng Ping, ancien contre-amiral et directeur adjoint du département d’armements de la marine chinoise.

On ignore toutefois le modèle de calcul permettant d’arriver à cette conclusion.

Type 055

La présentation du contre-amiral Zhao Deng Ping à l’université Polytechnique du Nord-ouest

En attendant, un total de quatre bâtiments de Type 055 sont actuellement en construction dans deux chantiers navals chinois, Shanghai et Dalian, qui partagent équitablement le gâteau. Il est peu probable que le nombre définitif de cette classe de destroyer soit déjà connu et il évoluera fort probablement avec le contexte géopolitique et les besoins stratégiques de la Chine.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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