Et si c’est lui le planeur Boost-Glide DF-ZF ?

Après sept essais plutôt réussis entre Janvier 2014 et Avril 2016, et éventuellement un huitième qui aurait eu lieu mi-Mai cette année, le planeur hypersonique chinois DF-ZF est toujours resté dans l’ombre aujourd’hui. Mis à part les éléments communiqués de temps à autre par les autorités américaines avec des objectifs communicatifs précis, aucun détail technique n’a été révélé par la Chine jusqu’à présent, du moins pas officiellement.

Si on se base alors sur les données outre-Atlantiques, ce vecteur dit « Boost-Glide » est un engin volant endo-atmosphérique qui, une fois largué par un porteur de type missile balistique intercontinental sous les 100 km d’altitude, pourrait atteindre une vitesse allant de Mach 5 à Mach 10.

Les sources gouvernementales américaines parlent également de « manœuvres extrêmes » et « mouvement évasif », observés lors du 4e et 5e essais de DF-ZF chinois.

On remarque par ailleurs que les industriels chinois ont mené ces tests dans un court intervalle de temps, entre deux mois et demi et sept mois, avec un essai tous les quatre mois en moyenne.

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Tableau récapitulatif des sept essais de planeur hypersonique DF-ZF (Image : East Pendulum)

Ce rythme assez soutenu pourrait être révélateur, d’une part, d’un soutien financier et politique fort des autorités chinoises pour disposer de ce type de vecteur ultra-rapide, et d’autre part, d’une prise de risque technologique minimale pour accélérer le développement.

De ce fait, il paraît peu probable que le DF-ZF chinois soit semblable au planeur hypersonique américain HTV-2, un projet de l’US Airforce et technologiquement plus complexe, contrairement à ce que la plupart des illustrations médiatiques veut nous laisser croire. Surtout quand nous savons que la CARDC, entité de l’armée chinoise qui est équipée d’un grand parc de souffleries dont celles en hypersonique, démarre à peine les essais en soufflerie d’un engin similaire.

A noter que la CARDC a aussi procédé à une série de simulations pour analyser la cause principale de l’échec de HTV-2 lors de son deuxième essai en Août 2011, qui selon les résultats d’analyse serait dû au « stress superposée d’ablation » qui a détruit certains revêtements carbones de l’engin, et modifier ainsi, fatalement, la performance aérodynamique de ce dernier le rendant incontrôlable.

Alors à quoi ressemble le planeur chinois DF-ZF ?

Après avoir analysé une centaine de documents de recherche, publiée entre 2004 et 2017 par une dizaine d’institutions chinoises différentes qui ont de loin ou de près participé aux développements, nous pensons que le Boost-Glide chinois pourrait être de configuration aérodynamique plus « classique » qui dispose de plusieurs gouvernes pour assurer sa stabilité et sa manœuvrabilité, un peu à l’image de l’AHW de l’armée de terre américaine.

L’analyse de la fusée CZ-2C, porteur des sept ou huit essais de DF-ZF, suggère également que le planeur chinois pèserait moins de 3 600 kg, avec une dimension inférieure à 5,8 mètres en longueur et 3 mètres en envergure.

Les documents révèlent par ailleurs des essais en soufflerie de CARDC, menés conjointement par le laboratoire de la physique spatiale de CALT et le CAAA, tous deux faisant parties du groupe d’aérospatiale chinois CASC, pour étudier les interférences volet-voilure d’un engin disposant de quille ventrale et d’empennage vertical, et ce depuis 2012.

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Quelques extraits des documents de recherche autour de l’engin Boost-Glide (Image : East Pendulum)

Et les mêmes maquettes de soufflerie semblent avoir évolué et ont poursuivi les essais dans la soufflerie hypersonique à choc JF-12 de l’IMECH, une filiale de l’Académie chinoise des Sciences, à Pékin.

En effet, dans un reportage télévisé diffusé le 8 Octobre sur la chaîne CCTV-1, on a vu apparaître une maquette similaire mais plus profilée dans cette soufflerie, capable de simuler les conditions hautes atmosphériques à très grande vitesse.

Mesurant 265 mètres de long, cette installation de 1 000 tonnes permet d’effectuer des essais à une vitesse comprise entre Mach 5 et Mach 9, sous une température de 1 500 à 3 500 K et une pression de 2 à 12 Mpa. Ces paramètres correspondent au vol d’un engin comme le DF-ZF évoluant entre 25 et 45 km d’altitude.

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La soufflerie hypersonique à choc JF-12 de l’IMECH à Pékin (Photos : CAS IMECH)

Est-ce que cette maquette est l’ancêtre du DF-ZF ? Pourquoi les industriels chinois, après une série de vols réussie, semblent avoir arrêté les essais ? Quel est le but précis de l’armée chinoise à faire développer ce type d’armes, alors que le planeur hypersonique n’a qu’un pouvoir prolongateur limité sur la portée, ce qui lui restreint pour le moment à une arme régionale ?

Et si le DF-ZF n’est que la partie visible de l’iceberg servant de pionner pour d’autres programmes hypersoniques chinois ?

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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