Essais en mer du navire océanographique Ruili 10

Le catamaran océanographique Ruili 10 (瑞利10号) a été photographié hier au Sud de Shanghai. Les photos montrent que les premiers essais en mer du navire ont commencé.

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Mis à flot le 12 Avril 2016 au chantier naval Wuchuan situé au centre de la Chine, le Ruili 10 est conçu par l’Institut 701 du groupe naval chinois CSIC.

Le navire de 5 300t mesure 82m de long et 32m en largeur au maître-bau. C’est le plus grand catamaran jamais construit en Chine.

Les photos prises à sa mise à l’eau permettent de voir sa configuration sous la ligne de flottaison. Il s’agit d’un catamaran classique et non pas un SWATH (Small Waterplane Area Twin Hull, catamaran à faible surface de flottaison). La tenue à la mer est relativement moins bien, il semble donc avoir été conçu pour naviguer en zones plus calmes, par exemple sur le plateau continental le long de la côte chinoise.

Quant à son usage, selon le communiqué d’un bureau gouvernemental de la province de Hubei, le catamaran servira comme « un important banc d’essai en mer d’un certain équipement acoustique sous-marin » et pourra « répondre aux besoins d’une variété de missions d’essai spécifiques ».

Le texte rajoute que le navire est découpé en plusieurs zones fonctionnelles différentes et il a deux puits centraux, comme on peut les voir en haut.

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l’USNS Impeccable

Quand il venait être mis à l’eau en Avril, le Ruili 10 a fait couler beaucoup d’encre en Chine et au Taïwan, pour la simple raison qu’il se ressemble à l’USNS Impeccable de l’US Navy.

Beaucoup se demandaient si le Ruili 10 est construit pour le même but que le navire américain, à savoir le suivi et la surveillance des sous-marins étrangers.

L’USNS Impeccable a été sujet d’un incident diplomatique entre la Chine et les États Unis il y a quelques années. En Mars 2009, le navire « océanographique » américain a rencontré 5 navires chinois à 120km au Sud de l’île de Haïnan, où se trouve une importante base de sous-marins nucléaires de la marine chinoise.

Parmi les navires chinois il y avait deux chalutiers, qui ont barré la route à l’USNS Impeccable et lui ont demandé de partir. L’un d’eux a également tenté d’endommager le sonar remorqué du navire américain.

Alors est-ce que le Ruili 10 est un traqueur de sous-marins comme l’USNS Impeccable ? Pour essayer de répondre à cela, cherchons d’abord à qui appartient le bateau.

Peu de textes parlent du propriétaire final du Ruili 10. Mais on peut voir, sur la cheminée du navire, une sorte de logo ou insigne.

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Je finis par trouver la société chinoise qui utilise ce même logo – il s’agit de l’Institut de recherche en acoustique appliquée de Hangzhou.

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Le site Web de l’entreprise n’est plus mis à jour depuis 2010, mais en cherchant encore un peu, on apprend que cet institut n’est rien d’autre que l’Institut 715 du groupe naval chinois CSIC, un institut spécialisé dans la recherche et développement des équipements sous-marins.

Un article paru le 28 Avril sur le site de CSIC indique également que les responsables de l’Institut 715 « prêtent une attention particulière » au Ruili 10.

Comme le navire appartient à un institut de recherche, il y a peu de chances qu’il soit affecté à des opérations militaires réelles. Mais il n’y a pas de doute sur le fait qu’il va être utilisé pour tester une nouvelle génération d’équipements de l’écoute acoustique sous-marine. On peut donc dire qu’il contribuera à la surveillance des sous-marins étrangers.

Le WeChat du groupe CSIC a donné quelques informations supplémentaires sur le Ruili 10 – le système de propulsion électrique ainsi que toutes les charges utiles à bord sont conçus par un autre institut du groupe, l’Institut 712. Cela comprend, en outre, un système de gestion redondant de l’énergie, un variateur électronique de vitesse de haute performance, et des moteurs électriques de propulsion à faible bruit.

Depuis ces dernières années, la Chine, qui historiquement accumule des lacunes dans le domaine, investit massivement dans les technologies de mesure acoustique sous-marine. Le Ruili 10 est l’un des exemples qui illustre les efforts réalisés.

Et cet investissement colossal injecté partout dans les technologies maritimes me fait surtout rappeler une phrase qui est très répandue en Chine dernièrement – « 我们的征途是星辰大海 ».

Traduction – « Nos conquêtes sont dans les étoiles et la mer ».

L’affaire à suivre.

Henri K.

Ressource : Merci à Daniel alias ARMEN56 pour ses éclaircissements techniques sur les catamarans.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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