Du militaire au civil : le vol inaugural du lanceur KZ-1A

Pour ceux qui sont intéressés par l’aérospatiale, la famille des lanceurs chinois Longue Marche vous êtes probablement familière. Et avec le lancement réussi de KZ-1A (快舟一号甲), il faudra retenir désormais un autre nom, celui de Kuaizhou – « vaisseau rapide » en chinois – qui désigne une nouvelle famille de lanceurs spatiaux chinois et un concurrent sérieux de Longue Marche en devenant.

Ce tir inaugural de KZ-1A a non seulement introduit un nouvel acteur sur le marché de lancements commerciaux, mais a aussi mis en orbite héliosynchrone trois satellites chinois – le Jilin-1 Lingqiao 03 (ou Jilin Sylviculture 1), Xingyun S1 et Caton-1.

Le décollage a eu lieu le 9 Janvier 2017 à 12h11 heure de Pékin, au centre de lancement spatial de Jiquan (JSLC).

 

Le lancement et la fusée KZ-1A

Conçu par l’Académie n°4 du groupe aérospatial chinois CASIC, le lanceur KZ-1A est directement dérivé du lanceur militaire KZ-1, qui a été lancé deux fois avec succès en 2013 et 2014. Il s’agit d’une petite fusée à 4 étages, dont les trois premiers sont en ergol solide.

Le lanceur civil KZ-1A

Le concept du KZ-1 à l’origine, dit « à réaction rapide », est très proche de l’ORS (Operationally Responsive Space) de l’armée américaine. L’objectif est de permettre au pays de disposer de solution en matière de conception et de lancement de petits satellites, répondant à des besoins tactiques nécessitant une réponse rapide.

Cette capacité va permettre à la Chine de compléter, ou de restaurer, de manière très réactive (moins de 24 heures) ses divers moyens spatiaux en temps de guerre. Les satellites associés, de petite taille et de durée de vie réduite (autour de deux ans), sont directement intégrés à leur fusées, au dernier étage de celles-ci, dès la fabrication. L’ensemble Satellite-Lanceur est ensuite pré-testé et stocké dans des fortifications comme des munitions près à servir.

Le satellite Kuaizhou-2 qui est intégré au dernier étage du lanceur KZ-1

Et en fonction des besoins, il suffit de choisir le satellite-lanceur « sur étagère », le met sur un TEL (Tracteur-érecteur-lanceur) mobile pour le lancement. C’est un peu comme un tireur de char qui choisit ses munitions en fonction des cibles à frapper.

La version militaire KZ-1 a une capacité d’emport de 430 kg à une orbite SSO de 500 km, alors que la version civile KZ-1A, qui perd la caractéristique de « Satellite-Lanceur intégré », est capable de mettre 200 kg en orbite SSO de 700 km.

Dans les brochures commerciales du groupe CASIC, le lancement de KZ-1A – qui mesure 20 m de long, 1,4 m de diamètre et pèse environ 30 tonnes – s’effectue sur un camion semi-remorque.

Or, en regroupant les éléments révélés par plusieurs vidéos de ce vol inaugural, il s’avère que le lanceur est installé sur un TEL, comme dans la version militaire.

Que le lancement soit fait depuis une semi-remorque, ou un TEL comme un missile balistique, il est certain que le tir n’a pas eu lieu sur le pas de tir habituel du centre JSLC, mais depuis un nouveau site situé à quelques kilomètres à l’Est du centre.

Deux nouveaux sites de lancement situés à l’Est du JSLC, l’un pour le KZ-1 / KZ-1A, et l’autre pour le CZ-11.

Il est à noter que les services de renseignement américains auraient confondu la préparation de ce lancement de KZ-1A à celle d’un tir de missile anti-satellite chinois DN-3. Dans son article paru le 9 Décembre 2016, Bill Getz, un éditorialiste américain et observateurs des affaires asiatiques, a cité des sources de la Pentagone affirmant que le missile DN-3 était en train de préparer au lancement.

Sachant que le vol de KZ-1A avait été prévu pour fin Décembre initialement, et comme les KZ-1 et KZ-1A partagent la même plateforme de base KT-409 avec les premiers missiles anti-satellites chinois DN-1 et DN-2 (voir notre dossier réservé aux membres « L’armée chinoise reçoit les nouveaux missiles ASAT ?« ), il ne serait pas étonnant de voir les analystes confondent la préparation d’un lancement spatial à celle d’un missile ASAT.

Deux messages aux navigants aériennes (NOTAM) ont été publié pour ce lancement qui signalent une zone de retombé et un segment aérien fermé.

A0049/17
Q) ZPKM/QRTCA/IV/BO/W/000/999/3101N09745E020
A) ZPKM B) 1701090412 C) 1701090522
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED
BY:N304059E0974550-N304323E0973336-N312020E0974316-N311756E0975534
BACK TO START.
VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A0068/17
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/
A) ZLHW B) 1701090401 C) 1701090441
E) THE SEGMENT JIAYUGUAN VOR 'CHW'-N3931.2E10157.0 OF ATS RTE B215
CLSD.

Trajectoire du lancement de KZ-1A

Pour le secteur aérospatial en Chine, ce premier vol commercial de KZ-1A est très symbolique. D’une part parce que c’est synonme de l’entrée en scène d’un deuxième acteur sérieux du service de lancement sur le marché intérieur et international, et d’autre part il montre que le marché des satellites et de ses lancements en Chine est en train de croître de manière exponentielle, qui présage une nouvelle ère de démocratisation des usages spatiaux- après les groupes CASC (Long Marche) et CASIC (Kuaizhou), au moins deux autres acteurs privés de lancement chinois s’apprêtent à entrer sur le marché aussi.

Bien que le KZ-1A ait une capacité limité, mais une version plus puissante, le KZ-11, avec une capacité d’une tonne en orbite, est prévu d’effectuer son premier vol aussi cette année. Une version encore plus lourde, le KZ-21, est prévu d’ici 2022.

Pour les clients de la société EXPACE, filiale du CASIC qui commercialise les lancements par les fusées Kuaizhou, le délai relativement court, de 6 à 8 mois environ, entre la signature de contrat de lancement et la date effective du tir est un premier atout très intéressant pour ceux qui ont un business plan de cycle court et rapide.

Un deuxième avantage encore plus intéressant des lanceurs Kuaizhou est le prix de lancement, chiffré à environ 10 000 dollars par kg. Ceci est rendu possible par une architecture volontairement simplifiée des Kuaizhou, l’utilisation la plus largement possible des composants COTS (commercial off-the-shelf), et les processus de préparation optimisés en charge et en durée.

Le concurrent direct du KZ-1A est le CZ-11 du groupe CASC qui a réalisé son vol inaugural en Novembre 2016. Pesant presque deux fois plus lourd, le CZ-11 est capable de mettre 350 kg en orbite SSO à 700 km, contre 200 kg pour le KZ-1A.

 

Les satellites Jilin-1 Lingqiao 03, Xingyun S1 et Caton-1

Le Jilin-1 Lingqiao 03 (ou Jilin Sylviculture 1) est un satellite de vidéo « agile ». Il fait partie de la constellation Jilin-1 dont les 4 premiers (sur 138 au total) ont été mis en orbite le 8 Octobre 2015.

Le satellite Jilin-1 Lingqiao 03

Conçu par Chang Guang Satellite Technology, une joint-venture de l’Académie chinoise des Sciences et d’un consortium des entreprises privées de la province de Jilin, le satellite reprend le même designe que ses deux grands frères mais est doté de nombreux nouveaux composants, comme l’ordinateur de bor, le module d’alimentation et le module de transmission. Un nouveau système de propulsion a également été ajouté.

Ses principales charges utiles peuvent obtenir des vidéos de résolution submétrique, avec un champ de vision de 11 × 4,5 km. Les tests de liaison que les équipes de satellite ont mené fin Novembre avec les satellites de relais de données TL-1 indiquent que le Jilin-1 Lingqiao 03 est capable de transférer des données directement vers les satellites de relais de données chinois, ce qui augmente significativement le rafraîchement des données.

Son nom officiel Jilin Sylviculture 1 indique qu’il sera servi en sylviculture et prévention environementale dans la province de Jilin. Le satellite est parti pour le centre de lancement JSLC le 10 Décembre 2016.

Le deuxième satellite du vol est le Xingyun S1 du groupe CASIC. Il s’agit d’un cubsat 2U de 2,79 kg et servira à expérimenter les technologies nécessaires à la future constellation Xingyun (行云), qui a pour l’objectif de fournir du service internet au monde entier depuis l’orbite basse. Le concept de la constellation Xingyun est très similaire au projet OneWeb.

Le satellite Xingyun S1 est conçu par l’université chinoise Polytechnique du Nord-Ouest en seulement 5 mois. Cette même université collabore aussi avec le groupe CASIC pour préparer le premier lancement par catapulte électromagnétique d’ici 2020.

Le cubsat Canton-1

Le troisième et dernier satellite qui a été mis en orbite est le Caton-1, conçu par la société chinoise Beijing Canton Global Technology. Tout comme le Xingyun S1, le Canton-1 est également un cubsat 2U mais de l’usage différent.

Développé dans le cadre de la stratégie e-Navigation, définie conjointement par deux organisations internationales, l’IMO et l’IALA, le Canton-1 sert à expérimenter le nouveau système de communication maritime VDES (VHF Data Exchange System), qui inclut 4 sous systèmes : l’AIS, le LAIS, l’ASM et le VDE.

Le satellite va permettre à la Chine d’être impliqué à l’amont de la prochaine génération de standard en communication maritime, et représente donc un intérêt stratégique pour le pays au niveau de capacité et de sécurité.

Pour le moment quatre objets ont été répertoriés par NORAD. L’objet 41913 qui devrait être le satellite Jilin-1 a été mis sur une orbite SSO à 530 km × 547 km × 97,544°.

2017-002A
1 41913U 17002A   17009.83197411 -.00000063  00000-0  00000+0 0  9998
2 41913  97.5384  86.9713 0011278 269.0690 187.3892 15.09217217   105

2017-002B
1 41914U 17002B   17009.83193557 -.00000063  00000-0  00000+0 0  9996
2 41914  97.5406  86.9707 0010236 267.4093 189.0683 15.09314182   102

2017-002C
1 41915U 17002C   17009.83158806 -.00000063  00000-0  00000+0 0  9995
2 41915  97.5375  86.9743 0008805 288.2833 168.2316 15.10158665   106

2017-002D
1 41916U 17002D   17009.74804803 -.00000649  20513-5  00000+0 0  9997
2 41916  97.5394  86.9276 0206255  75.1077  23.1857 15.58601549    94

 

Statistique historique

Statistiquement, ce vol inaugural de KZ-1A est le 2ème lancement spatial chinois en 2017, le 1er du lanceur KZ-1A, et le 3ᵉ pour la famille des lanceurs Kuaizhou.

Pour l’heure, les fusées Kuaizhou du groupe CASIC totalisent 3 succès et 0 échecs, soit un taux de réussite de 100%.

Voici le nombre et le statut de lancements spatiaux chinois effectués depuis 1970, incluant aussi ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

Tableau de suivi des lancements spatiaux chinois – Date : 2017-01-09

Henri K.

 

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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