Du DF-10A aux missiles balistiques… PLARF lance l’exercice « Sky Sword »

Pour des raisons que l’on ignore encore, le commandant d’un bataillon de la force des fusées chinoise (PLA Rocket Force, PLARF) a fait l’objet d’une large couverture médiatique ces derniers jours. Bien que le focus soit visiblement porté sur l’homme et aussi sur le nouveau missile de croisière Sol-Sol DF-10A qu’exploite son unité, mais l’ensemble semble faire partie en réalité d’un événement beaucoup plus global, à savoir l’exercice annuel connu sous le nom de « Sky Sword » (“天剑”系列演训).

Si l’on se cantonne dans un premier temps à ce commandant en question, on sait qu’il se nomme LUO Yu Sheng (罗寅生) et il est au grade de Lieutenant- colonel. Détendeur d’une maîtrise dans une université de l’armée chinoise et décoré au moins cinq fois individuellement, il a été promu commandant du 6e (??) bataillon d’une brigade de la force des fusées en Mars 2017 et a dirigé son premier exercice de tirs réels quatre mois après.

Les images diffusées par la chaîne militaire nationale CCTV-7 suggèrent que LUO sert en fait dans la 821e brigade de la PLARF, basée à Luorong dans la province montagneuse de Guangxi située au sud de la Chine, elle-même appartenant à la Base n°62 connue anciennement sous le nom de la « Base n°53 ».

C’est aussi cette 821 brigade qui est surnommée aujourd’hui « Première brigade de missile de croisière » en Chine.

D’après les vidéos officielles rendues publiques, on apprend que LUO et son bataillon ont mené plusieurs tirs réels d’un « nouveau type de missile de croisière » depuis fin Mai, dont l’un a eu lieu entre le 20 et le 22 Juin.

L’analyse du véhicule lanceur (TEL) montre qu’il s’agit clairement du missile de croisière DF-10A, révélé pour la première fois en Septembre 2015 lors de la parade militaire pour célébrer la victoire contre les envahisseurs japonais en Seconde Guerre mondiale, et dont les caractéristiques sont gardées secrets mais on pense que sa portée pouvant aller jusqu’à 2 000 à 2 500 km.

Les commentaires tirés de reportages télévisés mentionnent notamment les mots comme « frappe de précision », « pénétration jour et nuit », « salve de tirs en plusieurs vagues » et « confrontation Rouge-Bleu » pour cette série de manœuvres. Et on voit effectivement des images où six missiles DF-10A ont été tirés simultanément depuis une vaste prairie alors que d’autres lancements ont eu lieu visiblement dans la nuit, et deux bâtiments grandeur nature servant comme cibles qui ont été durement touchés.

Avec l’aide de notre collègue Raj l’un de ces bâtiments cibles a pu être localisé dans le désert de Gobi, parmi un large champ de tirs utilisé par l’armée chinoise depuis de nombreuses années. La comparaison des images de ce bâtiment de sept étages diffusées ce weekend par les médias étatiques et celles datant il y a quelques années suggère effectivement que ces premières seraient récentes.

On voit alors qu’un missile, supposé DF-10A, a touché le quatrième étage de l’immeuble et a provoqué une vive explosion. Ces images sont donc à priori conformes à la description d’un journaliste ayant assisté à l’un des tirs de l’unité de LUO.

« Fin Juin […] En l’espace de quelques dizaines de minutes, plusieurs missiles de croisière du même modèle ont traversé des fenêtres pour détruire les cibles situées à plus de mille li ¹, et ce de manière chirurgicale », écrit les reporteurs du journal Science and Technology Daily, un quotidien institutionnel du Ministère chinois de la Science et de la Technologie (MOST), « La scène est impressionnante… ».

Pour pouvoir répondre à la nouvelle exigence stratégique du pays, à savoir « la dissuasion et le combat toute zone, aussi bien nucléaire que conventionnel », la force des fusées chinoise organise depuis 2012 une nouvelle série d’exercices annuelle appelée « Sky Sword » (« L’épée du ciel »), qui met l’accent notamment sur le rapprochement aux conditions de combat moderne, la confrontation ainsi que l’interopérabilité avec les autres forces armées aériennes, marines et terrestres de l’armée chinoise.

Et les exercices « Sky Sword » ont débuté fin Mai cette année – si l’on croit au journal de l’armée chinoise – et le focus passe aussi de « Assaut au niveau de la brigade » des années précédents à « Confrontation à tirs réels et assaut par groupe d’armées ». Les unités impliqués dans les lancements, à savoir plusieurs brigades de missiles de croisière et de missiles balistique, ont été choisies de manière « aléatoire » et « non programmée » d’après les éléments officiels.

Les vidéos montrent également la présence des unités de lutte anti-aérienne de l’armée de l’air chinoise, il n’est donc pas exclu que des simulations de pénétration et d’interception aient eu lieu, comme c’était déjà le cas lors du « Sky Sword 2016 » où dix missiles MRBM DF-21C ont été tirés en salve et une vingtaine de systèmes SAM de l’armée de l’air a simulé leur interception.

Mis à part les missiles de croisière DF-10A qui ont été largement rapportés, des missiles balistiques de courte et moyenne portée comme DF-15 et DF-16 sont également apparus dans les reportages. Une salve de dix missiles balistiques a aussi été filmé, à l’instar de l’exercice réalisé il y a quelques années sur le plateau de Tibet.

Quant aux lieux des manœuvres de cette année, les médias institutionnels ont simplement mentionné « le désert au nord-ouest » et « la forêt au nord-est » (戈壁大漠、东北密林). Mais les messages aux navigants aériens (NOTAM) ont indiqué, par exemple, la présence de plusieurs zones interdites d’accès au nord-ouest de la Chine entre le 20 et le 22 Juin. Les lieux, les dates et les caractéristiques de ces zones fermées concordent donc avec les tirs mentionnés par les journalistes du Science and Technology Daily (l’article a été publié le 22 Juin).

DF-10A

Le site d’impact du missile DF-10A, et les NOTAM en date du 20 Juin dans la matinée. Tout n’est pas nécessairement lié à l’exercice en question. (Image : East Pendulum)

Henri K.

 

¹ Le li (里, lǐ) est une unité de mesure chinoise de distance qui a considérablement varié en valeur avec le temps, mais qui est dorénavant standardisée à l’équivalent de 500 mètres.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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