Drone Wing Loong : Nouveaux détails sur son déploiement

Cela fait déjà quelques années que le drone MALE armé Wing Loong a été admis au service actif au sein de l’armée de l’air chinoise, mais comme le fait la coutume, très peu de détails n’a été communiqué jusqu’à présent.

Quand a eu lieu exactement son entrée en service ? Comment les premiers pilotes ont été choisis et formés ? Quid des premières missions opérationnelles de ce drone MALE au sein de l’armée ?

Wing Loong

Les drones Wing Loong basés à Malan, dans la province de Xinjiang.

Les médias étatiques chinois – comme l’agence de presse Xinhua, le journal Quotidien du peuple ou encore la télévision nationale CCTV – ont fait une large couverture depuis hier sur l’un des premiers pilotes de Wing Loong de l’armée chinoise. Pas moins d’une trentaine d’articles différents et de vidéos ont été publiées et nous révèlent de nombreux détails inédits sur ce drone.

L’homme qui a fait couler autant d’encre s’appelle LI Hao (李浩), général de brigade aérien de l’armée de l’air chinoise. Âgé de 54 ans, LI a été ancien pilote de chasse ayant volé sur 6 différents modèles d’avion et compte plus de 3 000 heures de vol à son actif.

Son histoire avec le drone Wing Loong a commencé il y a 7 ans, en fin 2010. S’approchant de ses 48 ans à l’époque, l’âge de la retraite obligatoire pour les pilotes de chasse de l’armée de l’air chinoise, LI aurait pu se convertir en pilote de ligne commerciale, mais il a finalement choisi de soumettre sa candidature pour devenir les premiers pilotes chinois de drone de combat.

Cette année-là, l’armée de l’air chinoise a créé sa première brigade de drone de combat, et 20 pilotes de chasse ont été sélectionnés pour rejoindre cette toute jeune entité basée au Sud-Est de la Chine.

« J’ai été l’un des premiers volontaires à choisir cette voie », raconte LI, désormais instructeur des pilotes de drone, « mais seuls quelques uns de l’époque sont encore restés en service aujourd’hui… »

L’année 2011 a été marquée par une série de formations théoriques intensive qui a eu lieu à 3 endroits différents, pour les 20 élèves pilotes de Wing Loong. Ils ont dû voyager entre deux universités de l’armée de l’air chinoise situées au Nord de la Chine, et leur entité opérationnelle basée au Sud.

« Les drones (Wing Loong) n’étaient pas encore livrés, il y avait eu beaucoup de questions qui étaient resté au niveau théorique et expérimental pour nous », confesse LI. Il y a eu des désaccords entre les formateurs et les élèves, notamment sur les paramètres de commande de vol.

Après les formations théoriques viennent les entraînements sur simulateur. Le 20 Mai 2012, LI Hao est devenu le premier pilote de l’armée chinoise à faire décoller, en vrai, le drone Wing Loong dont le nom code de la mission est de « 72 », suivi par les autres pilotes de la même promotion.

Depuis, les choses s’accélèrent. Les drones Wing Loong ont participé pour la première fois à l’exercice militaire aérien « Red Sword 2012 », l’équivalent des manœuvres Red Flag en Occident, où ils ont mené des missions de reconnaissance en temps réel. C’est la première fois qu’un drone de combat s’intègre au système global de l’armée de l’air chinoise.

En 2014, LI et trois autres pilotes ont effectué leurs premières frappes Air-Sol, dans la province de Xinjiang, leur nouvelle base d’attache à l’abris des regards. C’est ici que chacun a tiré deux missiles depuis leur drone, et cela signe la fin de leur formation de base en tant que pilote de drone.

Fort de ce succès, leur Wing Loong ont participé à un exercice militaire trans-armées à la même année, et les armes Air-Sol ont été utilisées. Ils ont ensuite enchaîné sur l’exercice conjoint sino-russe « Mission de paix 2014 », où le drone piloté par LI a frappé et détruit de son premier coup un véhicule de commandement OPFOR.

Mais utiliser les drones armés de manière individuelle ne convient pas à l’armée de l’air chinoise. En Juillet 2015, elle organise une mission d’évaluation de vol en formation de deux modèles de drone militaire, dont le Wing Loong – le premier en son genre. L’essai a eu lieu à une base militaire située au plateau, à 3 800 mètres d’altitude.

Et c’est en 2016 que les drones Wing Loong commencent à voler ensemble avec les appareils pilotés et participent de manière collaborative avec ces derniers à deux exercices militaires d’envergure, dont le « Red Sword 2016 ».

Aujourd’hui, LI Hao continue à voler avec ses drones et forme les jeunes pilotes – en Février cette année, il accueille deux jeunes pilotes de chasse, l’un détient le « Casque d’or », la récompense suprême pour un pilote de chasse chinois. Mais les regards de LI se tournent désormais vers la réception prochaine d’un tout nouveau type de drone armé, dont le modèle exact n’a pas été révélé.

La base où se trouve ce régiment aérien de Wing Loong héberge une centaine de famille à ce jour, et les installations au sol sont complétées au fur et à mesure.

Voilà un peu près tous que nous avons pu apprendre des articles et des vidéos publiés ces derniers jours, qui ont aussi permis de répondre à quelques interrogations que nous avons depuis longtemps. A commencer par savoir si les drones Wing Loong utilisés par l’armée chinoise sont dotés de liaisons satellite, permettant les opérateurs de les piloter sur une très longue distance, ou ils sont contraintes de limiter le rayon de contrôle à 250 km par la voie radio.

Et la réponse est oui, et cette fois-ci avec trois preuves à l’appui. La première se trouve dans un passage du reportage télévisé de CCTV-7, où on peut voir les jeunes pilotes de drone dans le « container » de commandement et de contrôle à côté de LI Hao, il est indiqué que le drone qu’ils pilotaient se trouve à 1 000 km de l’endroit où ils se situe.

La deuxième est la photo d’une grande antenne au sol pour assurer la liaison avec les drones via le satellite de communication militaire.

L’autre question concerne les vols de nuit. Est-ce que les drones Wing Loong de l’armée de l’air chinoise peuvent effectuer des sorties dans la nuit ?

Et là encore, la réponse est affirmative. La veille de l’interview avec le général LI Hao, les pilotes de la base étaient justement en train de préparer à un entraînement de vol nocturne. Et les médias chinois ont également publié deux photos d’un drone Wing Loong avec comme commentaire : « la trajectoire du drone dans la nuit », ainsi qu’un passage au début d’un reportage télévisé, dans lequel les pilotes s’entraînent aux tirs de nuit.

Wing Loong

Un drone de combat Wing Loong en vol nocturne

Il y a bien sûr d’autres petits détails qu’on peut évoquer, qui sont tout aussi intéressants, comme la mise à jour fréquente des logiciels, l’automatisation de la sortie du drone de son hangar jusqu’au tarmac, les tolérances de condition météorologique pour le décollage et l’atterrissage automatique du Wing Loong, ou encore quelques anecdotes sur les pannes et les fausses alertes de système…etc, mais nous aurons l’occasion d’y revenir prochainement.

Et ces publications nous ont aussi laissé d’autres points en suspense, par exemple quel est l’autre modèle de drone qui était en vol de formation avec le Wing Loong en Juillet 2015 ? Quel nouveau type de drone que LI Hao s’apprête à recevoir cette année ? Quel est le réel niveau d’intégration des drones armés aux côtés des autres appareils pilotés de l’armée de l’air chinoise ?

Ce sont donc autant de questions qui méritent d’être creusées davantage.

A suivre.

Henri K.

 

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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