Drone : Chengdu livre les premiers lots de Wing Loong II aux clients

Moins d’un an après avoir fait voler son nouveau drone militaire Wing Loong II, Chengdu Aircraft Industrial Group (CAC), filiale du groupe d’aéronautique chinois AVIC spécialisé dans la production d’appareils civils et militaires, a déjà effectué les « premiers lots » de livraison pour ses clients. C’est en tout cas ce que indique LI Yi Dong, ingénieur en chef du programme à l’Institut 611 Chengdu, bureau d’études responsable de la conception des drones Wing Loong, dans un reportage télévisé en diffusion il y a deux jours sur la chaîne nationale chinoise CCTV.

On peut voir au moins quatre Wing Loong II, en livrée gris pâle prêts à être livré, dans le hall de préparation des drones de CAC, où se trouve aussi une cinquième cellule nue. C’est dans ce même endroit que les Wing Loong I, le premier modèle de la famille, construits pour les Forces armées kazakhes ont été préparés au début 2016.

Plus de 300 sociétés privées sont impliquées aujourd’hui pour fournir environ 60% des 130 milles pièces et composants constituants le drone. Pour répondre à un carnet de commande plein et des délais de livraison très courts, Chengdu a même décidé d’externaliser l’assemblage final de Wing Loong II. Une première entreprise locale, Xin Jing Aviation (鑫旌航空), a déjà inauguré sa nouvelle ligne de production du drone pour le compte de CAC, avec un premier appareil envoyé dans les airs en Juillet 2017.

On ignore pour le moment à qui sont livrés les premiers Wing Loong II, mais parmi les pays s’étant portés acquéreurs de cette famille de drones armés chinois, à savoir la Chine, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan, les Emirats arabes unis, l’Egypte et l’Arabie Saoudite, c’est ce dernier qui semble avoir le besoin le plus urgent sur ses théâtres d’opérations actuels à disposer d’une plateforme de reconnaissance et de frappe au sol de longue autonomie. Des signes montrent aussi que l’armée de l’air chinoise serait en train de se préparer à la réception de ce modèle plus grand, si ce n’est pas déjà le cas.

Quatre fois plus lourd que la version précédente Wing Loong I, qui a effectué son premier vol en Octobre 2007, le Wing Loong II, avec une masse maximum au décollage de 4 200 kg, a fait de la Chine le deuxième pays au monde capable de construire un drone armé dit de Moyenne Altitude et Longue Endurance (MALE) dans ce gabarit.

Cette nouvelle version mesure 11 mètres de long, 4,1 mètres de haut et 20,5 mètres d’envergure. Il est capable de voler jusqu’à 9 000 mètres d’altitude, avec une vitesse de pointe à 370 km/h. Grâce à une taille plus importante et un nouveau turbopropulseur d’origine chinoise, le Wing Loong II peut transporter 480 kg d’armements sur ses 6 points d’emport, soit 12 munitions Air-Sol au total, pour des missions d’identification et de frappe.

Pour les missions de reconnaissance, il peut compter sur une suite optronique complète dotée de voie TV, IR et laser, ainsi qu’un radar à synthèse d’ouverture (SAR). L’autonomie du drone est donnée à 20 heures en vol quand l’appareil est pleinement armé.

« Le Wing Loong II est au même niveau que le drone américain MQ-9 Reaper  », a déclaré LI après le premier vol de Wing Loong II en Février 2017, « Nous sommes en train de concurrencer les meilleurs drones du monde dans la même catégorie, avec nos propres technologies, et nous pourrions les dépasser dans un futur proche. »

La taille potentielle du marché d’export pour les drones Wing Loong est estimée à « plusieurs centaines » d’appareil, toujours selon l’ingénieur en chef du bureau d’études chinois.

Il est à noter que le drone chinois a terminé récemment sa dernière campagne de tirs en 2017, durant laquelle il a battu le record chinois en nombre de types de munitions lancés à un seul cycle de vol.

On apprend alors que le Wing Loong II a en fait utilisé cinq différents types de munition Air-Sol, pour frapper plusieurs cibles fixes et mobiles au sol, dans une campagne d’essais qui a eu lieu dans une zone désertique en province de Ningxia.

Les images du reportage montrent effectivement que le drone en vol avec des munitions de différents constructeurs d’armement chinois. On peut voir par exemple les missiles ATM de ce qu’il semble être de Blue Arrow du groupe NORINCO, les bombes guidées laser LS-6 100 kg du groupe AVIC, ou encore un missile en tri-pack qui pourrait être soit le missile Air-Air TY-90 d’AVIC ou le missile Air-Sol TL-2 du groupe CASC.

Sur ce dernier point, il paraît peu probable à ce jour qu’un drone chinois soit demandé à porter des munitions destinées au combat aérien, pour une question de doctrine, de technologie et surtout de l’intérêt. Il est donc possible que ce soit le TL-2 de CASC, concurrent d’AVIC qui commercialise lui-même des drones MALE connus sous le nom de CH-4 et CH-5 en Moyen Orient, que l’on voit porter par le Wing Loong II.

Et c’est justement ce missile TL-2 qui laisse penser que c’est l’Arabie Saoudite qui serait en train de recevoir, si ce n’est pas déjà le cas, le Wing Loong II. En effet, le pays a aussi acquis le drone militaire CH-4 conçu par le groupe CASC et il est donc logique que celui-ci partage les mêmes munitions avec le drone d’AVIC pour réduire la pression sur le soutien logistique.

L’interface de contrôle dans la station au sol est également en anglais (?), ce qui écarterait la possibilité que la campagne de tirs soit réalisée pour les appareils à livrer à l’armée de l’air chinoise.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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