Djibouti : 1ère base militaire outre-mer de la Chine

En Janvier 2016, les Djiboutiens commencent à voir les drapeaux chinois flottés au dessus des bâtiments encore en chantier à Obock, une ville littorale située à 44km au Nord de Djibouti, la capitale du pays.

Un bâtiment administratif chinois en construction à Obock

Un bâtiment administratif chinois en construction à Obock

Les militaires chinois ont établi des postes de sécurité autour d’un terrain de 90 acres, soit environ 0,36km². Une nouvelle jetée et un terminal conteneur sont toujours en construction.

Le porte-paroles du ministère chinois de la Défense a confirmé, dans la conférence de presse du 25 Février 2016, que la construction des « infrastructures de soutien logistique » a commencé à Djibouti.

Les travaux devraient prendre fin d’ici 2017 selon les observateurs.

Djibouti, une étape de la nouvelle route maritime de la Soie

La Chine est devenue en une dizaine d’année seulement le premier partenaire commercial du continent africain, avec plus de 160 milliards USD de marchandises échangées en 2015, soit deux fois plus que les États Unis et presque trois fois plus que la France.

Le chemin de la conquête commerciale chinoise est toujours le même – les Chinois investissent d’abord massivement dans les nouvelles infrastructures comme les voies ferroviaires, les routes, les ports, les aéroports et les réseaux d’électricité…etc, puis les mains-d’œuvres débarquent abondamment, suivi par les marchandises.

Aujourd’hui plus d’un million de Chinois vivent et travaillent en Afrique. Les produits made-in-China, allant des produits alimentaires jusqu’aux marchandises High Tech, inondent les marchés locaux.

Les grands groupes nationaux chinois sont arrivés à Djibouti vers 2010 et ont investi jusqu’à présent plusieurs milliards de dollar US dans la construction de 3 ports à containers, 2 aéroports, des réseaux de canalisation de l’eau et de gaz naturel, ainsi que le chemin de fer de Djibouti à Addis-Abeba, la capitale du pays voisin l’Éthiopie.

Phase 1 du port de Doraleh

Phase 1 du port de Doraleh

En 2013, les Chinois ont obtenu le rôle de l’opérateur portuaire à Djibouti et investissent 590 millions USD dans la construction d’un nouveau port à Doraleh. La première phase de ce port multifonction mesure 1,2km de long pour une superficie totale de 980 000m².

Côté militaire, la marine chinoise est présente sans interruption dans le golfe d’Aden depuis Janvier 2009, à travers les missions d’escorte anti-piraterie pour protéger les navires de commerce du pays.

Les bâtiments chinois se ravitaillaient d’abord à Salalah d’Oman et au port d’Aden au Yémen, avant de venir de plus en plus souvent à Djibouti, où se trouvent également les bases militaires des États Unis, de la France et du Japon par exemple.

Aujourd’hui plus de la moitié de ravitaillement des flottes chinoises au golfe d’Aden passe par Djibouti.

La première fois qu’on voit émerger publiquement l’idée de construire une base de ravitaillement permanente chinoise à Djibouti remonte à 2009. Dans une émission télévisée, le contre-amiral YIN Zhuo, l’ancien directeur du comité consultatif pour l’informatisation de la marine chinoise, évoque la nécessité d’avoir un « pied à terre » sur place pour les équipages.

« Je pense que les autres pays qui ont leurs armées présentes de manière permanente dans la région peuvent comprendre ce besoin », indique le contre-amiral chinois, « mais la décision revient au gouvernement et à la Commission militaire centrale, car ce sera une affaire à la fois stratégique et diplomatique ».

La localisation d'Obock à Djibouti

La localisation d’Obock à Djibouti

La première négociation de bâtir une base militaire chinoise localement devrait remonter au début 2015. Le président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh a confirmé aux journalistes de l’AFP en Mai 2015 que les discussions étaient en cours.

« La France est présent à Djibouti depuis très longtemps, les États Unis considèrent que leur base ici contribue grandement à la lutte contre le terrorisme, et le Japon souhaite protéger leurs navires de marchand. » rajoute le président djiboutien, « maintenant la Chine aimerait également protéger leurs intérêts, et ils sont de bienvenue. »

En Novembre 2015, le général David M. Rodriguez de l’AFRICOM confirme que la Chine et Djibouti ont signé un accord pour construire une base militaire sur place.

« C’est leur premier bastion militaire en Afrique », rajoute le général américain.

Le contrat signé entre les deux pays porte sur une durée de 10 ans. La Chine doit ainsi débourser 20 millions de dollar US de loyer par an.

Selon Mahamoud Ali Youssouf, le ministre des affaires étrangères de Djibouti, le nombre de militaires chinois présents dans cette future base n’est pas limité, mais en principe « il ne devrait pas dépasser 2 000 hommes ».

Les navires de guerre chinois sont autorisés à s’y jeter l’ancre, mais il n’y aura pas de piste d’atterrissage, seulement des héliports, précise Ali Youssouf.

En comparaison, le camp Lemonnier, la seule base militaire américaine permanente en Afrique, s’étend sur une superficie de 500 ancres pour 70 millions USD de loyer par an. 4 000 militaires américains se trouvent sur place toute l’année.

L’extension de cette base de 88 à 500 acres en 2014 a coûté 1,4 milliards de dollar US à l’armée américaine.

Camp Lemonnier

Camp Lemonnier

Cette première base militaire outre-mer de la Chine à Djibouti constitue un premier pivot important du pays pour sa stratégie « One Belt One Road » (New Silk Road Economic Belt, 21st Century Maritime Silk Road).

Il s’agit d’une stratégie économique-géopolitique définie par le président chinois XI Jinping en Septembre 2013, qui a pour l’objectif de créer deux zones économiques transcontinentales entre l’Asie, l’Europe de l’Est et l’Afrique. Elles devraient permettre d’alimenter plus facilement la Chine en ressources naturelles qu’elle a besoin pour sa croissance, et d’exporter sa (sur)capacité de production.

Cette stratégie peut être considérée, en quelques sortes, comme le TPP (Trans-Pacific Partnership) et le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), proposés par les États Unis à ses alliés en Asie et d’outre-Atlantique.

One Belt One Road (Source : South China Morning Post)

One Belt One Road (Source : South China Morning Post)

Des moyens très importants ont été mis en place pour soutenir cette stratégie. Par exemple, le système de navigation et de positionnement Beidou, l’équivalent chinois du GPS, est demandé de pouvoir être opérationnel au plus tôt pour l’ensemble des pays de cette « ceinture » en Asie.

Une ceinture dans laquelle la Chine compte établir ses propres règles du jeu, et intégrer le plus de monde possible dans son sphère d’influence par le biais du commerce, mais pas seulement.

Djbouti, tout comme la mer de Chine méridionale, le détroit de Malacca et le Sri Lanka, fait partie des passages maritimes stratégiques de cette nouvelle route maritime de la Soie.

Le choix de construire une base de « ravitaillement », dans un premier temps, à cet endroit qui surplombe la bouche du golfe d’Aden paraît donc logique pour répondre à une stratégie économique et géopolitique globale. Il devrait être la première étape mais loin d’être la dernière.

Il n’est donc pas exclut de voir, dans un futur proche, établir une autre base militaire chinoise sur la côte Ouest de l’Afrique. En effet, les rumeurs courent depuis Novembre 2014 que la Chine serait en négociation avec la Namibie pour construire une base à Walvis Bay.

Et selon le président namibien Hage Geingob, les États Unis ont également manifesté le même souhait au même endroit que la Chine.

Aujourd’hui la Chine dispose déjà une station de suivi et de contrôle spatial en Namibie, c’est également l’une des sources d’approvisionnement en uranium pour le pays.

L’affaire à suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Au début de cette histoire, tout le monde pansé que la base sera dans le port de Djibouti et on se posait la question de la cohabitation avec les autres marines (japonaise en autre… qui sont dans le coin).

    La, les marins chinois risquent de sentir isolés, Cette petite ville n’a rien de touristiques.

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