DF-26 : le missile balistique antinavire à très longue portée se dévoile enfin

Depuis la première apparition publique du DF-26 à la parade militaire du 3 Septembre 2015, ce missile balistique IRBM chinois, présenté officiellement comme un missile qui peut être muni de tête conventionnelle ou nucléaire, pour frapper les cibles fixes au sol ou les grandes cibles en mouvement sur mer, attire la curiosité de beaucoup d’observateurs.

DF-26

Un TEL du missile balistique DF-26 au défilé du 3 Septembre 2015.

A quoi ressemble alors ce missile balistique de dernière génération à double usage, capable d’atteindre ses proies dans un rayon de 4 000 km, sous sa coiffe de protection ?

Dans un récent interview télévisé avec le général d’armée ZHAO Zong Qi (赵宗岐), commandant en chef du Théâtre d’opérations de l’Ouest et responsable de la zone de défense la plus étendue en Chine, ce mystérieux DF-26 s’est enfin dévoilé.

DF-26

Un bref passage de l’interview télévisé qui révèle le visage du DF-26.

Sans surprise, et comme on pouvait déjà le deviner grâce à la forme de la coiffe, la partie de rentrée atmosphérique de ce missile balistique antinavire (ASBM) chinois est dotée de quatre ailerons aérodynamiques, pour assurer sa manœuvrabilité en phase d’approche finale.

Ce qui est intéressant est la configuration biconique de la tête du DF-26, qu’on peut retrouver sur au moins deux autres missiles balistiques chinois – le SRBM DF-15B et le MRBM DF-21C – conçus pour la frappe de haute précision, et aussi sur un ancien missile balistique américain de l’US Army, le MGM-31 Pershing II.

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Quatre missiles balistiques américains et chinois exploitant la même configuration pour la partie rentrée atmosphérique.

Alors pourquoi cette « ressemblance physique » ?

Est-ce que les ingénieurs des deux groupes missiliers chinois, CASC et CASIC, ont encore « copié » comme ce que les médias s’efforcent de le répéter – faute d’arguments techniques et probablement pour rester « politiquement correct » et plaire à l’audience publique – ou il y a bien des raisons particulières car les lois physiques s’expriment de manière identique pour tout le monde vivant sous le même ciel ?

Le document de recherche « Design for aerodynamic configuration of a hypersonic axisymmetric maneuverable reentry vehicle« , rédigé par l’ingénieur en chef du programme DF-26, ZHU Guang Sheng (朱广生), qui appartient à l’Institut CALT, nous a peut-être donné quelques explications sur le choix de cette configuration technique.

ZHU a d’abord exposé les besoins de son étude pour un engin de rentrée atmosphérique manœuvrable, qui doit réaliser des larges manœuvres à moyenne et haute altitude, des changements de trajectoire rapides à basse altitude, et des ajustements contrôlables en position et en vitesse lors de la phase d’approche terminale.

Pour cela, l’engin doit présenter des caractéristiques suivantes :

  1. Une portance relativement grande et une finesse aérodynamique élevée
  2. Une faible marge de stabilité statique
  3. Une bonne efficacité du contrôle par ses gouvernes aérodynamiques
  4. Un volume utile à l’intérieur qui soit suffisant
  5. Un faible couple de charge
  6. Une vitesse de descente régulable

Un missile balistique de 4 000 km de portée, en trajectoire optimum, atteint une vitesse supérieur à 5 km/s après sa phase propulsée, et près de 3,8 km/s, soit un peu plus de Mach 11, à l’apogée de son parcours. La portance d’un tel engin hypersonique, lors de sa rentrée atmosphérique, provient majoritairement de son corps et s’appuie sur la finesse aérodynamique de sa forme. Les gouvernes ne servent donc plus qu’à assurer le contrôle. Ainsi, la forme aérodynamique de la tête de rentrée atmosphérique doit répondre aux besoins d’une grande force normale et faible force axiale.

En plus, pour que les différents senseurs de la tête fonctionnement de manière optimale, notamment dans le cas d’un ASBM qui combine les informations venant de capteurs multiples pour pouvoir localiser, identifier et acquérir sa cible en mouvement sur mer, demande que la vitesse de descente puisse être contrôlée. Et le meilleur moyen pour réguler cette vitesse est d’effectuer le mouvement conique, c’est à dire que le vecteur de vitesse de la tête tourne autour de son axe symétrique.

Et la forme de la tête du missile balistique qui répond à tous ces critères est justement biconique. Mais les dimensions précises de cette bi-cône varient en fonction de la vitesse de l’engin, la masse, le barycentre et un ensemble de paramètres du missile.

Autrement dit, « dupliquer » bêtement et simplement une tête de Pershing II et la remet sur n’importe quel autre missile balistique chinois va courir, de manière certaine, à la catastrophe.

DF-26

La variation de la force normale de la tête en fonction de la vitesse et l’angle d’incidence, pour deux profils typiques de cône.

Une preuve de plus pour démontrer que la « ressemblance physique » n’est donc, en aucun cas, un argument fiable et recevable pour juger s’il y a effectivement la « photocopieuse » qui est passée par là, et c’est valable pour pratiquement tous les cas d’ailleurs.

Pour ceux qui sont intéressés, d’autres contraintes et paramètres techniques sont étudiés et comparés dans le document cité en haut, et le cheminement de l’étude montre qu’en ingénierie, « rien n’est un hasard, tout a une explication ».

Néanmoins, il reste aujourd’hui encore beaucoup de mystères sur ce missile balistique DF-26. Mais on tient des sources institutionnelles que son développement remonte à 2008, et que le missile est équipé de tuyères à butées flexibles, et sa structure faite en fibre carbone bobinée.

Il bat également le record chinois en terme de la pression de travail de ses moteurs et la longueur de la chambre de combustion du moteur (du 1er étage probablement). Le missile possède également le meilleur ratio masse utile / masse totale parmi les missiles balistiques chinois.

Selon certains analyses, le DF-26 est capable de projeter une charge nucléaire de 500 kg sur une distance de 5 000 km, ou une tête conventionnelle de 1 200 kg, anti-navire ou pas, sur 3 500 km. Le missile est porté par un TEL 12×12 de modèle HTF-5680. Il remplacera le vieux missile balistique DF-4 à ergol liquide, qui visait en particulier Moscou à l’Ouest, et Guam à l’Est. Ces cibles restent toujours valables pour le DF-26.

Concernant son champ d’action, si on prend l’exemple de l’Unité 96267 de la base n°54 des forces des fusées chinoises, qui a effectué le premier tir opérationnel du DF-26 le 31 Août l’année dernière (voir notre dossier « DF-26 : 1er tir opérationnel après l’entrée en service« ), le missile est capable de couvrir une large zone entre le golfe Persique jusqu’à l’Est de l’océan Indien en partant de la cordière de Kunlun, ou atteindre la quasi-totalité de la mer des Philippines située entre la 1ère et la 2ème chaîne d’îles, si le DF-26 est tiré de la base de cette brigade au sud de la Chine. Cette dernière zone devrait être la prochaine arène où opposeront l’armée américaine et son rival chinois.

Selon notre estimation, les forces des fusées chinoises disposent d’au moins quatre brigades de DF-26 aujourd’hui, avec chacune une dizaine de lanceur mobile.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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