DF-21C : Quand l’Inde est dans la visée…

Après la visite il y a deux jours du président chinois XI Jin Ping au quartier général des forces des fusées chinoises, où il a demandé aux forces de dissuasion stratégique chinoise de « se renforcer » et de « se préparer », l’un des généraux de brigade, qui dirige une brigade des missiles balistiques DF-21C, a fait l’objet d’une couverture médiatique massive aujourd’hui.

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Maquette de DF-21C

L’homme s’appelle LI Zheng Lian (李正连) – trente ans de carrière dans les forces balistiques chinoises et ancien directeur adjoint du département des opérations balistiques à Pékin – il est nommé à la tête de la 823ème brigade en 2013.

Cette unité numéroté 96365 et basée à Korla, en province de Xinjiang, est l’une des quelques brigades chinoises équipées du MRBM DF-21C, conçu pour effectuer des frappes précises sur des cibles au sol à haute valeur ajoutée.

Selon certaines sources comme l’U.S. Naval War College par exemple, le missile est capable de projeter une tête conventionnelle et manœuvrable (MaRV) de 600kg sur une portée estimée à 1 700km, et atteint sa cible avec une précision de CEP < 10m.

Ce soir, deux chaînes de télévision chinoise, CCTV-1 et CCTV-7, ont chacune diffusé une vidéo sur le général LI et sa brigade. Elles sont particulièrement intéressantes, car non seulement plusieurs scènes de lancement de DF-21C ont été dévoilées pour la première fois mais également la base de la 823ème brigade.

Selon l’interview du général LI dans ces vidéos, on apprend que cette brigade a réalisé récemment un tir d’essai à près de 2 000km de leur base, et la précision du tir a atteint un « record historique sur ce modèle de missile ».

Il déclare par ailleurs que sa brigade est désormais pleinement opérationnelle, les militaires sont maintenant autonomes dans l’exploitation et la maintenance des systèmes, sans avoir besoin du support en continu des constructeurs.

Dans un passage qu’on voit dans l’une des deux vidéos, on apprend peut-être aussi le mode opératoire du missile DF-21C – le général chinois a donné l’ordre de tirer sur une cible au sol avec « deux missiles, plus un autre en réserve », ce qui veut dire qu’une unité de lancement comprend au moins trois TEL (Tracteur-Erecteur-Lanceur), et que chaque cible d’ennemi a droit au baiser mortel de deux missiles, plus un troisième si le résultat de l’évaluation du dégât n’est pas satisfaisant ou si l’un des deux missiles rate son coup.

Dans la scène où on voit une dizaine de TEL de DF-21C alignés dans un grand hangar couvert, il devrait s’agir d’un bataillon de lancement. La base de la 823ème brigade se trouve au sud de Korla, dans le nouveau quartier de la ville.

Il y a aussi quelques passages intéressants, qui montrent par exemple un lance-leurre sur plateforme mobile, un poste d’alignement de paramètres dans un TEL, et une coiffe déjà utilisée de DF-21C.

La localisation de cette 823ème brigade nous dit très clairement la principale cible de cette unité qui est l’Inde. Avec 1 700km de portée (au minimum), ses missiles DF-21C peuvent atteindre n’importe quel poste de commandement ou base aérienne de l’armée indienne sur toute la frontière Nord avec la Chine, sans même devoir sortir de leur base.

Quand on sait qu’au niveau de l’infrastructure, l’Inde est en net retard par rapport à la Chine, la destruction de quelques nœuds de transport va ralentir considérablement la progression des troupes indiennes.

La ville de New Delhi se trouve également à l’intérieur de la portée du missile. Mais comme démontre le récent exercice de la brigade qui s’est déplacé de près de 2 000km pour effectuer ses tirs, il est tout à fait possible que les unités de la brigade contournent le désert du Taklamakan et partent plus au sud vers le plateau tibétain, pour pouvoir atteindre d’autres cibles sur les côtes et au centre de l’Inde.

Portée de 1 700km depuis Korla

Portée de 1 700km depuis Korla

Si cette brigade joue le rôle de dissuasion et de l’appui en profondeur, en temps de conflit avec l’Inde l’armée chinoise peut non seulement s’appuyer sur ses avions de chasse basées à quatre endroits différents, mais aussi sur ses unités d’artillerie.

La CCTV a diffusée deux autres vidéos aujourd’hui, sur l’exercice de tir d’un régiment d’artillerie de la région militaire de Tibet. Les vidéos montrent que les LRM chinois de type PHL-03 reçoivent les données de leur satellites militaires en temps réel pour évaluer la situation des cibles, dont certaines sont « en mouvement », pour ajuster les paramètres de tir.

Avec l’incident très récent entre les deux armées, et le déploiement massif des chars indiens sur la frontière sino-indienne depuis cet été, est-ce que les Chinois tentent de passer quelques messages discrets à leur voisins indiens ?

L’affaire à suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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  • Si les radars US peuvent faire de la discrimination, les ordinateurs des radars indiens qui ont moins de 10 minutes pour analyser les buts apparu sur les écrans pourront t’ils assuré l’État Major indien que les ogives les visant ne sont pas des ADM ? Même si la Chine certifie qu’elle n’utilisera pas l’arme nucléaire en premier, les responsables indiens dans cette situation peuvent avoir des réactions avec des conséquences catastrophiques…

    En HS, j’indique le roman Opération Dragon Fire du journaliste britannique Humphrey Hawksley édité en 2001 qui est le seul que j’ai lu décrivant de manière crédible une guerre sino-pakistano-indienne de grande ampleur. L’action se passe en mai 2007. Plus d’infos quand je serais devant mon PC.

  • La Sibérie est aussi comprise dans le rayon d’action de ces missiles 🙂

    Mais tiré des Irbm-icbm sur une puissance nucléaire n’est pas recommandé. Comment savoir si l’ogive est atomique ou non avant l’impact ?

    Les projets US de Trident 2 a charge conventionnelle ont étaient stoppée car le risque de déclencher une riposte nucléaire était trop élevé.surtout que l’Inde n’a pas une capacité de seconde frappe permettant de prendre le risque d’attendre le résultat d’une attaque avant de réagir.

  • There’s also a remote and strange place called Saitula with a high-bay garage typical for 2nd Artillery garrisons.
    Mumbai is just little less than 2 000 km from there.

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