« DF-17 », première arme à planeur hypersonique au monde

Nous nous sommes posés plusieurs questions il y a deux mois à la fin de notre dossier « Et si c’est lui le planeur Boost-Glide DF-ZF ? », dans lequel le développement du planeur hypersonique chinois connu sous le nom de DF-ZF a été étalé sous forme d’un résumé rapide. Ces questions portent notamment sur l’utilité réelle de ce type d’armements pour l’armée chinoise et aussi sur l’arrêt « soudain » des tests après sept essais plutôt réussis menés entre 2014 et 2016, qui sont restées sans réponse à l’époque faute d’éléments supplémentaires.

Mais notre collègue Ankit Panda, éditeur du site The Diplomat, nous a relayé ce jeudi plusieurs informations très intéressantes sur le progrès récent obtenu par les Chinois dans le domaine, révélées par une source gouvernementale américaine, qui pourraient finalement donner des indications pour répondre à nos questions.

Selon le texte, les services de renseignement américains ont confirmé deux essais d’un nouveau missile chinois, référencé sous le nom de « DF-17« , en mois de Novembre. La particularité de ce missile est qu’il est porteur d’une charge utile de type HGV (Hypersonic Glide Vehicule), autrement dit un planeur hypersonique.

Le premier des deux tests a eu lieu cette année au 1er Novembre, c’est à dire peu après la clôture du 19e congrès national du Parti communiste chinois, un événement politique capital en Chine qui réunit plus de 3 000 députés locaux pour définir les grands axes de développement du pays. Le missile en question a décollé du centre spatial de Jiuquan dans la zone désertique à l’ouest de la Chine.

A noter que nous avions déjà parlé de ce test à l’époque dans le dossier « 1er tir balistique après le 19ᵉ Congrès du PCC », mais sans pour autant pouvoir indiquer précisément de quoi il s’agit à l’époque, bien que des irrégularités par rapport à un essai balistique classique ont été soulignées et que l’on pensait déjà qu’il pourrait s’agir d’un vecteur de type DF-16.

On peut résumer l’essentiel technique de l’arme chinoise en cinq points, grâce à l’article d’Ankit, que :

  1. Le planeur hypersonique a volé sur une distance de 1 400 km environ, à 60 km du sol, pendant environ 11 minutes.
  2. L’engin a frappé sa cible à l’extérieur du comté Qiemo, avec une précision de « quelques mètres ».
  3. Le porteur « DF-17 » est un missile balistique MRBM, avec une portée estimée entre 1 800 et 2 500 km.
  4. La conception de « DF-17 » se base principalement sur le missile balistique chinois DF-16B, déjà opérationnel.
  5. L’arme pourrait atteindre son premier stade opérationnel en 2020.

On apprend par ailleurs que « le missile est conçu explicitement pour l’implémentation opérationnelle d’un HGV et non servi comme un banc d’essai », toujours selon la même source gouvernementale américaine, et que « c’est le premier test de planeur hypersonique au monde utilisant un système destiné à être opérationnel sur le terrain ».

Le deuxième essai, quant à lui, s’est déroulé deux semaines plus tard au 15 Novembre mais aucun détail n’a été dévoilé.

Alors que peut-on en tirer de ces nouvelles informations, en admettant qu’elles soient exactes ?

Si on se réfère aux messages aux navigants aériens NOTAMs du 1er Novembre, qui confirment bel et bien la présence d’une activité de type balistique à l’ouest de la Chine, on remarquera que la distance entre le pas de tir de JSLC dédié au tir de missile de courte et moyenne portée et le point de navigation Qiemo situé à  38° 9’6.00″N  85°32’12.00″E est de 1 300 km environ, soit 100 km de moins par rapport au chiffre indiqué par les Américains.

La question se pose alors sur la réelle distance de vol plané hypersonique de l’engin, car le missile porteur « DF-17 » devrait d’abord grimper bien au delà de 100 km d’altitude, en zone exo-atmosphérique, avant de libérer sa charge le planeur hypersonique.

Ce dernier va ensuite replonger vers le sol et réaliser un moment de « pull up » à plusieurs dizaines de km du sol, pour gagner son couloir de planage dit Quasi-Equilibrium Glide Condition (QEGC), dans lequel l’engin va pouvoir continuer sa route en « surfant » et ce de façon non propulsé.

Hypersonique

Un mini-satellite chinois avait été envoyé dans l’espace pour « cartographier » la composition de l’atmosphère, afin de déterminer les QEGC autour de la Chine (Image : CAS)

On comprend donc que les « 1 400 km » n’est probablement pas la distance de vol plané comme indiqué, mais plutôt la distance total de l’essai entre le point de décollage et le point d’impact, ce qui nous permet d’en déduire que la vitesse moyenne du planeur hypersonique chinois serait inférieure à 2 121 m/s, soit très approximativement Mach 6.

Mais si on reste volontairement pessimiste et considère que la distance de planage devrait correspondre à 2/3 du vol complet, comme constaté sur les essais similaires outre-Atlantiques, alors la vitesse moyenne du planeur hypersonique chinois serait même inférieure à 1 414 m/s, soit Mach 4 de manière approximative.

Que ce soit dans l’un ou l’autre cas, on peut d’ores et déjà supposer que la vitesse ne serait pas la priorité recherchée du moment pour cette nouvelle arme chinoise – bien que le mot « hypersonique » s’associe habituellement à la notion de très grande vitesse – car en comparaison à une tête classique du missile balistique MRBM qui file entre Mach 7 et Mach 9 en phase d’approche terminale, cette vitesse entre Mach 4 et Mach 7 du planeur hypersonique ne posera pas de difficulté particulière à un système anti-missile endo ou exo-atmosphérique tel que le THAAD et le PAC-3.

En revanche, le profil de vol plus « atypique » d’un planeur hypersonique, dont la phase mi-course se trouve bien en domaine endo-atmosphérique, n’est clairement pas celui ciblé par les systèmes ABM classiques, qui « voient » plutôt haut avec un angle d’élévation important afin de détecter les têtes de missile balistique qui « tombent » de là-haut. L’enveloppe de vol des principaux intercepteurs anti-missile d’aujourd’hui n’est pas non plus adapté à ce genre de trajectoire entrante.

L’autre question que l’on se pose aussi consiste à connaître la taille de ce planeur hypersonique, si le porteur est bien un dérivé du missile DF-16B. Ce dernier étant un vecteur d’un diamètre de 1,2 mètres et disposant d’une capacité de projection de 500 kg environ, on peut déjà douter du volume utilisable relativement restreint d’un engin à voilure fixe par rapport à une tête classique axisymétrique.

On suppose alors que l’engin détruirait sa cible grâce à son énergie cinétique, ce qui exige une grande précision de l’arme et donc une parfaite maîtrise de son vol. L’engin HIFiRE 4, un démonstrateur de planeur hypersonique australo-américain, est lui doté d’un « ballast » sur la pointe avant fait en tungstène, un élément chimique qui représente une très grande dureté sous forme de composés ou d’alliages.

Et on peut justement remarquer la précision « métrique » de l’engin chinois, comme souligné par la source américaine. Maison peut tout de même avoir des doutes sur la méthode d’évaluation des services US sur ce point en particulier, car affirmer cette précision de l’essai revient à connaître, a priori, la localisation exacte de la zone d’impact, et de disposer des moyens de suivi de très haute précision pour suivre en temps réel, ou presque, les essais afin de tirer une telle conclusion.

Il est à noter que l’on ignore si le planeur hypersonique lancé par le « DF-17 » a déjà effectué des manœuvres latérales, une autre spécificité que recherche ce type d’engin volant, très utile pour s’évader contre les potentiels menaces et duper la vigilance des systèmes de défense adverses. Lors du 4e et du 5e essais de DF-ZF, l’engin encore expérimental a déjà procédé à ce que les Américains ont qualifiés comme « extreme maneuvers » et « evasive actions ».

Quand à la maturité du système d’arme chinois, on peut remarquer que lors de l’essai du 1er Novembre de cette année, une très grande zone d’un rayon de 300 km autour de Hotan, ville qui se trouve à plus de 500 km de Qiemo, a été fermée à tout survol sous 10 100 mètres d’altitude.

Cette prudence pourrait se traduire alors par la nature encore « expérimentale » mais de stade avancé de l’arme. Il n’est donc pas étonnant de voir les Etats Unis estimant que le « DF-17 », dont le planeur hypersonique est l’une des charges possibles aux côtés de tête conventionnelle et orgive nucléaire, ne pourrait atteindre l’état de Initial Operating Capability (IOC) qu’en 2020. On pourrait donc s’attendre à d’autres tirs de validation menés par la Force des fusées chinoise (PLARF) dans les mois à venir.

En somme, nous sommes en présence ici une arme à portée régionale, qui sera probablement la première en son genre à devenir déployable sur un théâtre d’opérations, qui a pour l’objectif de déjouer les systèmes anti-missiles américains implantés de plus en plus en Asie de l’Est, notamment au Taïwan, en Corée du Sud et au Japon. Sa taille serait relativement petite et servirait principalement de son énergie cinétique et la très grande précision pour détruire sa cible.

Elle n’aura certainement pas vocation de remplacer les nombreux missiles balistiques de courte et moyenne portée visant déjà ces endroits, mais constitue, entre autres, un complément et une redondance tactique qui permettra de multiplier les choix sur le plan décisionnel lors d’un futur conflit, et de « stresser » davantage les systèmes et les décisions adverses.

On notera également l’intérêt que porte la marine chinoise sur le concept pour le transformer en missile anti-navire. Les premières études datant de Juillet 2014 montrent que les chercheurs militaires de l’Université d’aviation de la marine, le département d’armements et la flotte du Nord de la marine chinoise, ainsi que le centre des sciences spatiales de l’Académie chinoise des Sciences, ont collaboré ensemble pour analyser la frappe possible contre un groupe aéronaval avec ce type de vecteur.

On retrouve aussi une autre analyse réalisée par l’Académie navale de Dalian qui part dans le même sens. Bien que aucune de ces études n’est financé officiellement par un budget connu, qui serait alors synonyme du lancement d’un projet de développement officialisé, mais il n’est pas exclu que les forces navales chinoises étudient une dotation future de cette arme.

Hypersonique

Pour finir, voici les zones et les segments aériens qui ont été fermés lors du deuxième essai de « DF-17 » le 15 Novembre. Pour une question que l’on ignore, elles sont différentes de celles du 1er Novembre mais suggèrent la même direction de vol de l’engin.

A3417/17
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/4156N09839E107
A) ZLHW B) 1711150410 C) 1711150430
E) THE SEGMENT GOVSA-EJINAQI VOR ‘JNQ’ OF ATS RTE W66 CLSD.

A3419/17
Q) ZLHW/QARLT/IV/NBO/E/000/321/3913N09332E122
A) ZLHW B) 1711150415 C) 1711150510
E) THE FLW SEGMENTS OF ATS RTE CLSD AT 9800M AND BELOW:
1.W112: VIKUP -TUSLI- ADMUX.
2.W187: OBDEG – TUSLI -KARVI.
3.W192: DUMIN-TUSLI -RUSDI.
F) FL000 G) FL321

A3418/17
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/4037N09531E087
A) ZLHW B) 1711150420 C) 1711150520
E) THE FLW SEGMENTS OF ATS RTE CLSD:
1. V67: NUKTI-N4027.9E09724.1.
2. B215: IBANO-NUKTI.
3. G470: IBANO-BIKNO.
4. W191: MOVBI – KARVI.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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