Deuxième vol réussi du lanceur KZ-1A

Hier à 12h13 heure de Pékin, le nouveau lanceur chinois KZ-1A a réussi son deuxième vol commercial en mettant en orbite héliosynchrone un petit satellite expérimental CentiSpace-1-S1.

Le décollage a eu lieu au centre spatial de Jiuquan (JSLC) situé à l’ouest de la Chine. D’après le constructeur de la fusée Expace, il s’agit du deuxième vol commercial de KZ-1A. Cette filiale du géant missilier chinois CASIC indique qu’il a déjà signé sept autre contrats de lancement qui seront honorés « prochainement ».

 

Le lancement et la fusée KZ-1A

Conçu par l’Académie n°4 du groupe aérospatial chinois CASIC, le lanceur KZ-1A est directement dérivé du lanceur militaire KZ-1, qui a été lancé deux fois avec succès en 2013 et 2014. Il s’agit d’une petite fusée à 4 étages, dont les trois premiers sont en ergol solide.

Le lanceur civil KZ-1A

Le concept du KZ-1 à l’origine, dit « à réaction rapide », est très proche de l’ORS (Operationally Responsive Space) de l’armée américaine. L’objectif est de permettre au pays de disposer des solutions en matière de conception et de lancement de petits satellites, répondant à des besoins tactiques nécessitant une réponse rapide.

Cette capacité va permettre à la Chine de compléter, ou de restaurer, de manière très réactive (moins de 24 heures) ses divers moyens spatiaux en temps de guerre. Les satellites associés, de petite taille et de durée de vie réduite (autour de deux ans), sont directement intégrés à leur fusées, au dernier étage de celles-ci, dès la fabrication. L’ensemble Satellite-Lanceur est ensuite pré-testé et stocké dans des fortifications comme des munitions près à servir.

Le satellite Kuaizhou-2 qui est intégré au dernier étage du lanceur KZ-1

Et en fonction des besoins, il suffit de choisir le satellite-lanceur « sur étagère », puis le met sur un TEL (Tracteur-érecteur-lanceur) mobile pour le lancement. C’est comme un tireur de char qui choisit ses munitions de canon en fonction des cibles à frapper.

La version militaire KZ-1 est conçue pour envoyer 430 kg sur une orbite SSO de 500 km, alors que la version civile KZ-1A, qui perd la caractéristique clé de « Satellite-Lanceur intégré », est capable d’envoyer 200 kg en orbite SSO de 700 km.

Dans les brochures commerciales du groupe CASIC on peut voir que le lancement de KZ-1A – qui mesure 20 m de long, 1,4 m de diamètre et pèse environ 30 tonnes – s’effectue en principe sur un camion semi-remorque.

Mais il s’avère que les deux premiers lancements de KZ-1A se sont tous réalisés depuis un véhicule TEL, comme pour un missile balistique. On apprend également que l’équipe au sol s’est appuyée sur les satellites de relais chinois TL-1 pour une partie de contrôle et de suivi lors de ce lancement.

Que le lancement soit fait depuis une semi-remorque, ou un TEL comme un missile balistique, il est certain que le tir n’a pas eu lieu sur le pas de tir habituel du centre JSLC, mais depuis un nouveau site situé à quelques kilomètres à l’Est du centre.

Deux nouveaux sites de lancement situés à l’Est du JSLC, l’un pour le KZ-1 / KZ-1A, et l’autre pour le CZ-11.

Il est à noter que les services de renseignement américains auraient confondu la préparation de ce lancement de KZ-1A à celle d’un tir de missile anti-satellite chinois DN-3. Dans son article paru le 9 Décembre 2016, Bill Getz, un éditorialiste américain et observateurs des affaires asiatiques, a cité des sources de la Pentagone affirmant que le missile DN-3 était en train de préparer au lancement.

Sachant que le vol de KZ-1A avait été prévu pour fin Décembre initialement, et comme les KZ-1 et KZ-1A partagent la même plateforme de base KT-409 avec les premiers missiles anti-satellites chinois DN-1 et DN-2 (voir notre dossier réservé aux membres « L’armée chinoise reçoit les nouveaux missiles ASAT ?« ), il ne serait pas étonnant de voir les analystes confondent la préparation d’un lancement spatial à celle d’un missile ASAT.

Deux messages aux navigants aériennes (NOTAM) ont été publié pour ce lancement qui signalent une zone de retombé et un segment aérien fermé.

A4172/18
Q) ZPKM/QRTCA/IV/BO/W/000/999/3053N09731E020
A) ZPKM B) 1809290405 C) 1809290436
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED WI THE AREA BOUNDED BY:
N303329E0973152-N303604E0971941-N311250E0973004-N311016E0974218
BACK TO START.
ALL ACFT ARE FORBIDDEN TO FLY INTO THE TEMPORARY RESTRICTED AREA.
VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

A4208/18
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/3938N10034E005
A) ZLHW B) 1809290400 C) 1809290430
E) THE SEGMENT JIAYUGUAN VOR ‘CHW’-YABRAI VOR’YBL’ OF ATS RTE V67
CLSD.

KZ-1A

Ce deuxième vol commercial de KZ-1A s’inscrit dans la même dynamique que porte le secteur d’aérospatiale privé en Chine actuellement, avec une croissance exponentielle de demande des services de lancement pour les CubSat et les petits satellites. Cela présage une nouvelle ère de démocratisation des usages spatiaux et des moyens d’accès à l’espace – Après les groupes CASC (Long Marche) et CASIC (Kuaizhou), au moins deux autres acteurs privés locaux s’apprêtent aussi à entrer sur le marché chinois.

Bien que le KZ-1A ait une capacité limité, mais une version plus puissante, le KZ-11, avec une capacité d’une tonne en orbite, est prévu d’effectuer son premier vol aussi cette année. Une version encore plus lourde, le KZ-21, est prévu d’ici 2022.

 

Le satellite CentiSpace-1-S1

Alors que les informations initiales laissaient penser qu’il y aura plusieurs charges utiles sur ce deuxième vol de KZ-1A, un seul satellite s’est trouvé finalement à bord du lanceur. Il s’agit du premier satellite expérimental de la constellation CentiSpace, un future réseau de 120 petits satellites qui servira à renforcer les signaux de système de navigation Beidou pour atteindre une précision de positionnement de l’ordre centimétrique.

KZ-1A

Surnommé également « Tournesol 1 » (向日葵一号), le satellite CentiSpace-1-S1 est conçu par l’Académie chinoise des Sciences, plus précisément sa filiale Shanghai Engineering Center for Microsatellites (SECM). Ce petit satellite pesant 97 kg est développé sur la base d’une plateforme WN100 de SECM, et sera exploité par CentiSpace pour tester la liaison laser inter-satellitaire au sein d’une constellation de petits voir nano-satellites, évaluer l’interférence électromagnétique sur les fréquences de communication au niveau mondial, et expérimenter certaines technologies de communication ainsi que les mesures GNSS sur satellite à haute précision.

La phase AIT du satellite a officiellement démarré le 23 Juillet 2018 et a duré une quarantaine de jours. Le CentiSpace-1-S1 est sorti d’usine le 9 Septembre et arrivé au centre spatial JSLC par voie terrestre cinq jours plus tard.

A noter que le lancement de CentiSpace-1-S1 a eu lieu seulement quatre mois après la signature du contrat entre CentiSpace et Expace, et d’après les anciens communiqués, ce satellite aurait prévu d’être lancé lors du vol inaugural de lanceur KZ-11, et non voler à bord d’un KZ-1A.

 

Statistique historique

Statistiquement, ce vol inaugural de KZ-1A est le 26ᵉ lancement spatial chinois en 2017, le 2ᵉ du lanceur KZ-1A, et le 4ᵉ pour la famille des lanceurs Kuaizhou.

Pour l’heure, les fusées Kuaizhou du groupe CASIC totalisent 4 succès et 0 échecs, soit un taux de réussite de 100%.

Voici le nombre et le statut de lancements spatiaux chinois effectués depuis 1970, incluant aussi ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

KZ-1A

Le nombre de lancements spatiaux chinois par an (Image : East Pendulum)

Henri K.

 

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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