Départ des troupes chinoises à la nouvelle base de Djibouti

On en avait parlé il y a presque un an, et maintenant c’est chose faite – l’armée chinoise a envoyé ce mardi 11 Juillet les premières troupes à sa nouvelle base situé à Djibouti.

Une base de soutien, telle que son nom officiel indique, et aussi la toute première base militaire permanente à l’étranger pour la Chine, qui servira non seulement à ravitailler les flottes chinoises qui assurent une présence sans interruption dans le golfe d’Aden depuis 2009, mais aussi comme le premier pivot important du pays pour sa stratégie « One Belt One Road » sur le continent africain.

La première garnison chinoise à Djibouti est formée officiellement hier. Compte tenu la quantité des matériels à installer sur place, deux navires déplaçant plus de 20 000 tonnes de la marine chinoise ont été mobilisés – le 999 Jinggangshan, qui est l’un des six transports de chalands de débarquement (LPD) de classe Type 071, et le 868 Donghaidao, un semi-submersible militaire de 175,5 mètres de long.

La cérémonie de départ, bien que discrète, est présidée par l’amiral SHEN Jin Long (沈金龙), commandant en chef de la marine chinoise, à la base navale de Zhanjiang. On ignore pour le moment le nombre de militaires chinois qui ont été envoyés, mais sachant qu’un LPD de Type 071 ne peut embarquer que 800 hommes en plus de son équipage, et que la base chinoise à Djibouti mesure seulement 0,36 km², il paraît peu probable que l’armée chinoise déploie plus d’un régiment sur place.

Selon Mahamoud Ali Youssouf, le ministre des affaires étrangères de Djibouti, le nombre de militaires chinois présents dans cette future base n’est pas limité, mais en principe « il ne devrait pas dépasser les 2 000 hommes ».

Les navires de guerre chinois sont autorisés à y jeter l’ancre, mais il n’y aura pas de piste d’atterrissage, seulement des héliports, précise Ali Youssouf, ce qui limite la capacité de projection des forces chinoises vers l’intérieur du continent.

En comparaison, le camp Lemonnier, la seule base militaire américaine permanente en Afrique, s’étend sur une superficie de 2 km² pour 70 millions USD de loyer par an. 4 000 militaires américains se trouvent sur place toute l’année.

Pour avoir leur premier « pied-à-terre » outre-mer, le gouvernement chinois doit débourser la modique somme de 20 millions de dollar US par an. Le contrat, signé entre Djibouti et la Chine en 2015, est valable 10 ans mais reconductible.

En une dizaine d’année seulement, la Chine est devenue le premier partenaire commercial du continent africain avec plus de 160 milliards USD de marchandises échangées en 2015. C’est deux fois plus que les États Unis et presque trois fois plus que la France.

Le fait que plus d’un million de Chinois vivent et travaillent en Afrique aujourd’hui renforce davantage les besoins d’avoir un appui militaire de proximité, et ce sans compter l’arrivée de la stratégie économique-géopolitique globale « One Belt One Road », qui a pour l’objectif de créer deux zones économiques transcontinentales entre l’Asie, l’Europe de l’Est et l’Afrique.

Ces zones devraient permettre d’alimenter plus facilement la Chine en ressources naturelles qu’elle a besoin pour sa croissance, et d’exporter sa sur-capacité de production. Un schéma que l’on connait déjà en Europe après la première Révolution industrielle, au début du XIXe, mais les méthodes sont un poil différentes.

Pour soutenir cette stratégie ambicieuse établie par le président chinois XI Jin Ping, des moyens très importants ont été mis en place. Par exemple, le système de navigation et de positionnement Beidou, l’équivalent chinois du système GPS, est demandé de pouvoir couvrir au plus tôt l’ensemble des pays de cette « ceinture » en Asie.

Une ceinture dans laquelle la Chine compte établir ses propres règles du jeu, et intégrer le plus de monde possible dans son sphère d’influence par le biais du commerce, mais pas seulement.

Djbouti, tout comme la mer de Chine méridionale, le détroit de Malacca et le Sri Lanka, fait partie des passages maritimes stratégiques de cette nouvelle route maritime de la Soie.

Le choix de construire une base de « ravitaillement », dans un premier temps, à cet endroit qui surplombe la bouche du golfe d’Aden paraît donc logique pour répondre à une stratégie économique et géopolitique globale.

Une première étape donc, mais très probablement pas la dernière…

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • Il y aura bien d’autres base militaires chinoises en Afrique,.. La question est de savoir comment le développement des relations sino-africaines affectera l’ordre établie en Afrique depuis quelques siècles?

  • Dans le même ordre d’idée, la « modique somme « de 20M plutôt que la « maudite somme », à moins que l’argent ait une âme..

  • Bonjour. Je signale juste un t oublié à régiment : il paraît peu probable que l’armée chinoise déploie plus d’un régimen sur place.

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