Début de l’industrialisation du drone furtif « Sharp Sword » ?

Depuis la fin du développement de la « plateforme d’attaque au sol sans pilote » en 2016, un projet de démonstration qui a été financé directement par l’armée de l’air chinoise durant le 12e plan quinquennal (2011-2015) et qui a abouti à la création d’un drone furtif à aile volante connu sous le nom de Sharp Sword, nombreux sont ceux qui se demandent quand un réel programme industriel allait enfin voir le jour, pour reprendre le fruit des travaux réalisés.

Et c’est le groupe d’aéronautique chinois AVIC, maison mère de l’Institut 601 Shenyang et de HAIG qui se sont chargés respectivement de la conception et de la construction du drone en question, qui semble avoir donné la réponse récemment à travers d’une maquette de collection officielle.

Au premier regard, le démonstrateur Sharp Sword et le drone en maquette n’ont pas de grandes différences. La plus visible est sans aucun doute la nouvelle tuyère furtive qui remplace désormais celle de « standard », très controversée, du moteur chinois WS-13 ou russe RD-93.

La configuration aérodynamique quant à elle semble rester globalement identique pour l’un et l’autre, avec une voilure en flèche à 53° (?), une entrée d’air dorsale de forme triangulaire et sans aucune dérive apparente. Les deux soutes ventrales restent près de l’axe longitudinale de la cellule, avec le train principal positionné plus vers l’extérieur, probablement pour faire gagner en profondeur et donc le volume exploitable dédié aux munitions Air-Surface.

En revanche, le « nouveau » Sharp Sword se démarque par plusieurs détails intéressants. En premier lieu la présence d’un carénage pyramidal situé sous la pointe avant, qui ressemble beaucoup à celui du système AN/AAQ-40 EOTS de F-35 pour l’identification des cibles au sol et le guidage des armes Air-Surface.

Sharp Sword

Extrait d’une étude publiée par CARIA, filiale du groupe AVIC, en June 2013

Ensuite on peut remarquer trois symboles « trisecteur », qui signalent les rayonnements ionisants, se trouvant au-dessus de l’entrée d’air dorsale et sur les bords d’attaque de la voilure. Ils laissent donc penser que des émetteurs et des récepteurs électromagnétiques pourraient être installés sous ces endroits, comme par exemple l’antenne SATCOM sur le dessus, obligeant la conduite d’air à prendre une forme S afin d’améliorer la signature équivalent radar frontale du drone, et les antennes conformes CNI (Communications / Navigation / Identification) ainsi que EW (Electronic Warfare) pointant vers le devant sur la voilure.

La maquette montre que ce drone en « version industrialisable » pourrait emporter jusqu’à huit bombes guidées de petit diamètre, à 100 kg chacune probablement, ou deux bombes guidées avec kit d’ailes en diamant de 500 kg. Le Sharp Sword, démonstrateur ou de série, serait donc visiblement toujours dédié aux missions d’attaque Air-Surface.

A noter que la forme de la soute ventrale ainsi que celle de la « grosse » bombe de 500 kg font penser à une maquette de soufflerie parue dans un document de recherche de China Aerodynamics Research Institute of Aeronautics (CARIA), une filiale du groupe AVIC. Le texte publié en Juin 2013 analyse l’impact de l’ouverture des soutes sur le vol d’un drone à aile volant ayant la même configuration que le Sharp Sword.

La maquette a été placée dans la soufflerie FL-2 de CARIA pour étudier la variation de la traînée et la finess de l’appareil avec une soute ventrale ouverte au moment du largage d’une bombe. Les tests ont été réalisés sous une vitesse maximum de Mach 0,8 et un angle d’incident varié entre -2 et +8°.

Bien que l’on ignore si l’étude est en lien direct ou pas avec le projet Sharp Sword de l’époque, mais cela nous donne une idée sur les conditions d’utilisation envisagées par les Chinois pour leur futur drone.

On ne peut pas en tirer beaucoup plus sur cette maquette du nouveau Sharp Sword mais la question sur le lancement ou pas de la production en série de ce drone furtif d’attaque au sol reste entière. D’une manière générale, l’avionneur chinois a l’habitude de commencer à faire fabriquer des maquettes de collection sous leur nom une fois les projets sont entrés en phase de production. Cela a été le cas récemment pour le nouvel hélicoptère Z-20, dont la maquette officielle a été révélée pour la même occasion.

Il y a donc fort à parier que c’est le même cas pour le projet Sharp Sword, qui devrait, par ailleurs, se voir attribuer une nouvelle référence officielle par l’armée chinoise si sa entrée en production de masse est confirmée.

Après l’entrée en service du premier drone armé WD-1K (Wing Loong I) dans l’armée de l’air chinoise en 2012, et un peu plus de quatre ans après le vol inaugural du démonstrateur Sharp Sword, l’heure est peut-être venue pour la Force aérienne chinoise de se doter sa deuxième plateforme d’attaque non piloté.

Dans une doctrine de plus en plus « intégrée » et « fusionnelle » entre les différents appareils, l’insertion des vecteurs semi-automatisés demande très certainement un travail de fond pour revoir certains processus opérationnels. On peut voir que les drones WD-1K ont tout juste commencé à participer aux exercices de l’armée de l’air chinoise aux côtés des appareils pilotés, la route pourrait donc être encore longue pour un nouveau vecteur, qui plus est furtif et d’une nouvelle catégorie, de s’intégrer et de trouver sa meilleure place dans les rangs.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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