De Sichuan aux Spratleys, PLAAF simule le parachutage d’approvisionnement d’urgence ?

Parmi les atolls agrandis artificiellement par le gouvernement chinois en mer de Chine méridionale, le récif de Fiery Cross (永暑礁), le récif de Mischief (美济礁) et le récif de Subi (渚碧礁), qui forment un triangle de défense dans les îles Spratleys, sont probablement les plus grands et aussi les mieux équipés en infrastructure en tout genre.

La réalisation de ces travaux pharaoniques est tirée d’une part par le fait que la Chine est bien déterminé à ancrer durablement au sud de cette région très disputée par l’ensemble des pays voisins, d’autre part par la réalité que les Spratleys se situent tout de même à plus de 1 000 km des côtes chinois les plus proche, rendant les opérations de soutien logistique pour approvisionner ces « îles », qui n’ont pas de source d’eau douce par exemple, problématiques.

En temps de conflits de faible voir moyenne intensité, comme s’assurer que les milliers de personne, civils et militaires tout confondus, puissent avoir suffisamment de vivres et de matériels pour rester opérationnels est donc un sujet sérieux et pré-occupant pour l’armée chinoise.

Et de ce que l’on peut voir jusqu’à présent, les premiers efforts chinois ne se sont pas uniquement concentré sur comment armer ces trois îlots au mieux – ça va de soi – mais aussi comment pouvoir alimenter ces « petits » pied-à-terre lointains dans un environnement potentiellement hostile de façon redondée.

Spratleys

Les principaux atolls contrôlés par la Chine en mer de Chine méridionale (Image : East Pendulum)

Aujourd’hui, chacun de ces trois atolls fortifiés chinois dans les Spratleys sont dotés d’une piste de 3 000 mètres, capable de faire poser et décoller des avions de type Airbus 320 ou Boeing 737, et des ports pour accueillir des navires de plusieurs milliers de tonne. Mais que se passe-t-il si ces pistes sont endommagées durant les conflits et les voies maritimes verrouillées par les forces navales adverses ?

Et c’est l’armée de l’air chinoise qui semble avoir donné une première réponse à cette question récemment, en faisant une sortie de plusieurs de ses avions de transport moyens Y-9 pour mener une simulation de parachutage aux Spratleys.

Mais le communiqué officiel de l’armée chinoise sur cette opération est resté volontairement flou. On ignore à la fois quand exactement l’opération a été menée, et quelle était la destination précise de cette simulation. Tout est donc dans les non-dits et l’interprétation pour ceux qui veulent bien y creuser.

Si on prend le texte institutionnel au mot, on apprend alors qu’une escadrille de plusieurs Y-9 a décollé, à l’aurore, depuis une base aérienne située à l’ouest de Sichuan. Les appareils sont arrivés dans l’après-midi au-dessus d’un certain îlot en mer de Chine méridionale, avant d’y mener une simulation de parachutage et faire demi tour vers le continent, puis se poser de nouveau dans la soirée.

Au premier regard, on n’a que peu d’éléments pour reconstituer l’histoire, mais l’article regorge en réalité plein d’indices pour nous révéler plusieurs détails intéressants.

Premièrement, le lieu du départ. D’où vient ces avions de transport Y-9 ? Le texte parle d’une base située à l’ouest de la province de Sichuan, et la seule qui répond à ces critères est celle de Qionglai (邛崃) de la 4e division de transport de l’armée de l’air chinoise.

C’est dans cette même division que la PLAAF a introduit ses premiers avions de transport lourds indigènes Y-20A en Juillet l’an dernier.

Spratleys

La base aérienne de Qionglai, située à l’ouest de la province chinoise de Sichuan

Une fois le point du départ identifié vient ensuite la question sur la destination. Et les photos diffusées en parallèle par l’armée chinoise nous en ont suggéré en fait un lieu et un seul.

En effet, on peut voir sur l’une des images le récif de Fiery Cross sur le flanc gauche d’un Y-9. Il s’agit de l’un des derniers îlots situés les plus au sud aux Spratleys et contrôlés par la Chine. On n’a donc pratiquement aucun doute que le lieu pour cette mission de parachutage soit le récif de Fiery Cross.

Sur papier, les Y-9 ont donc volé au moins 2 517 kilomètres pour aller de Qionglai au récif de Fiery Cross, si on trace bêtement et simplement une ligne droite pour relier ces deux endroits, mais la distance réelle du parcours devrait être supérieure.

Le Y-9 est un avion de transport moyen développé par Shaanxi Aircraft Corporation (SAC) du groupe AVIC, au début des années 2000′, sur la base de la plateforme Y-8 Catégorie III. Le programme a réalisé le vol inaugural en Novembre 2010 et devient opérationnel deux ans plus tard. Il sert aujourd’hui aussi bien dans l’armée de l’air et l’armée de terre chinoise.

Ce quadri-turbopropulseurs est capable de transporter 15 tonnes dans sa soute sur un rayon effectif de 2 200 km, et poussant aller jusqu’à un maximum de 20 tonnes de charges ou 106 parachutistes militaires. La vitesse de croisière pour cet avion de 65 tonnes maximum au décollage est de 550 km/h, avec un plafond de croisière situé à 8 000 mètres d’altitude.

Muni de ces données, on sait donc qu’il faudrait au moins 4,5 heures de vol pour que les Y-9 puissent rejoindre leur destination aux Spratleys, et la même durée pour rentrer à leur base à Sichuan.

Une recherche sur la ligne de terminateur, qui détermine l’heure de la couchée du soleil à un endroit sur terre, permet de dire que la nuit tombe vers 18h30 ces derniers temps à Qionglai.

En admettant maintenant que le vol en trajet simple des Y-9 dure dans les 5,5 heures, la marge d’erreur incluse, cela nous permet d’en déduire que les avions de transport militaires chinois aient probablement atteint les Spratleys, le jour de leur mission qui reste inconnue aujourd’hui, vers 13h00 heure locale au plus tôt, pour un départ vers 07h30 du matin.

Compte tenu de la distance du vol et la capacité de l’avion, les Y-9 pourraient avoir simulé le parachutage d’un peu plus de 10 tonnes d’approvisionnement chacun sur l’île, et les images ainsi que les vidéos suggèrent qu’au moins trois avions aient participé à l’opération.

Enfin, on notera aussi que l’armée de l’air chinoise a simulé un parachutage dans un contexte de « blackout complet » au sol. En effet, le communiqué a souligné que les équipages ont dû procéder au parachutage simulé sans indication visible au sol, sans données météorologiques aux préalables et sans aucune instruction de guidage au sol (机组在无人工标志、无气象资料、无指挥引导的条件下实施模拟空投).

Cette information est intéressante dans le sens où l’armée de l’air chinoise semble avoir simulé une opération de parachutage d’urgence, dans un scénario où l’un des îlots chinois aux Spratleys aient subi une attaque et toutes les infrastructures de support aéronautique au sol aient été paralysées, mais que la garnison locale préserve encore, du moins partiellement, le contrôle des lieux.

Etant donné le point de départ des Y-9, qui se trouvent très reculés des côtes alors que l’armée chinoise dispose aussi de plusieurs bases aériennes sur l’île de Haïnan, au sud de la Chine et qui est beaucoup plus proche des Spratleys, il n’est pas exclus que l’armée chinoise simule par la même occasion l’incapacité pour elle à utiliser ses bases de soutien les plus au sud sur le continent.

Il se peut donc que ce soit l’un des pires scénarios que l’armée chinoise a envisagé dans cette simulation au récif de Fiery Cross.

Henri K.

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<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

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