CZ-2C : Lancement réussi du satellite océanique HY-1C

« L’océan est l’un des moteurs de la renaissance du peuple chinois, l’océan est l’une des portes de sortie pour résoudre nos problèmes de ressources…», a souligné l’Académicien GONG Hui Xing (龚惠兴), ingénieur en chef de Shanghai Institute of Technical Physics (SITP) de l’Académie chinoise des Sciences, qui s’occupe du développement des principales charges utiles du satellite océanique HY-1C, lors de la réunion de préparation du projet en Juillet 2012.

Il a fallu attendre six ans plus tard pour que ce remplaçant du satellite HY-1B, placé en orbite le 11 Avril 2007 et qui n’avait qu’une durée de vie théorique de trois ans, soit lancé à son tour. La fusée CZ-2C qui s’est chargée pour envoyer le satellite HY-1C dans l’espace a décollé du centre spatial de Taiyuan ce vendredi matin à 11h15 heure de Pékin.

Au terme d’un vol qui a duré une dizaine de minute, ce 3ᵉ satellite chinois pour observer les couleurs et la température de l’océan a été placé sur une orbite héliosynchrone de 770 km × 786 km × 98,6°. Le lancement de trois autre satellites océaniques chinois – le HY-2B, le HY-2D et le sino-français CFOSAT (China-France Oceanography SATellite) – est déjà prévu dans les 12 mois à venir.

A noter qu’un autre passager s’est hissé pratiquement à la dernière minute au côté du HY-1C. Il s’agit d’un dispositif permettant d’expérimenter la récupération contrôlée de la coiffe, grâce à un parachute de type parafoil.

 

Le lancement du CZ-2C

Conçu par l’Académie chinoise de technologie des lanceurs (CALT), filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le CZ-2C est un lanceur de deux étages à ergols liquides qui est spécialisé dans les lancements en orbite basse (LEO) et en orbite héliosynchrone (SSO).

Il s’agit d’un lanceur de « vieille » génération utilisant des propergols hypergoliques, qui fait 43,72 mètres de haut et 245 tonnes au décollage, et capable de placer jusqu’à 3 300 kg en orbite LEO circulaire 300 km × 29° depuis le centre spatial de Xichang (XSLC).

Treize satellites chinois avec capsule de retour, des satellite américains Iridium, ainsi que plusieurs satellites militaires et expérimentaux chinois ont déjà été lancés grâce au CZ-2C, qui totalise aujourd’hui 47 succès sur 48 missions de vol répertoriées comme étant « civiles », rajoutant à cela 13 missions de lancement à priori militaire.

Le seul échec du lanceur date du 18 Août 2011 durant le lancement du satellite militaire SJ-11-04. Une défaillance mécanique du 2e étage serait mise en cause.

Le CZ-2C est également employé comme fusée porteur pour différents engins militaires, comme le planeur hypersonique DF-ZF (DF-17 selon les renseignements américains) pour ses sept derniers essais. Ce qui n’est pas surprenant en soi quand on sait que le lanceur n’est qu’en réalité un dérivé direct du missile balistique intercontinental DF-5.

Qualifié comme un record historique pour le lanceur au niveau de la masse du satellite pour l’altitude atteinte en SSO, le lancement du satellite HY-1C a obligé l’Institut CALT à revoir certaines configurations de la fusée.

On apprend alors de l’adjoint ingénieur en chef du CZ-2C que plusieurs mesures ont été entreprises pour réduire la masse structurale du lanceur, comme par exemple raccourcir le compartiment des instruments, alléger les supports et diminuer le nombre d’équipements dédiés au contrôle et suivi.

Les équipes techniques ont également optimisé la trajectoire du lanceur, réduire le temps de travail des moteurs du deuxième étage et améliorer les conditions thermiques du compartiment associé, afin d’accroître la fiabilité et la sécurité du vol. Le temps de suivi du satellite post-séparation a aussi été rallongé.

Un seul message aux navigants aériens (NOTAM) a été créé pour signaler une zone de retombée située dans la région montagneuse de la province de Hubei.

A3838/18
Q) ZHWH/QRTCA/IV/BO/W/000/999/3335N11001E021
A) ZHWH B) 1809070328 C) 1809070355
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED WI THE AREA BOUNDED BY:
N305426E1095507-N305204E1101347-N301442E1100718-N301704E1094846
BACK TO START.
ALL ACFT ARE FORBIDDEN TO FLY INTO THE TEMPORARY RESTRICTED AREA.
VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

HY-1C

La parcours du vol de satellite HY-1C (Image : East Pendulum)

 

Le satellite HY-1C et le dispositif de récupération Guiyan-1

Conçu par China Spacesat Co., Ltd, filiale de l’Institut CAST lui-même appartenant au groupe d’aérospatiale chinois CASC, le satellite HY-1C pèse environ 442 kg au lancement (?) et devrait rester en orbite pour une durée minimum de cinq ans.

S’appuyant sur une plateforme satellitaire CAST2000, le satellite embarque cinq principales charges utiles. On peut citer par exemple un scanner de couleurs et de température d’océan COCTS (Chinese Ocean Color and Temperature Scanner), un imageur de zones côtières dont la fauchée est doublée par rapport à la génération précédente et la résolution passée de 250 mètres à 50 mètres, un imageur ultraviolet, ainsi qu’un système d’identification de navires AIS.

Par rapport aux HY-1A et HY-1B de première génération, le nouveau HY-1C permet de revisiter la même zone tous les trois jours au lieu de cinq. Avec une fauchée plus large de certains de ses instruments, le satellite est capable d’accroître la zone d’observation pour chaque passage.

Mis à part le satellite HY-1C, ce 48ᵉ vol du lanceur CZ-2C a aussi un autre passager un peu inhabituel. Il s’agit d’un dispositif expérimental qui vise à récupérer la coiffe de fusée grâce à un parachute de type parafoil.

L’objectif de l’essai, selon l’ingénieur en chef du programme CZ-2C YANG Jian Min (杨建民), n’est pas de récupérer la coiffe pour qu’elle soit réutilisée mais de réduire le risque et donc le danger de la chute non-contrôlée pour les habitations. Avec un besoin accru en missions spatiales, le développement rapide de zones urbaines en Chine et vu la situation géographique de trois des quatre centres spatiaux chinois, l’Institut CALT travaille depuis de nombreuses années sur les technologies pour mieux contrôler les retombées de débris liés aux lancements.

Deux méthodes candidates sont étudiées depuis, les gouvernails en grille et le parafoil. L’essai d’hier s’inscrit donc dans la même lignée des efforts réalisés jusqu’à présent. Curieusement très peu d’éléments ont été diffusées sur l’expérience, on sait seulement que l’objectif visé par ce genre de techniques est de limiter la zone de retombée dans un rayon de 1,2 km avec le point de rechute plus ou moins précise, et que l’ajout de l’expérience dans ce vol n’est décidé que très tardivement.

On notera que les photos d’amateur montrent que l’ensemble serait tombé près d’un village, ce qui suggérait que le résultat ne serait pas à la hauteur des attentes, mais cela reste à confirmer.

La seule vidéo mise à disposition montre en revanche des images intéressantes depuis l’espace, sachant que l’équipe de développement s’est appuyée sur les produits « sur étagère », donc civils, pour réaliser le dispositif.

Selon les données de NORAD, trois objets ont été répertoriés initialement dans l’espace. L’objet A, qui devrait être le satellite HY-1C lui-même, se trouve sur une orbite de 770 km × 786 km × 98,604° d’après les dernières éléments. Le passage au nœud descendant du satellite s’établit à 10h20 heure locale, indiquant qu’il s’agit d’un satellite « du matin », ce qui nécessite un autre satellite, le HY-1D qui n’a pas encore été lancé, pour couvrir la tranche d’heures d’après-midi pour que l’observation soit complète.

2018-068A
1 43609U 18068A 18250.87904870 -.00016375 00000-0 -58467-2 0 9990
2 43609 98.6039 322.2376 0011219 259.0096 100.9764 14.34116806 112

2018-068B
1 43610U 18068B 18250.86926295 -.00028322 00000-0 -63860-2 0 9994
2 43610 98.6009 322.2337 0091036 24.8923 335.6625 14.53901012 104

2018-068C
1 43611U 18068C 18250.43120370 -.00121242 00000-0 -65878-1 0 9993
2 43611 98.8085 322.3541 0012863 127.9047 67.0849 14.13140726 31

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement du HY-1C est le 24ᵉ lancement spatial chinois en 2018, le 48ᵉ pour le lanceur CZ-2C, et le 284ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 273 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 96,13%.

Voici le tableau de suivi de tous les lancements spatiaux chinois effectués depuis le premier en 1970, incluant ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche –

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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