Crash d’un chasseur-bombardier JH-7A de la marine chinoise

Un appareil en panne dans l’air, une école primaire au sol… Au moment de devoir s’éjecter, les deux jeunes pilotes de la marine chinoise, volant alors sur un chasseur-bombardier JH-7A, ont préféré laisser la vie aux enfants qui n’auraient pas pu s’échapper si l’avion était amené à s’écraser suivant sa trajectoire initiale.

Selon les derniers informations révélées par la presse locale, les deux pilotes du 27e régiment de la force d’aviation de la marine ont dirigé l’avion, en état de perdition, vers un château d’eau situé à seulement 15 mètres d’une école primaire, le mardi 12 Mars dans la matinée.

« On ne connait pas encore tous les détails, mais une chose est sûre, si les pilotes n’avaient pas essayé de braquer l’avion vers le côté, alors l’explosion aurait certainement eu lieu dans le bâtiment de l’école », raconte une mère de famille militaire sur le réseau social dans l’après-midi du jour de l’incident, qui habite non loin de la base aérienne de Ledong, sur l’île de Haïnan, « L’un est né en 82, l’autre en 92, mon mari parlait encore avec eux hier… »

Dans le même fil de discussion, une autre proche des personnels de la base rajoute : « Parmi les deux, il y en a un qui n’est pas encore marié, l’autre a laissé une petite fillette de 5 ans, je ne sais même pas comment consoler les familles. La petite n’est pas encore au courant, je ne trouve pas de mot… »

JH-7A

Si les autorités chinoises n’ont révélé aucun détail dans le communiqué officiel, que ce soit sur le modèle de l’avion en question ou le nom des pilotes, elles indiquent néanmoins que les deux pilotes sont décédés et qu’il n’y a eu aucun blessé au sol. Une enquête est ouverte pour connaître les causes de l’incident.

Et depuis, les observateurs s’acharnent pour en savoir plus – Où exactement l’avion s’est écrasé ? Quel est le modèle exact de l’avion ? Qui sont ces deux pilotes ? Et, que sait on sur la circonstance ?

En regroupant les vidéos et les éléments de sources diverses, on est en mesure de localiser assez précisément l’endroit du crash, qui se trouve en fait à 5 km sud-ouest de la base aérienne de Ledong, sur le prolongement de la piste d’atterrissage, à quelques mètres d’une école primaire appelée « Cheng Chang » (程畅小学). Cette observation est donc conforme vis-à-vis des premiers éléments diffusés sur le réseau social chinois.

Les nombreuses traces de pneu laissées sur la piste de Ledong suggèrent ensuite que les appareils atterriraient toujours de la direction sud-ouest dans cette base. Autrement dit il est fort probable que le JH-7A en question ait eu la panne fatale durant son retour à la base, lors de la descente, et les pilotes ont parvenu à engager et viser la piste avant de perdre le contrôle de leur appareil.

Si cela se confirme, cela revient à dire que les deux pilotes ont poussé la manche quand ils ont jugé que l’avion, d’une dizaine de tonnes au minimum, n’est plus récupérable et qu’il y a un fort risque pour qu’il s’écrase sur l’école, en plein jour, quand tous les élèves sont encore dedans.

Une fois le lieu localisé vient ensuite la question sur l’identification de l’appareil. On sait que la base aérienne de Ledong héberge deux types d’appareil, le J-11BSH et le JH-7A, tous appartenant à la 9ème division de la force d’aviation de la marine chinoise.

Si le doute subsistait au début pour savoir si l’avion biplace du crash était un J-11BSH ou un JH-7A, malgré les premiers témoignages locaux qui mentionnent ce dernier, on a la confirmation qu’il s’agissait d’un JH-7A lorsque la presse locale de Xi’an, ville originaire de l’un des deux pilotes décédés, fait une couverture ce lundi sur le retour du corps de
REN Yong Tao (任永涛), capitaine de frégate de la marine chinoise « mort dans une mission d’entraînement en vol le 12 Mars ».

Dans l’introduction du journal, on apprend que REN, né en Août 1982, est entré dans l’armée chinoise en 2000. Pilote niveau 1 de la marine chinoise, REN a plus de 1 000 heures de vol au compteur et a volé sur 5 différents types d’appareil, parmi lesquels deux sont des chasseurs, le J-6 et le JH-7A.

C’est donc grâce à cette information que l’on peut déduire le modèle de l’avion qui s’est écrasé mardi dernier, le J-6 n’étant plus en service et surtout pas à Ledong, il ne reste plus que le JH-7A qui correspond aux « critères ».

En ce qui concerne l’identité du deuxième pilote, d’après un article officiel de la marine chinoise paru le 20 Mars, il s’agit de l’enseigne de vaisseau de première classe ZHAN Jin Xin (粘金鑫), né en Juillet 1992. C’était un jeune pilote de niveau 3.

JH-7A
Le corps de l’un des pilotes décédés est retourné dans sa ville natale près de Xi’an

On notera qu’il y aurait 12 crashes de JH-7 et JH-7A depuis 1988, sur près de 300 appareils produits, causant la mort d’au moins 17 pilotes de l’armée de l’air et la marine chinoise réunies.

Le dernier incident remonte au 22 Octobre 2016, un JH-7A s’est écrasé dans la ville de Liuzhou, en province du Guangxi, au sud de la Chine. Les deux pilotes de la PLAAF sont saufs.

N’ayant pas les heures de vol totales de tous les JH-7 et JH-7A en service il est difficile d’établir le niveau de sécurité aérienne du programme, néanmoins, le taux d’incident de niveau 1, impliquant la mort de tous les pilotes dans les 24 heures que survient l’incident et aussi la destruction de l’appareil, est relativement élevé par rapport aux autres programmes d’avion de chasse de conception chinoise.

A titre d’exemple, sur les 18 incidents répertoriés de J-10, J-10A, J-10B, J-10C et J-10S, deux seuls sont de niveau 1. Est-ce que ceci est dû au fait que le JH-7 et le JH-7A, bien que conçus comme un chasseur-bombardier, sont plutôt utilisés comme un avion d’attaque au sol de première ligne pour l’appui aérien rapproché ? Son système d’éjection a-t-il contribué à ceci ? Quid des autres programmes d’entraînement des deux corps d’armée vis-à-vis de cet avion ?

En tout cas c’est un incident de plus, avec malheureusement deux morts sur le compte aussi, pour un programme dont le développement remonte au début des années 70′.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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