CM-401 : la Chine exporte ses missiles balistiques anti-navires

Alors que le pays est déjà doté d’au moins trois différents modèles de missile balistique anti-navire (ASBM), variantes respectives du DF-16, DF-21 et DF-26 pour couvrir les zones allant de quelques centaines à quelques milliers de kilomètres de ses côtes, les industriels chinois semblent être maintenant autorisés à exporter le même type de vecteur au-delà de la frontière. C’est alors au Salon de Zhuhai qui ouvrira ses portes d’ici demain où les deux plus grands missiliers nationaux, CASC le constructeur de DF-16 de l’un et CASIC celui de DF-21 de l’autre, sont venus chacun avec un produit qui semble être bien mature et désormais proposé à l’export, à commencer par le CM-401 du CASIC.

Absent du dernier Salon de Zhuhai en 2016, le tout nouveau CM-401 est exposé cette année à deux endroits différent du salon – sous forme de caissons à l’extérieur dans la zone d’exposition de CASIC, puis monté sur un camion avec un caisson transportant ainsi qu’un missile en maquette à l’intérieur des halls.

D’après le premier panneau de description, « le système de missile anti-navire CM-401 est un nouveau genre de missile balistique anti-navire à grande vitesse, sa trajectoire se trouve à l’intérieur de l’atmosphère et le parcours entier se réalise en vol hypersonique avec manœuvres, et le missile attaque verticalement lors de la phase d’approche terminale. Le système se caractérise par la capacité d’attaque coordonnée et le lancement peut être fait sur plusieurs plateformes différentes. »

Au niveau de la performance, les chiffres du constructeur donnent une portée compris entre 15 et 290 km, ainsi qu’une vitesse de pointe à Mach 6 ou Mach 4 en moyenne.

Si cette portée maximale de 290 km semble être limitée, probablement à cause du Régime de contrôle de la technologie des missiles (Missile Technology Export Control Regime – MTCR) dont la Chine est l’un des pays membres, la vitesse de point à Mach 6 suggère assez clairement que la portée du CM-401 pourrait être étendu bien au-delà de 290 km. En effet, en trajectoire à énergie minimale, une vitesse de pointe de Mach 6 (à l’apogée) correspond à un missile balistique d’une portée d’un peu moins de 1 000 km. Même avec la vitesse moyenne de Mach 4 telle que présentée le missile pourrait au moins atteindre une portée de 600 km.

Quant à sa taille, CASIC n’a donné aucun détail à ce sujet mais en comparant les lanceurs de CM-401 à ceux de C-602 exposés juste derrière, on suppose que le missile aurait un diamètre maximum de 850 mm. Il n’est donc pas étonnant que certains médias chinois stipulent déjà que le CM-401 pourrait équiper les nouveaux navires de guerre chinois, notamment ceux qui sont dotés du système au lancement vertical universel, capable justement de stocker puis lancer des missiles de diamètre inférieur à cette taille.

Mais étant déjà équipé de nombreux moyens anti-navires, il n’est pas certain que la marine chinoise ait besoin de multiplier d’avantage son arsenal avec un vecteur aussi peu conventionnel, qui nécessite d’ailleurs l’intégration d’un système complet de surveillance, d’identification et d’acquisition à bord des vaisseaux et dans toute la flotte. A ce sujet, les éléments à ce jour ne permettent pas de dire si CASIC met en vente aussi ce genre de système critique. La maquette du missile CM-401 montre simplement une tête chercheuse à radar, un mode de guidage qui est nettement simplifié par rapport à ceux utilisés par les ASBM de la force des fusées chinoise.

En plus de l’intégration des armes et de ses systèmes se posent aussi des questions doctrinales et d’organisation. Bien que les exercices conjoints sont de plus en plus nombreux entre les différents corps d’armée en Chine, un missile balistique reste toujours sous le contrôle strict de la force des fusées chinoise, anciennement le 2ème corps d’artillerie.

Pour finir, on remarquera qu’un destroyer japonais de classe Kongō semble avoir fait partie de l’affiche du CM-401 en tant que cible, CASIC paraît donc aussi taquin que les constructeurs au Taiwan ¹ et au Japon, voir aussi le Naval Group en France ², en ce qui concerne la communication publicitaire.

On reviendra aussi prochainement sur le deuxième missile ASBM de ce salon, le M/AGG-20B, ou simplement M20B, développé et mis en vente par l’autre missilier chinois CASC.

A suivre.

Henri K.

 

¹ Le constructeur du missile anti-navire supersonique HF-3, National Chung-Shan Institute of Science and Technology, avait mis le porte-avions chinois Liaoning comme cible dans une exposition locale.

 

² En 2014, alors encore appelé DCNS, le groupe français avait publié une vidéo publicitaire pour sa torpille lourde F21 dans laquelle un navire portant le numéro de coque 582, et ressemblant étonnamment à une corvette Type 056 de la marine chinoise, a été frappé et brisé en deux. A noter que 582 Bengdu est effectivement une corvette chinoise de Type 056. Dans une nouvelle version de vidéo parue en 2017, cette scène a été remplacée.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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