La Chine teste 2 aérodromes en mer de Chine méridionale

Selon un communiqué de l’agence de presse Xinhua, le gouvernement chinois a affrété, le 12 Juillet 2016, un avion civil de modèle Cessna 680 Citation Sovereign pour tester les nouveaux aérodromes sur le récif Mischief et le récif de Subi en mer de Chine méridionale.

Ces essais montrent que ces deux aérodromes sont aptes pour assurer l’exploitation des avions civils. D’après la déclaration, les nouvelles installations faciliteront le transit des personnels et les opérations de sauvetage dans la région.

Dans le schéma en bas on peut localiser ces deux « récifs » :

Les principales îles contrôlées par la Chine en mer de Chine méridionale

Les principales îles contrôlées par la Chine en mer de Chine méridionale

Le récif Mischief

Le récif Mischief est un atoll coralien de 9km x 6km. A 1km à peine de l’atoll la profondeur de la mer peut atteindre les 1 000m, très idéal pour le mouvement des sous-marins.

La Chine a démarré les travaux de remblaiement en Janvier 2015. En moins de 18 mois l’atoll s’est transformé en une île d’au moins 5,58km², et devient ainsi la plus grande île dans toute la mer de Chine méridionale.

L’image de satellite du 25 Mars 2016 montre que les travaux de remblaiement sont désormais terminés, les Chinois ne semblent pas avoir beoin / envie de créer plus de surface au sol, seule la moitié de l’atoll a été transformé en île bétonnée.

Récif Mischief qui devient "île" Mischief

Récif Mischief qui devient « île » Mischief

Une piste de plus de 2 600m de longue est construite dans le coin Nord-Ouest du récif. Les autres zones semblent être toujours en construction.

Le récif de Subi

Station de radar du récif de Subi en 2009

Station de radar du récif de Subi en 2009

Situé à environ 200km Nord-Ouest du récif Mischief, l’armée chinoise a construit les premiers bungalows sur le récif de Subi en 1988. Les améliorations se sont succédées et les bungalows en bambou sont devenus, rapidement, les fortifications.

En 2009, la station de radar du récif est inaugurée. Les travaux d’extension de la fortification existante ont continués.

En Janvier 2015, la Chine a entamé une vaste campagne de remblaiement sur le récif de Subi, en parallèle des travaux sur le récif Mischief.

La superficie du récif croît de manière exponentielle. 6 mois après le début des travaux, elle atteint déjà plus de 4km², juste derrière le récif Mischief et devient ainsi la 2ème plus grande île en mer de Chine méridionale.

L’image satellite datant du 5 Juin 2016 montre que, comme le récif Mischief, les travaux de remblaiement sont terminés. L’île semble se diviser en 3 zones – la partie Nord devient une zone fonctionnelle, qui contient entre autres des casernes et un phare, suivi par une piste d’atterrissage d’environ 3 000m à l’Ouest, et une dernière zone au Sud.

Le récif de Subi au 5 Juin 2016

Le récif de Subi au 5 Juin 2016

Début Mai, une flottille de la marine chinoise s’est rendue au récif de Subi, montrant la capacité du récif à recevoir des navires de plus de 6 000t :

Le récif de Fiery Cross

Situé à entre 200 à 300km Sud-Ouest des deux récifs cités en haut, le récif de Fiery Cross a été choisi par l’UNESCO et la Chine en 1987 pour y construire la station d’observation océanique n°74.

Cette décision de la Chine et de l’UNESCO a suscité une vive protestation du Vietnam. La bataille navale s’est éclatée entre la marine chinoise et la marine vietnamienne le 14 Mars 1988 alors que les Chinois s’apprêtaient à démarrer les travaux de construction de la station océanique.

La bataille s’est soldée par un échec cuisant de la marine vietnamienne, qui compte 2 navires coulés, 1 gravement endommagé, 40 morts et 9 capturés. Côté chinois 1 soldat a été blessé dans les échanges de tir.

Depuis cette bataille, la Chine contrôle effectivement le récif de Fiery Cross. Le Vietnam profite du retrait pour récupérer le récif Collins et le récif Lansdowne qui bordent un autre récif sous contrôle chinois, le récif de Johnson du Sud.

Les travaux de remblaiement sur le récif de Fiery Cross ont commencé en mi-2014. Aujourd’hui, avec plus de 2,8km² de superficie, le récif est le 3ème plus grand des Spratleys. Les travaux de construction en surface sont également plus avancés que sur les deux autres récifs.

Le 6 Janvier 2016, un Boeing 737  de Hainan Airlines et un A319 de China Southern Airlines se sont posés avec succès sur la piste de 3 000m du récif, l’aérodrome est déclaré opérationnel. Un patrouilleur maritime Y-8 de la marine chinoise s’est également posé mi-Avril sur le récif pour rapatrier une personne malade. C’est donc, officiellement, le premier appareil militaire qui s’y est posé.

Une défense en triangle

Bien que la Chine, tout comme les autres pays qui bordent la mer de Chine méridionale, contrôle d’autres récifs et îlots dans la région, mais ces 3 récifs sont devenus en moins de 2 ans les plus importants des Spratleys, de par leur superficies exploitables et aussi par leur excellente position géographique.

Ces 3 récifs qui se distancent de moins de 300km et qui disposent tous les trois une piste d’atterrissage de 3 000m rendent leur défense plus facile. Les renforts, que ce soit venant de la Chine continentale ou depuis n’importe quels deux autres récifs, pourraient arriver rapidement en moins d’une journée.

C’est sûrement aussi pour cette raison que la Chine dépense une somme colossale et mobilise plus de 25 000 hommes en même temps pour démarrer les travaux sur ces 3 récifs quasi-simultanément, pour ne laisser aucune possibilité d’agir aux autres pays.

Le seul « défaut », s’il y en a un, que ces 3 récifs l’ont, c’est qu’aucun de ces 3 récifs n’a de source en eau douce, contrairement à quelques îlots contrôlés par les autres pays. Leur ravitaillement dépendent entièrement du continent.

Des mesures ont été prises pour améliorer la situation, comme par exemple les pistes d’atterrissage sont conçues pour pouvoir récupérer l’eau pluviale, et les nouvelles machines de dessalement y sont installées progressivement. Mais cela limite malgré le nombre de garnisons.

Il y a bien sûr d’autres récifs intéressants à commenter dans les Spratleys, comme le récif de Cuarteron où une station de radar trans-horizon de type onde rampant est en construction, mais ce sera pour un autre article dédié.

En somme…

Ces derniers jours ont été marqués par de nombreux événements autour de la mer de Chine méridionale – la mise en fonctionnement de 4 des 5 grands phares chinois, le test réussi des deux aérodromes au récif de Subi et au récif Mischief, le verdict de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, les manœuvres militaires chinoises et américaines…etc – mais une chose est certaine pour moi, connaissant les Chinois, il y a bien un message de « subtilité chinoise » qui a été envoyé clairement : « Faites couler autant d’encre et de salive que vous voulez, nous, ici, c’est du concret ».

Et, cette situation qui a duré pendant les 20 dernières années va certainement vivre les 20 prochaines de manière toute aussi « mouvementée »…

La question est, pourquoi brasser autant de vent ?

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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