La Chine perd le contrôle de son laboratoire spatial Tiangong 1

Le 21 Mars 2016, le CMSEO (China Manned Space Engineering Office) publie un communiqué indiquant que le premier laboratoire spatial chinois Tiangong 1 a mis fin tout service de données, après 1 630 jours de fonctionnement en orbite.

Le CMSEO précise que d’après les observations, Tiangong 1 suit toujours sa trajectoire orbitale prédéfinie. Son orbite sera abaissée graduellement au cours des prochains mois, jusque l’engin soit brûlé dans la rentrée atmosphérique.

 

Mort subite de Tiangong 1 ?

Cette nouvelle est venue subitement alors qu’en début Mars, il était encore question de faire voler ensemble Tiangong 1 avec son successeur, Tiangong 2, qui sera lancé d’ici Septembre, et qu’on pouvait encore visualiser les données comme les images hyperspectrales transmises par le laboratoire spatial.

Image hyperspectrale de Tiangong 1

Image hyperspectrale de Tiangong 1

Au moment de la publication du communiqué, le laboratoire chinois se trouvait sur une orbite 377km x 395km x 42,8°. Et depuis, aucun détail officiel n’a été donné.

Lancé le 29 Septembre 2011 au centre de lancement spatial de Jiuquan (JSLC) à l’aide d’une fusée CZ-2F T1, ce premier laboratoire spatial chinois de 8 500kg a permis à la Chine de valider la technique du rendez-vous automatique et manuel en orbite, mettre au point les technologies nécessaires d’une station spatiale, et expérimenter le séjour de courte durée d’un équipage de 3 taïkonautes maximum.

Conçu pour une durée de vie théorique de 2 ans, Tiangong 1 a réalisé le premier rendez-vous automatique avec le vaisseau non habité Shenzhou 8 en Novembre 2011, puis avec les vaisseaux habités Shenzhou 9 et Shenzhou 10 en 2012 et 2013, avant de passer en mode autonome de surveillance de la Terre jusqu’à maintenant.

 

Retour… contrôlé ?

Est-ce que les Chinois ont toujours le contrôle de Tiangong 1 ?

J’ai déjà eu un doute au moment de lire le communiqué, car la manière qu’il a été écrit laisse penser que la communication dans un sens ou dans les deux a été perdue, d’où l’emploi des phrases comme « selon l’observation au sol » (地面跟踪观测显示), ou « sous surveillance de près » (密切地跟踪监视之中).

Et un élément récent vient confirmer cette hypothèse :

Dans un article paru le 21 Juin dans le Quotidien du Peuple sur le sujet du supercalculateur Shunwei Taihu Light, qui est élu le supercalculateur le plus puissant au monde dans le classement TOP500 en Juin, on apprend que ce supercalculateur de 100 pétaflops, inauguré depuis Janvier 2016, a été mobilisé par le Laboratoire national de la dynamique des fluides computationnelle pour simuler le chemin de retour de Tiangong 1.

Selon le texte, les premiers résultats de simulation sont « encourageants » (数值模拟结果令人振奋), et permettront « une prédiction exacte de son chemin de retour ».

Cela vient donc confirmer que le retour de Tiangong 1 ne sera pas contrôlé.

Depuis, j’ai suivi de près pour essayer d’en savoir plus sur ces simulation effectuées par le supercalculateur Shunwei Taihu Light.

Il y a quelques jours, dans un petit documentaire qui parle des puces utilisées par ce supercalculateur, on voit passer brièvement deux images sur ces simulations :

On voit mentionner donc qu’une partie de puissance du supercalculateur a été mobilisée pendant 20 jours pour effectuer ces simulations, qui auraient nécessiter 12 mois de calcul sur d’autres machines.

Les résultats sont « conformes aux essais de soufflerie ». Sur les graphiques on peut voir aussi que certaines simulations concernent une « chute » à 62km et à 65km d’altitude, à une vitesse de Mach 13.

 

Possibilité d’agir ?

Bien qu’on n’en sait pas plus aujourd’hui sur le sujet du retour, mais une chose est sûre, les Chinois ne prennent pas ce retour non contrôlé à la légère, puisque de nombreux moyens ont été utilisés pour, au moins, savoir ce qu’il va se passer.

Quant aux moyens de réagir de manière active, à savoir par exemple abattre l’engin si ça devrait mal tourner, je doute qu’il aurait beaucoup de solutions techniques, surtout qu’on ne sait pas si les simulations couvrent aussi la manière que l’engin va être désintégré naturellement.

Dans le meilleur des cas, si l’ensemble reste relativement compact et entier au moment de freinage atmosphérique fort, et que ça se passe en near space (en général on parle de 20 à 100km d’altitude, mais ici on doit être au-dessus de 60km) au-dessus de quelques rares pays au monde qui ont des dispositifs adéquats ASAT ou ABM – les Etats Unis, la Russie et la Chine – il y aura peut-être la possibilité de briser d’avantage l’engin, pour qu’il puisse être brûlé plus facilement et entièrement. Mais auquel cas d’autres simulations doivent être effectué pour comprendre le comportement de Tiangong 1 au moment de l’impact avec la tête du missile.

Dans le pire des cas, on ne peut se contenter qu’un pack de bières bien fraîches et accessoirement quelques saladiers de pipas, et tenter de voir si un ou deux débris peuvent être vendus sur le Boncoin…

Et si la fin du monde est annoncée une nouvelle fois par le calendrier chinois et non Maya pour la deuxième moitié de l’année 2017 ?

 

Impact sur le programme habité chinois en cours ?

Au moment où j’écris cet article, on vient d’apprendre que le deuxième laboratoire spatial chinois Tiangong 2, ainsi que le vaisseau habité Shenzhou 11, sont tous deux arrivés au centre de lancement JSLC par voie ferroviaire.

Si la mort subite de Tiangong 1 en Mars avait été causée par un défaut de conception ou un sous-ensemble en commun avec Tiangong 2, il y aurait forcément un impact sur le planning du lancement de ce dernier.

Mais force est de constater que la date du lancement de Tiangong 2 est maintenue en mi-Septembre, 6 mois après l’incident de son prédécesseur.

Le reportage CCTV sur l’arrivée de Tiangong 2 au JSLC :

Si Tiangong 1 peut être vu comme un démonstrateur technique, Tiangong 2 sera une réelle plateforme d’applications avec 51 charges utiles différentes. Une dernière étape du programme habité 921, avant la construction de la première station spatiale chinoise d’ici 2020, vient de s’ouvrir.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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  • Croisont les doigts pour que les prédictions de Paco rABANNE N ONT PAS 17 ANS DE RETARD…

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