La Chine extrait de la « Glace qui brûle » en mer de Chine méridionale

Après 23 ans de recherche et de développement, la Chine a réussi d’extraire de manière stable du gaz de l’hydrate de méthane, ou la « glace qui brûle », dans un gisement situé au Nord de la mer de Chine méridionale. C’est en tout cas ce qui fait savoir le ministère chinois des ressources terrestres dans un communiqué publié le 18 Mai dernier.

Cette extraction expérimentale, placée sous la direction du bureau CGS (China Geological Survey), entité du ministère chinois, a lieu dans la zone maritime connue sous le nom de Shenhu (神狐海域), qui se situe à environ 285 km Sud-Est de Hong Kong.

Glace qui brûle

La zone maritime Shenhu, situé dans le Nord de la mer de Chine méridionale.

D’après le communiqué chinois, 120 000 mètres-cubes de « glace qui brûle » ont été extraits du 10 au 17 Mai, soit une moyenne de 16 000 mètres-cubes par jour avec un pic de production de 35 000 mètres-cubes par jour. L’analyse des échantillons extraits montre que la teneur maximale de méthane avoisine les 99,5%.

C’est la toute nouvelle plateforme pétrolière « Blue Whale 1 » de 43 000 tonnes, livré par le chantier naval chinois Yantai Raffles City Ocean Engineering en Février cette année, qui s’est chargée de l’opération et a foré jusqu’à 277 mètres sous les fonds marins, situés à 1266 mètres de profondeur du site, pour atteindre le gisement de « glace qui brûle ».

Glace qui brûle

L’extraction du gaz de la glace qui brûle sur la plateforme pétrolière Blue Whale 1

Il s’agit de la première exploitation durable et contrôlable pour la Chine dans l’extraction d’hydrate de méthane aux fonds marines de type limon argileux, qui représentent 90% de gisements dans le monde.

La réussite de cette expérimentation a donc permis aux ingénieurs chinois de valider les technologies développées et d’accumuler de l’expérience nécessaire pour les exploitations commerciales du futur.

La glace qui brûle est considérée comme une ressource stratégique dans la politique de sécurité d’énergie de la Chine – d’une part par son intérêt physique : 1 mètre-cube de glace qui brûle peut libérer environ 0,8 mètre-cube d’eau et 164 mètres-cubes de gaz naturel, et d’autre part par des réserves environ deux fois supérieures à celles de tous les combustibles fossiles traditionnels réunis.

La mer de Chine méridionale contient l’équivalent de 80 milliards de tonne de pétrole en glace qui brûle potentiellement exploitables, soit 4 fois les réserves trouvées sous le sol chinois.

Cet énorme intérêt énergétique justifie donc un vaste programme de recherche et de développement lancé dès 1995. En 2007, le CGS a mené sa première mission de forage GMGS1 dans la zone maritime de Shenhu, suivi par une deuxième 6 ans après.

La mission GMGS3, réalisée à l’aide d’un navire de forage de la société géotechnique allemande Fugro en 2015, a confirmé l’existence de deux corps minéralisés dans la même zone. Cette découverte a poussé les chercheurs chinois du CGS à réaliser d’autres forages à Shenhu en 2016, où les échantillons contiennent tous de la glace qui brûle, qui ont validé l’intérêt du site et le projet de l’exploitation expérimentale de cette année.

Les études chinoises estiment que les hydrates de méthane du site de Shenhu sont réparties sur une zone de 128 km², avec une quantité de réserves qui dépasse les 100 milliards de mètre cube.

Durant le cadre du 13ème plan quinquennal, le ministère chinois des ressources terrestres prévoit de terminer le développement d’une série de nouveaux équipements et de technologies, pour le forage des gisements de minerais sous-marins et aussi la pré-exploitation commerciale de glace qui brûle, prévue d’ici 2020.

Pour cela, des projets comme les submersibles tout profondeur, ou encore les centrales nucléaires flottantes, ont été financés et leur développements sont actuellement en cours. Mais les Chinois semblent ne pas se contenter de ces gisements trouvés près de chez eux et ont déjà les yeux rivés ailleurs.

« On retrouve abondamment les dépôts d’hydrate (de méthane) de type limoneux à faible perméabilité chez les pays situés tout au long de la zone One Road (route de la Soie maritime), et beaucoup entre eux ont déjà manifesté un fort besoin en nouvelles sources d’énergie », indique QIU Haijun, responsable du forage de glace qui brûle à Shenhu, « Avec les technologies que nous maîtrisons désormais, on peut les aider à extraire ces gisements et résoudre leurs problèmes de ressources et d’énergie. »

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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