La Chine développe un TGV maglev de 600km/h

Le 21 Octobre 2016, le Ministère chinois de la Science et de la Technologie (MOST) donne son feu vert au groupe ferroviaire d’État CRRC (中国中车) pour lancer 7 projets majeurs, dont le développement d’un train à sustentation magnétique (Maglev) de 600 km/h, et un train de grande vitesse à 400 km/h avec boggie à écartement variable.

Ces projets majeurs font partie d’un vaste programme d’investissement en transport ferroviaire que le gouvernement chinois a décidé de financer. Il a pour l’objectif de développer les technologies de prochaine génération, d’accroître la compétitivité du pays dans le secteur ferroviaire, et de tirer la R&D d’un ensemble de domaines techniques associés.

Pour assurer le bon déroulement des projets, le directeur général de CRRC prendra lui-même le rôle du directeur de programme, avec l’appui de 12 Académiciens de l’Académie chinoise des Sciences et d’une trentaine d’experts universitaires connus dans leurs domaines respectifs.

 

Plusieurs projets de TGV Maglev

La partie de train à sustentation magnétique est séparée en deux sous-projets. Le premier consiste à développer un prototype Maglev capable d’atteindre une vitesse de plus de 600 km/h, avec une ligne expérimentale de 5 kilomètres.

Le MOST demande que 100% de propriété intellectuelle soit chinoise donc aucune collaboration extérieure n’est autorisée. Le projet vise à maîtriser les technologies clés, construire une plateforme d’intégration, d’essai et d’évaluation à rayonnement mondial, et établir des nouvelles normes de conception, d’évaluation et de sécurité.

La vue d'artiste du train Maglev de 600 km/h

La vue d’artiste du train Maglev de 600 km/h

Ce projet de 600 km/h est confié à la filiale CRRC Qingdao Sifang. Contrairement à la technologie de supraconducteur choisi par le Japon ou celle de l’aimant permanent par l’Allemagne, les Chinois utilisent une technologie hybride qui devrait consommer moins d’énergie, de l’ordre de -35%.

En parallèle, une autre filiale de CRRC, CRRC Zhuzhou Electric Locomotive, s’occupe d’un autre projet Maglev à 200 km/h. Tout comme le projet de 600 km/h, une rame prototype et une ligne expérimentale de 3 kilomètres seront construites.

A noter que la Chine dispose à ce jour deux lignes commerciales de train Maglev. La première, d’une vitesse de 430 km/h, se trouve à Shanghai et utilise les technologies allemandes. La deuxième qui est entrée en exploitation cet été à Changsha est de conception chinoise, les rames atteignent une vitesse de 120 km/h.

 

Un TGV « transcontinental » de 400 km/h à écartement variable

Depuis la mise en place de la stratégie géo-économique « One Belt One Road » – définie par le président chinois XI Jin Ping et qui a pour but de créer une zone économique transcontinentale tout au long de l’ancienne Route de la Soie d’une part, et sur la voie maritime de la Chine jusqu’au continent africain d’autre part – tous les grands projets technologiques de la Chine sont plus ou moins orientés pour appuyer cet objectif commun, à commencer par exemple par le système de positionnement et de navigation Beidou, l’équivalent du GPS américain.

One Belt One Road (Source : South China Morning Post)

One Belt One Road (Source : South China Morning Post)

Le projet de développer un train à grande vitesse qui s’adapte à tous les écartements de voie dans l’ensemble des pays concernés prend donc tout son sens, d’autant plus que la Chine devient, depuis ces dernières années, un exportateur de ses technologies TGV avec notamment des projets gagnés en Russie, en Indonésie et en Thaïlande.

Ce futur TGV doit non seulement atteindre une vitesse d’exploitation de 400 km/h mais doit aussi être capable de prendre en compte la différence en terme d’écartement de voie, de voltage, de climat, de normes technologiques et de systèmes de contrôle, dans les pays asiatiques, africains et européens.

La vue d'artiste du TGV de 400 km/h, avec boggie à écartement variable.

La vue d’artiste du TGV de 400 km/h, avec boggie à écartement variable.

Compte tenu de la complexité du projet, 3 filiales de CRRC vont proposer chacun leur solution. CRRC Changchun Railway Vehicles et CRRC Qingdao Sifang s’occuperont d’un prototype capable de rouler de +40°C à -50°C, tandis que CRRC Tangshan Railway Vehicle va construire un prototype exploitable entre +50°C et -25°C.

 

Un vaste programme national qui se tourne vers l’avenir

En seulement 12 ans, la Chine qui pourtant partante de zéro détient désormais le plus grand réseau de grande vitesse ferroviaire au monde, avec plus de 20 000 kilomètres mis en exploitation qui représentent 60% des réseaux mondiaux. Elle ambitionne de passer la barre de 30 000 kilomètres d’ici 2020, ou encore 45 000 kilomètres en 2030.

Le pays est bien déterminé à servir non seulement ce vaste réseau et ses technologies comme le catalyseur de son économie et un autre fer de lance de son exportation « haute gamme », mais aussi une rame automotrice de sa stratégie géopolitique qui vise à récréer un sphère d’influence « intégrant ».

Malgré une croissance exponentielle de l’aviation civile, le transport ferroviaire reste encore bien plus accessible pour le grand public chinois et représente un fort intérêt capacitaire, économique et écologique.

Le fait de travailler sans cesse pour atteindre une vitesse de roulement plus importante permet de réduire d’avantage la « distance » entre les différentes régions en Chine, de libérer et rééquilibrer le potentiel économique associé, et de faciliter l’intégration des zones reculées à celles qui sont plus développées.

Ces projets ambitieux en maglev et en TGV « transcontinental » témoignent la volonté des Chinois à reproduire cette même philosophie au-delà de ses frontières. L’organisation mise en place et l’investissement colossal montrent aussi qu’il s’agit d’une stratégie à long terme, avec d’importantes difficultés techniques à surmonter.

Le reportage CCTV du programme :

L’affaire à suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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  • Interesting. Any idea when the prototype will debut?

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