la Chine consolide ses positions en mer de Chine méridionale

Un nouvel hôpital, trois pistes d’atterrissage de 3 000 mètres de long, cinq phares, une couverture de télécommunication 4G à 100%, des fermes, des usines de dessalement et des centrales solaires – la Chine a investit des dizaines de milliards de Yuan ces dernières années pour étendre ses infrastructures de base sur les îlots lointains dans l’archipel Spratleys, et consolide ainsi ses multiples positions en mer de Chine méridionale.

Depuis le mois de Juillet, un hôpital de classe 2A avec plus de 100 lits et d’une superficie de 16 000 m² est inauguré sur le « récif » de Fiery Cross, la 3ème plus grande île des Spratleys qui s’étend sur 2,8 km², en grande partie grâce au remblaiement.

Les travaux ont commencé en Novembre 2015 et se sont achevés en seulement 8 mois. Une équipe médicale d’une cinquantaine de personnes assure le bon fonctionnement de l’hôpital. Il a déjà accueilli plus de 1 000 patients et a réalisé une centaine d’opérations jusqu’à présent.

En mois de Mars, un avion de patrouille maritime de la marine chinoise a dû interrompre sa mission en cours et se poser en urgence sur l’île de Fiery Cross pour rapatrier un soldat tombé très malade sur un îlot chinois.

La mise en service de cet hôpital va donc grandement soulager la pression en support médical dans cette région reculée du monde – que ce soit pour les militaires de garnisons basés sur les différents îlots contrôlés par la Chine, ou les civils qui continuent les travaux sur place – où le coin du continent chinois le plus proche se situe à plus de 1 000 kilomètres.

L’intérieur de l’établissement, plutôt bien équipée une structure de cette taille, est révélé dans un reportage de CCTV :

Et nul doute que la présence d’une infrastructure médicale dans cette partie de mer de Chine méridionale donnera un avantage tactique non négligeable à l’armée chinoise en temps de guerre et de conflit.

En plus du hôpital, cinq phares ont également été inaugurés sur 5 des plus grands îlots chinois dans les Spratleys – Subi, Mischief, Fiery Cross, Johnson South et Cuarteron. Tous ces îlots ont été agrandis artificiellement.

Selon les médias chinois, ces phares de plus de 50 mètres de haut ont une portée de 20 miles nautiques. Ils sont tous équipés du système AIS pour suivre la position des navires qui sillonnent aux alentours.

En parallèle de ses utilités maritimes, ces phares sont également un important symbole psychologique pour rappeler aux passants la présence permanente des Chinois dans ce passage maritime hautement stratégique.

La localisation des principaux îlots chinois dans les Spratleys

La localisation des principaux îlots chinois dans les Spratleys

Après les soins médicaux et l’aide à la navigation, un autre élément bien plus vital qui est de l’eau a demandé beaucoup plus de travail aux Chinois. Avec plus de 20 000 personnes, au pic des travaux de remblaiement, réparties sur les différents îlots dans les Spratleys, l’eau douce a toujours été un problème, et ce notamment dû au fait que pratiquement aucun îlot chinois en mer de Chine méridionale n’a de source souterraine en eau douce.

Pour remédier à cette situation, les Chinois ont mis en place plusieurs solutions. En plus du ravitaillement régulier qui vient du continent, la récupération de l’eau de pluie et le recyclage de l’eau usagé sont également les principales sources pour les besoins sanitaires et de travaux.

Depuis 2013, l’Etat chinois a progressivement mis en exploitation des usines de dessalement sur l’ensemble des îlots, avec une capacité qui varie entre quelques tonnes à quelques milliers de tonnes par jour en fonction de la taille de l’îlot et le nombre des « habitants ».

Nous avons déjà parlé, par exemple, de l’une de ces usines de dessalement installée sur l’île de Woody – la plus grande ville et base militaire aux Paracels – dans notre dossier « Nouvelle usine de dessalement sur l’île Woody« .

La pression en eau douce étant fortement diminuée, les Chinois veulent maintenant aller plus loin et travaillent d’arrache-pied pour « recréer » un écosystème vert sur ses îlots en mer de Chine méridionale, pourtant désertiques à l’origine.

Sur « l’île » de Subi par exemple, plus d’un million de plantes de différents types, choisies soigneusement par l’Académie chinoise des Sciences, ont été transférées sur place pour, d’une part, fixer le sable et diminuer sa teneur en sel, et d’autre part, fournir de la nourriture aux « locaux » et attirer des oiseaux.

L’objectif : créer un endroit propice pour une implantation durable.

Le reportage de CCTV montre que ces îlots, pourtant en partie crées artificiellement, sont peut-être l’endroit le plus écologique en Chine – toutes émissions potentiellement toxiques sont placées sous contrôle et tous les déchets sont recyclés au maximum – cela prouve que quand l’homme ne peut pas faire autrement, l’écologie n’est plus un simple slogan mais une obligation pour vivre. C’est donc possible que cette conscience arrive « naturellement ».

Quant aux longues pistes d’atterrissage et la couverture du réseau de télécommunication, nous avons déjà adressé ces points il y a quelques mois dans notre dossier « La Chine teste 2 aérodromes en mer de Chine méridionale » et « Le réseau 4G chinois couvre les îles Spratleys« .

Avec ces travaux qu’on peut considérer comme « pharaoniques », les Chinois sont en train d’imposer leur volonté à petit feu dans cette partie de mer de Chine méridionale, et ce sans même avoir besoin de s’en prendre militairement aux îlots déjà contrôlés par les pays voisins.

Dans l’archipel Spratleys, le Vietnam et la Malaisie sont les deux pays qui contrôlent le plus de récifs, mais ceux qui ont été récupérés par les Chinois il y a presque 40 ans sont géologiquement et géographiquement les plus intéressants. L’orientation et la composition des atolls chinois ont un plus grand potentiel au développement futur.

A noter que, cette méthode très progressive mais surtout très coûteuse que les Chinois applique en mer de Chine méridionale aura tout de même un effet à la fois durable et destructeur pour les autres pays voisins, car elle est non seulement difficile à dupliquer mais surtout difficile à contrer sur la durée, à moindre de s’appuyer très tôt sur des opérations militaires qui, malheureusement, auront une conséquence peu contrôlable et peu supportable.

Et, paradoxalement, cette méthode est tout de même plus « constructive » que d’envoyer quelques navires pour défendre une « liberté de navigation » qui n’a pourtant jamais été violée par aucun des pays concernés.

Quand les travaux sur les îlots des Spratleys seront terminés, il est plus que probable que les Chinois iront faire la même chose au récif de Scarborough, qui se trouve à moins de 300 kilomètres des côtes des Philippines, et surtout de l’ancienne base navale de Subic Bay, qui était, ni plus ni moins, la plus grande installation militaire à l’étranger des forces armées des États-Unis.

L’affaire à suivre.

Henri K.

 

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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