Chang’e 4 : Deux engins chinois sur la face cachée de la lune

Après la sonde Chang’e 1, qui s’est écrasé de façon contrôlée sur la surface de la lune en Mars 2009, puis Chang’e 3 et son rover Yutu en Décembre 2013, deux engins chinois se sont de nouveau posés sur le satellite de la Terre, la lune, mais cette fois-ci sur sa face cachée. 

Lancée le 8 Décembre au centre spatial de Xichang (XSLC) à bord d’une fusée CZ-3B, la sonde Chang’e 4 a gagné l’orbite lunaire 110 heures plus tard, après une manœuvre de freinage effectuée à 129 km d’altitude de la lune.

Mais contrairement à la mission Chang’e 3, où l’alunisseur et le rover ont amorcé la descente seulement 8 jours après avoir atteint l’orbite lunaire, la sonde Chang’e 4 est restée 22 jours en orbite avant de recevoir l’instruction, le 3 Janvier, pour commencer la manœuvre d’alunissage.

Ce délai supplémentaire a été jugé nécessaire dès le départ par les ingénieurs chinois pour que la sonde puisse vérifier son état, et établir des liaisons avec le satellite de communication lunaire Queqiao et la Terre.

A 10h15 heure de Pékin, les personnels du Beijing Aerospace Flight and Control Center (BACC) ont transmis l’ordre de descente à la sonde. Cette dernière, volante alors sur une orbite de 15 km × 100 km, a activé son moteur à poussée variable de 7 500N pour réduire la vitesse relative avec la lune de 1,7 km/s à zéro.

A 100 mètres de la lune, l’alunisseur Chang’e 4 est resté suspendu durant un certain temps dans « l’air » afin de pouvoir scanner le relief du site pré-choisi, avec son télémètre laser, et de choisir le site final d’alunissage.

Environ 690 secondes après l’amortissement de la descente, à 10h26 précisément, la sonde chinoise s’est finalement posée en douceur sur la lune, aux coordonnées 177,6°E 45,5°S, au milieu du bassin Aitken, un cratère affleurant non pas la croûte superficielle, mais le manteau lunaire.

Selon le communiqué officiel de l’Administration spatiale nationale chinoise (CNSA), ces manœuvres d’alunissage ont été réalisé en tout autonomie sans intervention des personnels au sol. On apprend également que, si la descente sur la surface de la lune pour la sonde Chang’e 3 a emprunté une trajectoire inclinée, celle de Chang’e 4 est quasi verticale, le fait que le site choisi est entouré de montagne de 10 km de haut et se situe à -6 km du niveau du sol.

Une fois le « Touch down » est fait, l’alunisseur a d’abord déployé ses panneaux solaires et les antennes de communication directionnelles, avant de prendre une première photo de la face cachée de la lune à l’aide de son caméra de surveillance C et de l’envoyer sur Terre, via le satellite relais Queqiao se trouvant sur l’orbite Halo autour du point Lagrange L2. Il était alors 11h40 à Pékin.

Chang'e
Une image de la face cachée de la lune, renvoyée par la sonde Chang’e 4 (Photo : CNSA)

Après quelques heures de préparation, notamment pour confirmer l’état du satellite relais Queqiao, les paramètres du site d’alunissage et des équipements embarqués ainsi que l’angle d’incidence du soleil, le processus de séparation du rover a enfin commencé à 15h07 heure locale.

Ce n’est qu’à 22h22, c’est à dire près de 12 heures après l’alunissage en douceur de la sonde Chang’e 4 sur la lune, que le rover désormais appelé Yutu 2, ou « Lapin de Jade 2 » en Chinois, soit sorti des rampes et commencé à rouler sur la face cachée de la lune.

Mais comparé à la mission Chang’e 3 où chaque détail est retransmis à la télévision en quasi temps réel, la Chine est restée curieusement et particulièrement silencieuse sur les premiers pas de Chang’e 4 et Yutu 2 sur la lune.

On sait seulement que l’alunisseur a déployé le lendemain vers 17h les trois antennes de 5 mètres du spectromètre radio à basse fréquence, et a démarré aussi les tests de l’instrument LND, Lunar Lander Neutrons & Dosimetry, conçu par l’Université Christian Albrecht de Kiel en Allemagne pour la détection de la radiation des particules lunaires.

Des images prises par les caméras de relief ont également été transmises au sol, mais aucune n’a été rendue publique.

Quant au petit rover de 140 kg, on apprend qu’il a déjà terminé plusieurs tâches – comme l’établissement d’une liaison indépendante avec le satellite relais Queqiao, la cartographie du site environnant, la navigation au point A et la planification de routes à venir – avant d’être mis en veille, pour sa « pause du midi », afin de lui protéger de la très haute température jusqu’à 127°C durant la journée lunaire.

Le rover Yutu 2 devrait être réveillé d’ici jeudi, le 10 Janvier, toujours selon le Bureau du programme lunaire CLEP chinois.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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