Ces nouvelles variantes du chasseur embarqué chinois J-15

Qui aurait cru que ces anciens prototypes de Sukhoi, notamment le T-10K-7, abandonnés en Ukraine et rachetés par la Chine en Août 2004, allaient engendrer en dehors de la Russie une nouvelle lignée dans l’arbre généalogique déjà très grand de T-10, conçu il y a 40 ans par Mikhaïl Simonov ?

Et pourtant, ce tas de ferraille T-10K-7 qui est l’un des prototypes du chasseur embarqué soviétique Su-33, souffrant d’une panne sur le système de vol PNK-10K et délaissé à la base de Saki depuis 1991, a non seulement permis aux ingénieurs du bureau d’études 601 Shenyang de concevoir l’avion embarqué J-15, mais aussi de nombreuses variantes qui de loin et de près n’ont pratiquement plus rien à voir avec leurs lointains ancêtres russes.

J-15

La version catapultable de J-15, en vol depuis 2016.

Conçu à l’origine pour s’opérer sur un porte-avions STOBAR à tremplin, la modification la plus logique portée sur le J-15 revient à celle qui est capable d’être catapultée depuis les futurs porte-avions CATOBAR de la marine chinoise. Nous l’avions déjà évoqué en Septembre 2016 dans le dossier « Le J-15 catapultable pour CATOBAR est en vol« , avant de revenir sur lui à deux reprises dans « La marine chinoise démarre les essais de catapultage » et « L’armée chinoise confirme le catapultage réussi d’un J-15 sur EMALS« .

L’interprétation des dernières publications institutionnelles suggère que les premiers J-15 catapultables auraient déjà rejoint le régiment aéronaval de la marine chinoise basé à Xincheng.

Mais la première variante majeure de J-15 est sortie bien plus tôt, vers 2012, et elle est tirée des besoins opérationnels bien plus urgents pour la marine chinoise, à savoir une plateforme biplace qui devrait permettre aux forces embarquées chinoises de mener non plus uniquement des missions de supériorité aérienne ou anti-navire simple, mais assumer des rôles d’entraînement et de projection lfoncièrement plus variés.

C’est ainsi que le J-15S, version biplace de J-15, fut conçu et a mené son premier vol d’essai en fin 2012. Et contrairement à la version biplace de Su-33 où les pilotes sont assis côte-à-côte, le cockpit de J-15S reste en tandem comme la plupart des chasseurs biplaces de nos jours.

L’avancement de ce programme reste très peu connu cependant, il semblerait que la marine chinoise n’a reçu aucun appareil de cette version à ce jour, mis à part l’apparition d’un appareil en livrée de la marine, et il paraît fort probable qu’aune pontée n’a encore été effectuée jusqu’à présent.

Les photos de spotteur récentes montrent qu’un nouveau (?) prototype, immatriculé 561 et disposé de plusieurs marquages pour caméra, continue ses vols d’essai à Shenyang. Cela pourrait suggérer que les tests passent enfin à une vitesse supérieure.

Il est à noter que ce dernier prototype de J-15S est équipé de deux moteurs chinois WS-10, et la couleur de son radôme indique qu’il pourrait héberger un nouveau radar à antenne AESA en dessus, mais cela reste à confirmer.

Et cette version biplace de J-15 aurait aussi été servi pour Shenyang à développer une variante dédiée à la guerre électronique, notamment pour les missions de brouillage d’escorte lors d’une sortie offensive du groupe aérien, ou paralyser les forces anti-aériennes adverses, et ce à l’image de l’EA-18G Growler pour l’US Navy.

Grâce aux photos rendues publiques par plusieurs spotteurs chinois, on remarquera d’abord que cette nouvelle version de J-15 est facilement distinguable par un pod d’une apparence très proche de celui d’AN-ALQ-218 d’EA-18G installé au bout d’aile, mais il se diffère légèrement à celui de la version EW de J-16.

Selon les données de Northrop Grumman, le système AN-ALQ-218 est composé de plusieurs capteurs et émetteurs répartis sur la cellule de l’EA-18G, et sert à fournir des capacités RWR, ESM et ELINT aux systèmes de mission et d’armes à bord. Dans le pod au bout d’aile se trouve par exemple des antennes pour la TDOA à base courte, une technique pour géolocaliser des cibles et fournir des coordonnées de ces dernières au sein du réseau, ainsi que celles de l’interféromètre.

On peut citer également d’autres différences visuelles de ce J-15 guerre électronique par rapport aux autres – l’utilisation des moteurs russes AL-31F comme pour tous les J-15 opérationnels, l’absence de l’OST frontal pour libérer de l’espace et de la masse pour d’autres équipements, et l’emploi plus poussé de matériaux composites pour continuer à alléger la masse à vide de l’avion.

On ignore pour le moment si cette nouvelle variante de J-15 est compatible avec les catapultes à vapeur et EMALS chinoises, mais les photos disponibles à ce jour ne montrent aucun dispositif sur le train de l’avion qui démontre ceci.

J-15

Sur le pont d’envol du porte-avions Liaoning, à la dernière sortie du groupe aéronaval chinois, se trouve une dizaine de chasseur J-15.

A ce stade où les forces aéronavales de la marine chinoise sont toujours en plein construction avec plusieurs porte-avions en prévision, le programme J-15, ce descendant direct d’un prototype russe, va encore avoir de longs jours devant lui.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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