Ce que l’on sait sur le nouveau Railgun de la marine chinoise

Après plus d’un an de travaux et de tests à quai dans le chantier naval de Wuchang, le vieux navire de débarquement 936 Haiyangshan, transformé en banc d’essai flottant pour le nouveau Railgun de la marine chinoise, est descendu du fleuve Bleu pour rejoindre les côtes en fin 2018. Et depuis, les marins navigants entre la baie de Bohai dans le nord et Shanghai au sud croisent son chemin assez régulièrement, au point que plusieurs vidéos d’amateur ont circulé sur les réseaux sociaux chinois montrant ces rencontres plutôt inattendues.

L’une des vidéos d’amateur sur la rencontre en mer avec le LST 936 Haiyangshan, banc d’essai flottant du Railgun chinois.

Si les détails de son programme d’essais ne sont pas rendus publiques – le contraire serait étonnant – on sait néanmoins que le bâtiment et sa précieuse charge utile se sont préparés non seulement aux tests de navigation mais surtout aux tirs en mer. La marine chinoise dispose de plusieurs centres d’essai d’armements dans la baie de Bohai, notamment celui situé dans la péninsule de Liaodong.

Et d’après certaines sources américaines, le Railgun naval chinois aurait déjà effectué ses premiers tirs en début 2019. Dans son article paru le 30 Janvier cette année, la chaîne de télévision américaine CNBC, citant des sources ayant un accès direct aux rapports du renseignement américain, indique que la Chine avait en fait testé son nouveau canon électromagnétique un peu plus tôt dans le mois.

Toujours selon les mêmes sources de CNBC, le Railgun chinois serait capable de frapper une cible sur une distance de 200 km (124 miles), et ce à une vitesse de 2 575 m/s (1,6 mile/s). On ignore toutefois comment ces données assez précises ont pu être récupérées par le renseignement américain – S’agit-il d’une simple supposition en se basant sur leurs propres systèmes en cours de développement, ou des moyens de mesure à envergure ont été déployés ?

Quoiqu’il en soit, les images satellites en date du 26 Février 2019 montrent que le navire de 4 800 tonnes se trouvaient alors près de Huludao, dans une base de la marine chinoise.

En supposant que les éléments révélés par les sources américaines sont exacts, du moins pour la période où le premier test a été effectué à savoir « dans le mois de Janvier et avant le 30 », on peut tenter de trouver l’endroit dans lequel le Railgun chinois a fait ses premiers tirs.

A l’aide des alertes de navigation publiées par l’Administration de la sécurité maritime du Liaoning, qui gère l’ensemble des affaires maritimes dans la baie de Bohai, un total de 8 exercices militaires, dont 3 de type « tirs à balle réelle », a pu être identifié.

Il est difficile cependant de savoir lequel, ou lesquels, de ces exercices officiellement annoncés correspond aux tirs du Railgun en question. Pour un premier essai de tir en mer, il paraît peu probable que le système déploie toute sa puissance pour une portée maximale. Il est donc possible que le système ait d’abord effectué des tirs simples sur courte distance, aux puissances variables, avant d’allonger la portée et d’augmenter la cadence.

Bien entendu cela n’est qu’une simple hypothèse de travail. La marine chinoise pourrait et devrait appliquer à la lettre plusieurs procédures pré-définies pour dérouler ces tests, comme le GJB-592 pour évaluer l’efficacité de frappe, le GJB-4739 sur les essais de précision, le GJB-254 sur les essais de qualification de conception…etc.

On notera que les 3 exercices de type « tirs réels » comme mentionnés dans les notifications respectives ont tous eu lieu autour de Haimao Dao (海猫岛), une île située près de Lüshunkou et qui est un champ de tirs historique de la marine chinoise. Ces exercices, en date du 9 au 12, puis du 17 au 22 et du 21 au 24 Janvier, partagent d’ailleurs exactement la même zone d’interdite d’accès, de forme carré, couvrant cette île sur un périmètre de 43,9 km et une superficie de 120 km².

Si le Railgun chinois a réellement effectué des tirs à 200 km en portée, comme laissé entendre le renseignement américain, alors le test pourrait en fait avoir eu lieu le 14 Janvier puisque la zone maritime fermée pour « opération militaire » ce jour là fait très exactement un rectangle de 220 km de long sur 25,5 km de large.

Mais un tir de telle distance présente tout de même des risques non négligeables et aussi des incertitudes sur le suivi et les mesures, qu’il soit partir de la mer vers le continent ou du continent vers la mer (voir le schéma ci-dessous).

En ce qui concerne les caractéristiques de ce Railgun, les seuls éléments exploitables aujourd’hui, en écartant toute présomption farfelue des médias locaux, viennent pratiquement tous d’une lettre de nomination de China Association for Science and Technology, qui propose la candidature de 45 scientifiques et chercheurs au 12e Guanghua Engineering Science and Technology Award (光华工程科技奖), un prix national de l’Académie chinoise de l’Ingénierie.

Parmi cette liste qui compte déjà plusieurs noms bien connus, dont l’un des principaux concepteurs de l’IRBM et l’AShBM chinois DF-26, figure le nom de LI Xiang (李翔), un chercheur dans l’Institut 713 du groupe naval chinois CSIC.

D’après le texte, LI est nommé pour ses nombreuses contributions dans le développement des canons navals chinois, dont le nouveau H/PJ-45 qui équipe aujourd’hui les destroyers Type 052D, mais aussi pour avoir été l’adjoint concepteur en chef d’un projet de « Canon électromagnétique naval sur rail », dans lequel lui et son équipe ont « percé dans les technologies clés en résistance à l’abrasion thermique du canon et le chargement des obus à longue distance », et ont réalisé des « essais de tirs continus avec une vitesse à la bouche de 2 500 m/s et une puissance de 32 MJ ».

« Le développement du prototype pour essais en mer est terminé, les essais à la mer vont commencer prochainement », souligne le document en date du 6 Novembre 2017, qui ne donne malheureusement aucune précision quant à la masse du projectile.

Mis à part cette lettre de nomination dont les données semblent être cohérentes par rapport aux progrès chinois observés jusqu’à présent, un rapport rédigé par Central South University (中南大学), et plus précisément par son State Key Laboratory of High Performance Complex Manufacturing, parle aussi d’une nouvelle technologie de soudage par friction malaxage qui a été appliquée sur « les rails refroidis à l’eau d’un Railgun », mais son lien direct avec le canon actuellement en essai mer n’a pas pu être prouvé pour le moment.

A suivre.

Henri K.

Post Tags
Written by

Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

Latest comments
  • At the speed of more than 7.5 mach, the projectile would take merely 77.669 sec to cover 200kms.
    The accuracy of any projectile moving at these speeds is extremely good.
    The tests on 14 February would possibly be completed in matter of half an hour or so,
    considering that at least ten rounds were fired in quick succession to study accuracy, speed and at gun end the loading (possibly auto) & abrasions to the barrel.
    It wouldn’t have been very difficult for the PLAN to keep the area safe.

LEAVE A COMMENT