Ce que l’on sait sur le missile naval YJ-18…

En tant qu’une toute nouvelle génération de missile naval chinois, le visage du YJ-18 a longtemps été voilé et les caractéristiques gardées secrètes. Et pourtant, il ne s’agit, en réalité, pas qu’un seul modèle mais bien une famille de missiles navals avec de nombreuses variantes, dont les détails commencent peu à peu à se révéler.

Alors que sait-on concrètement sur la famille YJ-18, si on se base uniquement sur des éléments fiables et institutionnels ?

L’histoire commence en l’an 2000 quand la marine chinoise, pour s’adresser aux nouvelles menaces et accompagner sa stratégie de haute mer, a fait lancer un programme de pré-études de « contexte majeur » auprès des industriels d’armement du pays.

On ignore encore les détails durant cette phase de pré-étude mais comme pour la plupart des missiles navals chinois, le nouveau projet est revenu à la fin aux mains de la 3e Académie du groupe d’aérospatiale chinois CASIC.

YJ-18

Le nom de YJ-12 et YJ-18 commence à apparaître en 2009 dans certains documents de recherche.

Et c’est à partir de 2009 que le nom YJ-18, ainsi que celui de YJ-12 représentant un missile supersonique aéroporté, commencent à apparaître dans certains documents de recherche rendus publics.

On peut citer par exemple ceux qui parlent du développement d’une jointure en titane de la voilure, ou encore la méthode métallurgique pour fabriquer la cellule ultra-fine en alliage d’aluminium du missile.

Si beaucoup pensaient à cette époque que la marine chinoise est en train de développer une nouvelle génération de missile anti-navire pour renouveler le YJ-8 et ses variantes sur les bâtiments de surface, le « premier » YJ-18 est en réalité un missile dédié aux sous-marins d’attaque pour remplacer les vieux YJ-82 et fournir une solution alternative au 3M-54E Club (Калибр), d’origine russe, importé en même temps que les sous-marins de classe Projet 636M Varshavyanka en 2004.

Il n’est donc pas étonnant que l’on puisse retrouver quelques similitudes avec le missile russe sur le YJ-18, comme le vol à deux vitesse – la croisière en régime subsonique et l’attaque finale en supersonique – et le choix d’architecture en découlant qui combine un porteur premier étage jetable et un missile doté d’un propulseur à fusée.

Mais est-ce que l’on peut d’ores et déjà considérer le YJ-18 comme une réplique de 3M-54E ?

A ce jour rien ne permet de mettre en évidence un tel processus de rétro-ingénierie du missile russe par les ingénieurs de CASIC. D’une part, selon un article paru il y a deux jours sur le journal institutionnel China Space News, le missile chinois est « plus court, moins lourd et d’une portée au double » par rapport à son équivalent russe (qui mesure 8,22 mètres de long, 2 300 kg en poids et 220 km de portée), et d’autre part, la date du lancement de projet YJ-18 est antérieure à celle de la réception du missile russe.

Cependant, on ne peut pas exclure totalement le fait que l’arrivée de ce dernier aurait pu contribuer au développement chinois.

Quoiqu’il en soit, on sait au moins les choses suivantes : le booster à ergol solide du YJ-18, pour pousser le missile et sa charge militaire au-delà du mur de son en phase terminale duvol, a été testé en hiver 2009. On sait aussi que plus de 300 brevets en lien avec le projet ont été déposés jusqu’à présent, et que les sous-marins diesel de Type 039A / Type 039B ont commencé à se doter de ce missile en 2013, il en va de même pour les sous-marins d’attaque nucléaires chinois.

Une source proche de la marine chinoise parle aussi d’une vitesse d’attaque « inférieure à Mach 2.7 », donc celle du YJ-12, mais cela reste à confirmer.

Quant à d’autres performances de cette version sous-marinière du YJ-18, le texte du journal cité en haut mentionne simplement une zone de couverture du missile à 360° qui est « 600 fois plus vaste » que celle de l’ancien missile Soum-Mer de la marine chinoise, à savoir le YJ-82.

Or, un missile lancé depuis un sous-marin qui a une couverture à 360° ne peut qu’être un missile au lancement vertical. Le missile dont parle l’article s’agirait, en fait, d’une variante connue sous le nom de YJ-18B.

Connaissant maintenant la portée du YJ-82 qui est de 40 km, il nous est alors possible d’établir l’équation suivante pour retrouver, approximativement, la portée du YJ-18B, si on ignore volontairement la portée minimale des deux missiles :

YJ-18

YJ-18

La « zone de couverture » de YJ-18B est « 600 fois plus vaste » que celle de YJ-82 (Image : East Pendulum)

Sachant que dans cette équation l’angle du secteur circulaire de la zone d’attaque de YJ-82 est inconnu, nous avons créé une simulation basant sur la variation de celui-ci pour tracer la courbe de portée possible du YJ-18B :

YJ-18

La portée estimée du missile Soum-Mer vertical YJ-18B (Image : East Pendulum)

Le résultat de la simulation suggère donc une portée située entre 400 et 500 km pour le YJ-18B, correspondante à un secteur de balayage compris entre 60° (± 30°) et 90° (± 45°) du YJ-82. Ces données semblent être cohérentes par rapport aux chiffres spéculés, à savoir une portée de 500 km pour le YJ-18 sans préciser toutefois la version.

A noter que, toujours selon l’article de China Space News, le YJ-18B a battu plusieurs records de la marine chinoise, voir « mondiaux », pour un missile anti-navire. Le texte mentionne la plus grande profondeur du lancement, une altitude « record » en vol rasant sur mer, ainsi que le plus fort taux de destruction par un seul missile dans l’histoire de la marine chinoise.

C’est également le premier missile naval chinois qui allume son moteur sous l’eau et capable de contrôler sa trajectoire avant de franchir la surface de la mer.

YJ-18

L’ingénieur en chef du programme YJ-18 (Photo : CASIC)

Mis à part les deux versions pour sous-marin, à savoir le YJ-18 de base lancer horizontalement depuis un tube de torpille et le YJ-18B depuis un tube au lancement vertical, une troisième variante destinée aux bâtiments de guerre de surface, le YJ-18A, a également rejoint les rangs de la marine chinoise.

L’existence de cette version a d’abord été révélée dans un reportage télévisé datant du mois d’Août 2015, dans lequel on peut voir le missile, lancé depuis l’un des navires d’essais d’armement chinois, a touché un chaland de débarquement servant comme cible.

Les premiers navires de guerre chinois à avoir équipé de cette version de YJ-18 sont les destroyers Type 052D, dont le premier exemplaire a été admis au service actif en Mars 2014. La photo montrant le lancement d’un YJ-18A depuis un silo CCL (Concentric Canister Launcher) du VLS universel de navire est parue récemment dans le journal officiel de l’armée chinoise.

Les éléments indiquent que parmi les 64 silos de Type 052D, huit entre eux ayant une longueur de 9 mètres (?) et situant devant la superstructure sont capable d’héberger ces missiles anti-navires.

A noter que ce YJ-18 version Mer-Mer équipe également le tout nouveau destroyer Type 055, mais son nombre dans les 112 silos du navire reste à déterminer.

YJ-18

Lancement d’un YJ-12A depuis un destroyer Type 052D

En plus de ces trois versions anti-navires, la famille YJ-18 s’agrandira bientôt pour voir l’arrivée d’un nouveau né – un missile de croisière naval – pour frapper les cibles au sol.

Si la marine chinoise se cantonne jusqu’à présent à rester « dans sa dimension », il viendra le jour où elle pourra projeter sa puissance de feu loin derrière les côtes, grâce à la dotation de ce nouveau vecteur, sans nécessairement déployer ses forces aéronavales embarquées qui sont encore en cours de construction.

Elle deviendra alors une armée interventionniste comme les autres puissances navales du monde.

Pour finir, il est possible qu’une version de défense côtière, portée sur véhicule mobile et qui remplacera les YJ-62 d’aujourd’hui, soit aussi en développement, mais cela reste à confirmer.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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