CASIC fait voler son nouveau drone furtif à aile volante

Le groupe CASIC, principal missilier en tout genre de l’industrie de la défense chinoise, s’est lui aussi lancé dans la course aux drones militaires et reste déterminé à concurrencer les acteurs déjà bien établis sur le marché tel que l’avionneur AVIC, ou encore l’autre grand groupe national d’aérospatiale CASC. Selon plusieurs publications officielles parues la semaine dernière, sa filiale Institut de Technologies d’aviation (中国航天科工飞航技术研究院), plus connue sous son ancien nom de « la 3e académie de CASIC », a fait voler récemment un nouveau drone « furtif et à longue endurance ».

Le premier communiqué publié le 9 Février par la maison mère CASIC a donné quelques indications intéressantes sur les trois vols réalisées ces derniers temps mais ne contient aucune image. On apprend alors que le vol inaugural du drone appelé « Tian Ying », 天鹰 en Chinois qui veut dire l’aigle du ciel littéralement, a eu lieu « au début de l’hiver », autrement dit vers le mois de Décembre dernier, suivi par le deuxième vol un mois après (Janvier 2018 ?) puis le troisième à dix jours d’intervalle.

Le texte donne peu de détails techniques sur ce drone, qualifié par son constructeur comme étant furtif et de longue endurance, mais on sait par exemple qu’il a décollé sous un vent de force 3 à l’échelle de Beaufort pour son premier vol, que son développement remonte à il y a quatre ans, et que 80% de technologies utilisées sont nouvelles dont certains sont inédites au « niveau mondial ».

C’est dans un autre article paru sur le compte Weixin de l’Institut Hai Ying (海鹰机电技术研究设计院), entité d’export de la 3e académie de CASIC, que les premières et uniques photos du drone en question sont apparues mais floutées.

On voit alors un drone à voilure fixe, d’une envergure estimée à environ 10 à 12 mètres et sans aucun empennage, entouré par les équipes de développement et de test. Il s’agit visiblement d’un drone à aile volante qui s’ajoute d’ailleurs à la liste déjà longue des drones de cette catégorie développés par d’autres institutions chinoises.

Etant donné la qualité des images et surtout qu’elles ont été dissimulées volontairement, le seul point que nous pouvons affirmer est que l’entrée d’air de ce Tian Ying serait de forme triangulaire et dorsale, comme pour la plupart des drones à aile volante furtif du monde, ce qui revient à dire que le drone utiliserait une motorisation à turbofan ou à turbojet.

Et vu la relative petite taille de l’engin, on penche plutôt vers un drone dédié au soutien en reconnaissance tactique et en surveillance du terrain pour les troupes, à l’image du RQ-170 de Lockheed Martin, mais avec une autonomie ne dépassante pas les 24 heures.

On ignore pour le moment qui sera le premier client du drone, mais le texte de CASIC mentionne qu’une partie de financement vient du groupe lui-même, ce qui sous-entend que le projet est au moins partiellement financé par un éventuel acquéreur, qui pourrait être l’un des corps de l’armée chinoise.

Et le camouflage de la station sol du drone, qui se rapproche d’un vieux camouflage des Marins chinois, pourrait designer les forces amphibies chinoises comme le possible intéressé. Mais il paraît assez peu prudent de baser la conclusion sur une ressemblance physique du camouflage donc cela reste à confirmer.

Mis à part le drone furtif, la 3e académie de CASIC a déjà indiqué en Mars 2017 qu’elle a démarré plusieurs projets de développement autour des drones solaires et de « nouveau concept » comme ceux de « Near Space ».

A noter que le constructeur chinois a de longue expérience dans la conception des missiles de croisière Air-Surface et anti-navires, et a déjà proposé sur le marché une large panoplie de drones cibles et de drones à grande vitesse. On peut citer par exemple son drone armé rapide WJ-600A/D qui est déjà exporté au Turkménistan.

Drone

Le drone armé rapide WJ-600A/D conçu par la 3e académie du groupe CASIC

Au niveau du drone à aile volante, on peut retrouver par exemple un document universitaire, publié par la même institution en 2015, sur le thème de la commande de vol relative à cette configuration aérodynamique particulière. Cette date est donc cohérente par rapport au planning du programme de Tian Ying, où le début du développement remonte à il y a quatre ans selon le communiqué de CASIC.

Après une longue liste des projets chinois de drones à aile volante, comme le Sharp Sword de l’Institut 601 Shenyang (AVIC), le Wing Loong X de l’Institut 611 Chengdu (AVIC), le CH-805 et le CH-X du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le projet de l’Université NWPU, le Star Shadow de l’Académie chinoise des Sciences puis maintenant le Tian Ying de CASIC, la question se pose pour savoir qui sera le prochain institut chinois à travailler sur ce segment de drones très étroit.

Et si c’est NORINCO, le groupe d’armements terrestres, qui n’a a priori rien à voir avec le « ciel » ??

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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