CASIC avance sur son avion spatial « Tengyun »

CASIC, l’un des deux groupes nationaux d’aérospatiale chinois, semble avoir avancé un grand pas dans le développement de son avion spatial baptisé « Teng Yun » (腾云). C’est en tout cas ce qu’il a été officiellement annoncé par le vice-président du groupe lors de la conférence internationale Global Space Exploration 2017 (GLEX 2017), qui se tient du 6 au 8 Juin à Pékin.

Selon LIU Shi Quan (刘石泉), l’engin de transport spatial réutilisable – à décollage et retour horizontal – a obtenu des progrès « significatifs » et le projet a déjà terminé la phase d’essais au sol pour plusieurs de ses technologies clés, dont le système de propulsion.

Avion spatial

La maquette de l’avion spatial Tengyun présenté à la conférence GLEX 2017 (Images : CCTV-13)

On peut aussi avoir une autre vue de cet avion spatial « Teng Yun » à partir de 00:30 de cette vidéo –

L’avion spatial « Teng Yun » fait partie de l’un des cinq projets stratégiques lancés par CASIC en 2016 dans le domaine de l’aérospatiale commerciale. Le géant chinois, qui comptent près de 150 000 salariés dans le pays, a décidé d’investir plus de 100 milliards de yuan (plus de 13 milliards d’euro) sur 10 ans dans ces 5 projets ainsi qu’une nouvelle famille de lanceurs à ergol solide.

Une nouvelle base de conception et de construction aérospatiale va être bâtie dans la ville de Wuhan dans le cadre de ces projets, qui comprennent aussi des drones solaires, des aérostats, des mini-satellites Wi-Fi et du réseau des objets connectés, ainsi que des lanceurs à réaction rapide et des fusées au lancement électromagnétique.

Quant au projet « Teng Yun », son objectif est de construire et faire voler d’ici 2030 un RLV (Reusable Launch Vehicule) composé de deux « étages » – Un engin orbiteur semblable à une mini navette spatiale, et un engin porteur lui-même récupérable.

Ce dernier, doté d’un système de propulsion combinée TBCC (Turbine Based Combined Cycle), qui consiste à mettre en couple un réacteur turbojet pour la phase de décollage horizontal et de première accélération, et un ramjet ou scramjet pour atteindre la vitesse et l’altitude nécessaire vers 30 à 40 km environ du sol, va libérer l’engin orbiteur qui lui va continuer sa course avec ses propres moteurs à fusée.

Une fois le « colis » livré, l’engin porteur va retourner au sol en se posant comme un avion normal. CASIC vise l’objectif d’une durée de vie de 100 cycles pour l’orbiteur et le porteur.

Avion spatial

Les coiffes des fusées Kuaizhou du groupe CASIC

Les éléments rendus publics aujourd’hui indiquent que le projet vient de terminer, en fin 2016, sa phase de démonstration technique qui permet de choisir l’architecture et la configuration finale du futur avion spatial.

Les essais dont parlait LIU devraient donc s’agir de cette nature, notamment au niveau du moteur TBCC, et non pas des produits élaborés.

Le projet est prévu ensuite d’effectuer une série de simulation au sol sur le moteur TBCC, avant de procéder aux essais en vol d’ici 2020.

CASIC compte ainsi terminer le développement des principaux composants vers 2025, et réaliser le premier vol expérimental en 2030.

Il est à noter que « Teng Yun » n’est pas le premier ni le seul avion spatial actuellement en développement en Chine, et il ne serait probablement pas celui qui a été choisi par l’Etat chinois comme l’engin de transport spatial de deuxième génération.

En effet, l’Institut CALT (China Academy of Launch Vehicle Technology), constructeur des fusées de la famille Longue Marche et filiale d’un autre grand groupe d’aérospatiale chinois CASC (sans I), a construit lui aussi une petite navette expérimentale appelé « Ao Tian 1« , qui, au sens strict du terme, peut être plutôt classé dans la catégorie du RLV et non pas un avion spatial (ni pour Teng Yun d’ailleurs car l’orbiteur ne peut pas décoller seul horizontalement).

Un autre projet de mini-navette, connu sous le nom de « Shenlong » (Dragon divin) et conçu cette fois-ci par l’Institut 611 Chengdu – filiale du groupe aéronautique chinois AVIC et concepteur des avions de chasse ainsi que des drones comme J-10, J-20 ou encore Wing Loong et EA-03 – a lui aussi procédé à plusieurs tests de largage ces dernières années. Le projet portait le nom code de 863-706 dans le cadre du Programme 863.

Nous avons d’ailleurs évoqué très brièvement ces deux projets dans notre dossier « Hypersonique : Nouvel essai du 28 Septembre » l’an dernier.

Si nos informations sont exactes, ce serait l’Institut 611 Chengdu, pourtant un acteur du secteur aéronautique, qui a finalement décroché le contrat financé par le gouvernement chinois pour le développement du futur avion spatial (ou du moins un RLV).

L’objectif est de permettre au pays de disposer un outil d’accès à l’espace réutilisable et à faible coût, capable d’être relancé en moins de 48h après le précédent retour sur Terre, et prêt au décollage avec au plus 8h de préparation.

Et le nouveau nom code de ce projet étatique, 921-706, est très révélateur, car le chiffre 921 correspond en réalité au Programme 921, c’est à dire le programme de vols habités chinois qui a été lancé en 1992.

On peut d’ailleurs faire remarquer qu’à l’époque, entre 1987 et 1992, avant que le Programme 921 n’a été officiellement démarré, six propositions techniques avaient été étudiées et comparées dans le cadre du projet 863-204.

Si l’une entre elles, proposée par l’Institut CAST du groupe CASC, est devenu le vaisseau habité chinois Shenzhou que l’on connait aujourd’hui, il existait en fait une autre candidate qui ressemble justement au projet « Teng Yun » de CASIC d’aujourd’hui, même si ce dernier ne serait probablement qu’un projet « privé ».

Avion spatial

Les différentes configurations de transport spatial étudiées dans le cadre du projet 863-204, entre 1987 et 1992.

A suivre.

Henri K.

 

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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