CALT teste son missile anti-navire supersonique CX-1 pour un client d’export

L’analyse de plusieurs articles institutionnels suggère que China Academy of Launch Vehicle Technology (CALT), le plus grand constructeur chinois en fusées spatiales et missiles balistiques, et filiale du groupe d’aérospatiale CASC, serait en train de tester intensivement leur missile anti-navire supersonique CX-1, et ce pour un client en dehors de la Chine.

Apparu pour la première fois en 2014 au Salon aéronautique de Zhuhai, le CX-1 est d’abord présenté seul comme un missile tactique supersonique, dédié à la frappe Sol-Sol ou Sol-Mer, avant d’être inclus deux ans après en offre intégrée dans un système appelé « General Army Tactical Strike System » (GATSS), composé de plusieurs systèmes de roquette guidée, du missile balistique à courte portée M20 et d’un système C4ISR complète avec des drones de reconnaissance optique.

Si les caractéristiques techniques du CX-1 est plus ou moins connues grâce aux nombreux supports diffusés par son constructeur, on connait en revanche très peu sur son développement. Mais au moins quatre articles, dont trois rédigés par CASC lui-même, semblent nous avoir donné quelques fragments « dans la coulisse » de ce missile chinois qui est comparable et souvent comparé aux missiles P-800 Oniks russe et son variant indien BrahMos, même si la référence CX-1 n’a jamais apparu dans aucun de ces articles et que nous avons dû procéder à une série de déductions logistiques pour le savoir.

CX-1

Le missile supersonique CX-1 derrière le missile balistique M20, tous deux conçus par CASC et dédiés à l’export.

Le premier article est paru fin Janvier 2015 dans le journal China Space News, une presse locale édité par le groupe CASC, dans lequel il parle d’un échec remontant au début 2014 sur le vol expérimental à pleine portée d’un « modèle innovant », qui « sort de la gamme de produits habituelle » proposée par CALT.

Bien que le texte n’ait fourni aucune référence, aucun lieu, aucune date précise, et pratiquement aucun nom en ce qui concerne l’équipe de développement, à part d’un ingénieur en chef qui se nomme YI (毅) – ce qui n’est du tout pas rare quand on est habitué à la lecture des publications institutionnelles chinoises – on apprend tout de même que le projet est « important » pour son client, et que l’échec a réduit le niveau de confiance que ce client avait sur le projet.

Si on ignorait à cette époque que la vraie nature de ce projet – à savoir s’il s’agit d’un missile autre que balistique ou un engin volant – on sait quant même qu’un deuxième tir d’essai devrait avoir lieu juste après que l’article soit publié, c’est à dire vers fin Janvier ou début Février 2015. Et il a fallu attendre plus de trois ans pour que l’on connaisse la suite de l’histoire.

En effet, les mots indiquant « un projet dans un domaine totalement étranger pour CALT » et le même nom d’ingénieur en chef YI sont apparus de nouveau dans un deuxième article publié le 29 Juin cette année.

Et cette fois-ci le texte nous a révélé plusieurs détails intéressants, comme le lieu approximatif et le type des essais. On a par exemple des phrases indicatives comme « à la recherche des lacs dans le désert de Gobi comme site d’impact », « un énorme geyser d’eau qui jaillit soudainement du lac » et « le camp de base de l’équipe se trouve près des roseaux », ou encore « après le succès du précédent vol, l’essai suivant est programmé dans trois jours, mais des difficultés inattendues ont obligés l’équipe à repousser la date »….etc.

On apprend aussi qu’au moins un drone a été déployé pour filmer l’essai au moment de l’impact, ce que « le client a beaucoup apprécié […] et a félicité l’équipe pour le succès des essais ».

L’article donne également, enfin, le nom de deux organisations qui participent au projet – le département d’armements tactiques de CALT qui dirige le développement, et la 9e Académie, filiale aussi du groupe CASC, qui se charge des équipements (de test ?) périphériques.

Muni de ces premiers éléments, on peut alors en déduire que :

  • L’engin, quel qu’il soit, est conçu pour frapper des cibles dans l’eau. Il est donc soit une arme anti-navire ou anti-sous-marine.
  • Le projet est plutôt dédié au marché extérieur, ou il s’agit d’un projet pré-étude auto-financé, le fait que l’industriel chinois doit chercher lui-même des sites d’essai, et non pas utiliser les sites appartenant à l’armée chinoise qui sont pourtant bien mieux équipés.

Entre temps, un automobiliste chinois, qui a effectué une traversée du bassin du Qaidam en Octobre 2017, aurait croisé la route de la même équipe d’essais de CALT.

Selon son journal de bord publié en ligne, l’homme a rencontré une équipe « scientifique » étrange lorsqu’il faisait un détour au lac Dasugan (大苏干湖), un lac salé ouvert au public comme site touristique mais en réalité peu fréquenté à cause de sa localisation reculée.

Le voyageur dit notamment avoir aperçu « des grandes antennes d’émission », « des hommes avec des ordinateurs portables dont l’écran affiche des chiffres, des codes et des lignes », « une grande plateforme flottante sur laquelle se trouve un énorme équipement inconnu » (voir l’image en bas), ainsi que « des stations tout autour du lac avec ce qu’il semble être des antennes de réception ». Il s’est également étonné que, même si personne dans cette équipe ne lui a adressé la moindre parole, cette dernière ne lui a pas non plus empêché le passage.

D’après les éléments que cet automobiliste chinois a indiqué, tout porte à croire qu’il s’agisse du site d’essais pour le nouveau projet de l’Institut CALT, et ils viennent confirmer aussi l’hypothèse que le projet n’est pas endossé par l’armée chinoise, ce qui traduit par le fait que les personnels de CALT n’ont ni l’autorité ni le pouvoir de refuser l’accès de quiconque à un site publique.

Jusqu’ici, deux projets en cours de développement chez la maison mère de CALT, CASC, semblent correspondre à l’ensemble de ces descriptions. Le premier s’agit du missile anti-navire supersonique CX-1, et le deuxième est le drone-torpille à effet de sol CH-T1.

Si l’on se base uniquement à l’entité responsable du développement de chacun de ces deux projets, seul CX-1 correspond à l’engin décrit par cette série d’articles, car le CH-T1 est une conception de l’Institut CAAA, autrement dit la 11e Académie du groupe CASC.

Mais un dernier article paru sur le compte Weixin de CALT il y a une semaine va venir confirmer définitivement que les trois précédentes publications parlaient bel et bien du missile CX-1.

Dans ce texte, qui consacre comme le courant actuel le veut la majorité de ses paragraphes sur le sens de sacrifice de chacun des membres de l’équipe responsable des essais, on peut retrouver non seulement des indications déjà vues auparavant, comme « les roseaux », « le lac », « le département des armements tactiques de CALT »…etc, on a également quelques éléments nouveaux comme « repêcher l’équipement à une profondeur de 7 à 8 mètres », « le premier essai réussi il y a trois ans (donc en 2015) après l’officialisation du projet », et « tester les deux formes d’utilisation du produit ».

L’interview du nouveau responsable de projet indique aussi qu’un nouvel essai a eu lieu cette année, probablement peu avant la publication de cet article, et que son succès a été considéré comme une étape majeure qui permettra à CALT de s’ouvrir vers « (le marché de) l’océan ».

Pour un essai d’armement naval, une profondeur de « 7 à 8 mètres » seulement paraît très insuffisante pour un quelconque d’essai de torpille, même larguée par un drone à effet de sol. Tout converge donc vers le missile à statoréacteur CX-1, qui existe bel et bien en deux versions, l’une anti-navire, l’autre pour la frappe des cibles au sol comme un missile de croisière.

Un autre élément qui vient appuyer cette conclusion que l’engin en essai est bien le CX-1 vient d’un passage où le texte indique que le fameux client avait demandé que le produit soit présenté dans la même exposition à côté de son « concurrent », et que l’un des personnels de CALT avait comme l’impression de se retrouver devant des « jumeaux », avec de « même couleur », et de « forme très similaire ».

Comme il n’existe pas d’équivalent aujourd’hui du drone-torpille à effet de sol sur le marché international, ce que le personnel chinois a vu devraient être le CX-1 et le P-800 Oniks, dont on pourrait les confondre au premier coup d’œil si l’on s’appuie uniquement sur l’apparence extérieure.

Or les deux missiles, à part d’une partie de leur apparence extérieure, ne fonctionnent pas du tout de la même manière. Quand le P-800 utilise une fusée à poudre intégrée entièrement dans la chambre de combustion de son statoréacteur pour la propulsion, le CX-1 lui est en réalité un missile à deux étages, disposant d’une fusée à poudre éjectable pour faire voler le missile jusqu’à une certaine vitesse avant que son statoréacteur ne s’allume.

D’après les spécifications de son constructeur, le CX-1 peux atteindre une vitesse de croisière jusqu’à Mach 3 en haute altitude, ou Mach 2,4 en basse altitude. Le missile chinois peut adopter soit le profil de vol Hi-Lo où le missile croisse entre 15 000 et 18 000 mètres d’altitude, ou le profil Lo-Lo au ras de sol / mer à une altitude entre 5 et 20 mètres, et choisit d’attaquer sa cible à la vertical ou à l’horizontal selon le cas d’utilisation.

Quant à la portée du missile, le CX-1 a une portée minimum de 40 km à cause de son mode de propulsion et peut atteindre sa cible « seulement » jusqu’à 280 km, le Régime MTCR oblige où la Chine est l’un des 35 Etats membres signataires, alors qu’un autre missile anti-navire chinois à statoréacteur, le YJ-12A, qui a été choisi par par la marine chinoise et conçu par un autre missilier chinois CASIC, dispose quant à lui d’une autonomie de près de 400 km en condition identique.

En ce qui concerne le « client » en question, il est évident que ce ne soit pas la marine chinoise. Les rumeurs parlaient de l’acquisition du CX-1 par les forces de défense côtière algérienne mais cela semble avoir été démenti. Les industriels chinois ont plutôt l’habitude de garder secret l’identité de leurs clients.

Quoiqu’il en soit, on peut être pratiquement certain que le développement du CX-1 soit financé au moins en partie par un client étranger, puisque les trois articles chinois de CALT n’ont jamais employé le mot « prospect » mais directement « client ».

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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