C919 : le premier avion moyen-courrier chinois prend son envol

10 ans après le lancement du programme en Février 2007, le premier avion de ligne moyen courrier chinois C919 a enfin pris son envol le vendredi 5 Mai à l’aéroport Pudong de Shanghai.

Cet avion commercial mono-couloir de catégorie 150 places est conçu par Commercial Aircraft Corporation of China (COMAC), une entreprise étatique chinoise fondée en Mai 2008 suite à la décision du gouvernement chinois de lancer le projet de C919.

Ce projet a pour l’objectif de créer un outil industriel permettant au pays de fédérer et de développer ses compétences dans le domaine aéronautique civil, tout comme la création du projet Airbus il y a 40 ans en Europe, et de limiter la dépendance aux appareils étrangers importés essentiellement d’Airbus de l’un, et de Boeing de l’autre.

Pour son vol inaugural, l’appareil immatriculé B-001A, ou MLN 10101 en code interne COMAC, est piloté par un équipage composé de deux pilotes d’essai, un observateur et deux ingénieurs d’essai.

Le commandant de bord CAI Jun (蔡俊) est un ancien pilote de la compagnie China Esterne Airlines avec 10 300 heures de vol au compteur. L’homme de 41 ans a été formé à l’école des pilotes d’essai aux Etats Unis et volait principalement sur les A320 d’Airbus et l’ARJ-21, un autre appareil de COMAC de 90 places. CAI a participé activement au développement de C919, notamment à l’évaluation de la maquette industrielle et des règles de contrôle de l’Iron Bird, ainsi que l’ergonomie du cockpit et l’écriture des différentes procédures pour pilote. Son co-pilote WU Xin (吴鑫), quant à lui, a un parcours très similaire, avec 11 500 heures de vol en son actif.

Durant le premier vol de C919, ils sont tous les deux assisté par QIAN Jin (钱进), un observateur très expérimenté avec 22 000 heures de vol et ancien pilote de Boeing 777, plus les deux ingénieurs d’essais.

L’avion a décollé à 14h01 heure locale d’une piste non encore inaugurée de l’aéroport de Shanghai, sous un ciel couvert de voile grisâtre, et ne s’est pas beaucoup éloigné de Shanghai. Accompagné par un autre avion – Embraer Legacy 600 – dans lequel se trouve d’autres techniciens et aussi certains journalistes privilégiés, le C919 a tourné au-dessus d’une zone côtière située à 130 km au Nord de Shanghai.

L’appareil a évolué à 10 000 pieds d’altitude (~ 3048 mètres), à une vitesse autour de 180 nœuds (333 km/h).

Le premier vol de C919 a pris fin à 15h19, soit 1h18 après le décollage. Sous le regard des dizaines de million de téléspectateurs qui ont assisté le premier vol en live, les 5 membres d’équipage sont descendus de l’avion et accueillis par des personnels de COMAC et des journalistes. Un moment où les Chinois ont attendu depuis 50 ans.

C919

La trajectoire du C919 lors de son vol inaugural.

10 ans de développement pour un appareil de 150 places peut paraître long pour Airbus et Boeing, les deux géants du marché. Mais pour COMAC, tout est à commencer de zéro, même si l’entreprise a déjà acquis une certaine expérience avec le programme ARJ-21, un plus petit avion dont les vols d’essai ont duré 7 ans.

Si nous regardons le parcours de ce premier C919, de sa naissance jusqu’à son premier vol, on remarquera que la principale difficulté pour les Chinois n’est peut-être pas dans l’ingénierie conceptuelle, mais dans la maturité des processus industriels et la gestion de son supply chain.

En effet, à peine deux ans et demi après le lancement du projet C919, la première maquette physique de la pointe avant a déjà été construite à Shanghai. Il fallait attendre Mai 2014 pour que la section avant soit sortie de la chaîne à Nanchang, suivi par les autres ensembles de la structure jusqu’à fin 2014, venant partout en Chine – la pointe avant de Chengdu, les portes de Harbin, les ailes de Xi’an, les sections avant et arrière de Hongdu, et les empennages de Shenyang. Et c’est sans parler certains systèmes embarqués qui viennent des sociétés occidentaux, comme les moteurs LEAP-1C de Snecma et de General Electric par exemple (Airbus A320 NEO utilise le réacteur LEAP-1A), à intégrer dans l’avion.

L’assemblage final a donc duré jusqu’à fin 2015, et le roll-out du premier C919 a eu lieu le 2 Novembre 2015, sachant que dans le plan cadre approuvé par le gouvernement chinois, il était prévu d’effectuer le premier vol de C919 à 90 mois après le lancement du programme.

Le programme chinois a donc accumulé 20% de retard par rapport au plan initial.

Le premier vol avait initialement prévu courant 2016, mais visiblement les tests au sol ont pris beaucoup plus de temps. L’appareil a finalement démarré ses essais de roulage en Décembre 2016, et a passé la revue technique du premier vol fin Mars 2017.

Le C919 a pour l’ambition de venir concurrencer sur le marché chinois, avant tout, l’Airbus A320 et le Boeing 737, tous deux bien installés depuis plus de 30 ans. Les mêmes besoins en terme de capacité et d’autonomie ainsi que la consommation font que les trois appareils ont des performances et des caractéristiques proches, ce que l’on peut voir ici :

C919

Comparaison de section de l’Airbus A320, le Boeing B737 et le Comac C919.

 Airbus A320Boeing B737-800Comac C919
Longueur37,57 m39,50 m38,90 m
Hauteur11,76 m12,50 m11,95 m
Envergure34,10 m35,70 m35,80 m
Distance franchissable6 100 km5 765 km5 555 km
Plafond12 000 m12 500 m12 131 m
Vitesse1 004 km/h885 km/h900 km/h
Capacité150 à 180 places162 à 189 places158 à 174 places

Considéré comme stratégique pour le pays et obtenu donc des soutiens politiques forts, le programme C919 a enregistré jusqu’à présent 570 commandes fermes et options auprès de 23 compagnies, essentiellement chinoises.

Mais la route est encore longue pour ce bijou de l’aéronautique chinois. L’avion doit d’abord terminer les essais en vol, qui seront effectués par 6 prototypes au total, afin d’obtenir le TC (Type Certification) des autorités chinoises CAAC, avant de pouvoir envisager la même certification auprès des autorités américaines FAA et européennes EASA.

Il faudrait probablement 15 à 20 ans de plus pour que COMAC puisse venir inquiéter Airbus et Boeing. Le programme C919 devrait donc être vu comme l’A300 à l’époque, qui avait lui aussi attiré des suspicions et des doutes il y a 30 ans, quand les Européens ont lancé le projet qui est devenu Airbus par la suite.

Pour finir, que signifie le nom C919 ?

En fait, C veut dire COMAC, le chiffre 9 se prononce aussi 久 en chinois qui veut dire « durable » ou « longévité », et 19 veut dire 190 places, la capacité du C919.

On comprend donc à quoi représente le projet C929 que les Chinois ont lancé officiellement avec les Russes en 2016 (voir notre dossier : « Airshow China 2016 : lancement du long courrier sino-russe C929« ).

Henri K.

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<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

Latest comments
  • la Chine a annoncé aussi que si l’occident n’accorde pas le certificat pour C-919, elle n’accordera pas le certificat pour les avions occidentaux,
    ceci vaut dire A320, B737 ne pourront plus vendre en Chine dans l’avenir.

  • « East Pendulum‏ @HenriKenhmann: Le réacteur chinois CJ-1000A dédié au programme C919 sortira de la chaîne d’assemblage final d’ici fin 2017. » C’est pas un peu trop rapide? Quelles sont les différences entre LEAP-1A (Airbus) et LEAP-1C (C919)? Merci par avance!

  • 10,15,20 ou 30 ans ne représentent pas grand chose pour un pays comme la Chine. Airbus et Boeing pourront peut-être conserver leur leadership…

  • Il faudra un minimum de 4 à 7 ans au moins avant d’avoir les fameuses certifications américaines ou européennes sinon, cet avion n’atterrira jamais sur le sol occidental…

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