AVIC développe un nouvel avion ravitailleur ?

Le groupe aéronautique chinois AVIC pourrait démarrer le développement d’un nouvel avion ravitailleur, si l’on croit à un article publié mi Décembre par l’Institut 603, filiale d’AVIC et concepteur des appareils militaires comme le bombardier H-6 ou encore l’avion de transport Y-20, sur ses collaborations avec une autre filiale équipementier électronique du même groupe, AVIC Chang Feng.

Le texte parle de la mutualisation des compétences entre les deux entités et de la création des équipes communes, pour adresser les projets de « première ligne » actuellement en développement.

Trois projets de ce type ont été expressément cités :

  1. L’interface Homme-Machine pour un certain avion AWACS
  2. Le système d’affichage tactile de la gestion de missions pour un certain avion ravitailleur
  3. Les pré-études sur les cockpits civils et militaires de prochaine génération

Ce deuxième point est particulièrement intéressant pour plusieurs raisons. Premièrement, on sait que la capacité chinoise de ravitaillement en vol, que ce soit de l’armée de l’air ou de la marine chinoise, est très limitée aujourd’hui.

Un avion ravitailleur H-6U

Le pays est doté à ce jour une vingtaine d’avion ravitailleur H-6U pour ses forces aériennes et aussi quelques uns de H-6DU pour la marine. Ces deux versions, développées à partir de la plateforme bombardier H-6 dans les années 90′, ont de plus en plus de mal à s’adapter aux besoins grandissements des deux corps d’armée, avec des appareils qui vont et qui doivent aller de plus en plus loin.

En effet, les réservoirs pour ravitailler les autres appareils de ces avions ravitailleurs chinois ne contiennent que de 18,5 tonnes de kérosène, et ce chiffre chute même à 10 tonnes si le rayon d’action du ravitailleur est de 2 200 km. Ces quantités sont à peine suffisant pour alimenter, en une sortie, entre deux et quatre avions de chasse de type J-10A seulement, ou jusqu’à six avions J-8D, par exemple.

Ce nombre de ravitaillement assez faible réduit significativement la souplesse de déploiement et surtout la capacité de projection des appareils chinois. Les H-6U et les H-6DU constituent donc une solution de première génération, mais ne sont plus adaptés aux besoins actuels de l’armée chinoise.

On peut voir comment les J-10A et J-10S se ravitaillent en vol avec un H-6U lors d’un entraînement interception-ravitaillement, dans une vidéo diffusée en 2014 par la télévision locale CCTV-13 :

Ensuite, le fait que ces avions ravitailleurs chinois ne sont pas compatibles avec les avions « Sukhöi-like », comme le Su-30MKK, le J-11D, le J-15 ou encore le J-16, pose aussi un souci.

Trois IL-78 Midas ont donc été acquis par les Chinois en Ukraine et au moins l’un d’eux a participé cette année à un exercice de l’armée de l’air chinoise dans l’Ouest du Pacifique, qui a impliqué une quarantaine d’appareils militaires chinois et a surtout provoqué quelques réactions musclées côté japonais et américain (voir notre dossier  » 40 avions chinois franchissent la 1ère chaîne d’îles « ).

Bien que sa capacité de ravitaillement a triplé par rapport aux H-6U et H-6DU – 60 tonnes de fuel contre 18,5 tonnes seulement – le très faible nombre en dotation, l’acquisition qui devient désormais difficile, et surtout la non compatibilité de l’IL-78 à ravitailler les avions de conception chinoise, font que l’IL-78 reste toujours une solution « Stop Gap » pour le moment et ne peut être l’avion ravitailleur du long terme pour l’armée chinoise.

Il y a donc un réel besoin de développer un nouvel avion ravitailleur.

ravitailleur

Un IL-78 en ravitaillement avec un Su-30MKK chinois

Enfin, contrairement à il y a une dizaine d’années, le groupe AVIC est désormais capable de concevoir et de construire des « grandes » plateformes pouvant servir comme avion ravitailleur, à commencer par le Y-20 qui est justement conçu par l’Institut 603.

Ce dernier a aussi participé au développement de C919, et est certainement impliqué aussi dans celui de C929, qui sont techniquement plus aptes à devenir une plateforme ravitailleur. Mais ces deux programmes ne verront pas le jour avant quelques années, et ne correspondent donc pas aux besoins à court et à moyen terme de la Chine.

Le projet évoqué dans l’article de l’Institut 603 pourrait donc s’agir d’une version ravitailleur basée sur le Y-20, dont le design est entièrement maîtrisé par AVIC.

Le Y-20 est un avion de transport militaire capable de projeter jusqu’à 66 tonnes de matériel sur une distance de 4 500 km, ou 40 tonnes sur 7 800 km. Si nous enlevons la masse nécessaire des équipements liés au ravitaillement en vol, la capacité de la version ravitailleur de Y-20 pourrait être au moins équivalente à celle d’IL-78 Midas, avec en sus un grand avantage que la production ne dépendra plus que les Chinois eux-même.

C’est peut-être pour ces trois raisons que quand un étrange Y-20 a été vu à Yanliang au début du mois de Décembre, certains observateurs en Chine ont immédiatement pensé qu’il s’agisse d’une nouvelle version ravitailleur de Y-20, une opinion que je ne partage pas forcément.

Bien entendu, avec le peu d’éléments évoqué dans l’article de l’Institut 603, il est encore (trop) tôt de dire avec certitude que le groupe AVIC a effectivement commencé à travailler sur un tel avion ravitailleur basé sur le Y-20. Mais on sait au moins que le besoin est bien réel, et au niveau technologique les briques de base existent déjà. La question n’est pas de savoir si un tel programme verra le jour, mais quand.

Une autre interprétation possible du texte est que l’Institut 603 et AVIC Chang Feng travailleraient sur une version améliorée des H-6U / H-6DU existants, qui consiste à optimiser le système de gestion de missions de ces derniers et donc faire du « fine tuning ».

Mais ces appareils sont vieux, les contraintes physiques sont bien présentes et ne peuvent être résolues uniquement au niveau du système de gestion de missions, une telle optimisation ne serait pas financièrement rentable et techniquement justifiée.

Henri K.

 

Nota bene : L’image figurée à l’entête de cet article n’est qu’une vue d’artiste amateur de ce qu’il pourrait être le Y-20 version ravitailleur. Elle n’est en aucun cas représensative du cas réel.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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