AVIC développe le Y-20 version ravitailleur

Si, il y a deux ans en 2016, nous n’avions eu que quelques indices sur le développement d’un Y-20 version ravitailleur par AVIC, les éléments récents rendus publics par le constructeur d’aéronautique chinois laissent désormais peu de doutes sur l’existence d’un tel programme.

En effet, dans un clip musical diffusé par le groupe chinois le 27 Avril est apparu un bref passage où l’on voit une maquette miniaturisée de Y-20, avec sur le côté des personnels qui travaillaient autour d’une sorte de simulateur pour ravitailleur à perche rigide.

On voit aussi un peu plus loin dans la vidéo que les techniciens chinois semblent être en train d’analyser des images, d’abord sur le ravitaillement Probe & Drogue (aussi dit « nounou ») avec un F/A-18D américain, puis de ce qui semble être la simulation d’un poste d’opérateur, qui pilote d’une part le ravitaillement à perche rigide (appelé également « Flying Boom ») avec un nouveau chasseur J-20, et d’autre part deux autres ravitaillements à panier avec les J-10S.

C’est donc la première fois que nous avons de matières concrètes pour confirmer le fait que l’AVIC est effectivement en train de développer un système de ravitaillement à perche rigide, pour pouvoir l’intégrer dans un avion ravitailleur, dérivé de son avion de transport Y-20, lui aussi en développement.

En somme, si l’ensemble de ces éléments appartient au même programme, il y a donc fort à parier que le Y-20 version ravitailleur, probablement appelé Y-20U, sera doté de trois points de ravitaillement dont un à perche rigide.

On ignore pour le moment le progrès exact réalisé par l’Institut 603 Xi’an, qui devrait être responsable de la gouvernance du programme puisque c’est dans ce bureau d’études du groupe AVIC que l’avion de transport Y-20 et les avions ravitailleurs actuels H-6U / H-6DU sont conçus.

Mais dans un brevet déposé par l’une de ses équipes en Octobre 2014, qui concerne un dispositif d’essais au sol pour simuler les mouvements de l’avion ravitaillé par une perche rigide, il est clairement écrit que « le développement du dispositif de ravitaillement par perche rigide est au stade d’essais du prototype fonctionnel » (当前我国硬式空中加油装置研制过程处于功能样机试验阶段), et qu’il n’y a aucun appui extérieur possible puisqu’il y a « une embargo des pays de l’Ouest sur les technologies associées » (受西方国家技术严重封锁,硬式空中加油相关试验技术无公开资料可询。).

Et dans un autre brevet déposé par une autre filiale shanghaïenne du groupe AVIC montre qu’un système de guidage par signalisation optique, dédié au contrôle de ravitaillement à perche rigide, est fini de développer courant 2015.

Tout ceci suggère que le programme du nouveau ravitailleur chinois, basé sur le design du Y-20, pourrait avoir atteint le stade du prototype industriel aujourd’hui. Si cela se justifie, il pourra très bien expliquer l’apparition en fin 2016 d’un étrange appareil de Y-20 à Yanliang, qui a été amené pour effectuer de nouveaux essais statiques.

La recherche sur la publication des documents R&D, autour du seul mot clé « ravitaillement en vol », semble venir réconforter aussi cette estimation de timing. On constate par exemple que le nombre de publications relatives au sujet est en constante augmentation depuis 1989, et atteint un pic en 2015 et 2016. Cela pourrait correspondre à une phase de pré-étude entre 2000 et 2010, un peu près à la même période que le programme Y-20 est lancé, puis une phase de développement officiel de 2011 jusqu’à maintenant.

A noter que le sujet de ravitaillement en vol entre drones, ou avec des drones, fait également partie des chiffres.

Une fois abouti, ce nouveau Y-20 ravitailleur devrait être capable d’emporter jusqu’à 60 tonnes de kérosène, suffisant pour ravitailleur douze J-10A/B/C dans un rayon de 2 200 km. Bien que ce ne soit pas une solution idéale pour un ravitailleur, la limite naturelle de la plateforme oblige, mais il constitue à court et moyen terme la meilleure solution « Stop Gap » pour l’armée chinoise, au même titre que l’IL-78 Midas importé de la Russie, mais avec l’avantage qu’il soit entièrement sino-chinois.

Avec seulement une vingtaine de vieux avions ravitailleurs H-6U / H-6DU ainsi que trois nouveaux IL-78, dont les systèmes de ravitaillement ne sont pas compatibles les uns aux autres (chinois vs russe), il est difficile pour les forces aériennes de l’armée de l’air et la marine chinoise d’intervenir loin de ses côtes, aussi bien au Pacifique Ouest et en mer de Chine méridionale, par exemple.

Il est donc nécessaire pour l’armée chinoise de développer un nouvel avion ravitailleur, avec une plateforme et des technologies entièrement maîtrisables et maîtrisées, sans devoir dépendre d’un quelconque fournisseur extérieur qui pourrait entraver la dotation rapide de ce multiplicateur de forces important.

Le développement du ravitaillement à perche se justifie aussi par un taux de transfert beaucoup plus conséquent, jusqu’à trois fois plus par rapport à un ravitaillement à panier (6 000L/min contre 2 000L/min), et aussi par un effort amoindri en entraînement pour les pilotes de chasseur « ravitaillés ».

Mais il est peu envisageable que la Chine abandonne entièrement le ravitaillement « nounou », d’une part parce que cette technique présente tout de même de nombreux avantages, comme de pouvoir disposer de plusieurs postes de ravitaillement par avion ravitailleur, et d’autre part parce que l’armée chinoise est doté d’un grand nombre de chasseurs conçus pour le ravitaillement à panier, comme les quelques centaines de J-10 par exemple.

Il est à noter que l’armée chinoise va bientôt recevoir son premier AWACS ravitaillable, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent avec ses dizaines de KJ-2000, KJ-200 et KJ-500, une autre preuve indirecte que la Chine est bien déterminée à pousser son périmètre de surveillance bien au-delà de ses frontières.

Une photo prise par un amateur chinois près de Hanzhong (漢中), où se trouve l’un des constructeurs d’avion de transport et d’avion spécifique, montre qu’un nouvel AWACS KJ-500, doté d’une perche de ravitaillement, était en train de mener un vol d’essai ce samedi 28 Avril.

Il s’agit non seulement du tout premier AWACS chinois à pouvoir être ravitaillé en vol, mais cela signifie également que les Y-9, un avion de transport moyen déjà entré en service au sein de l’armée de l’air et l’armée de terre chinoise, pourront en être capable également si le besoin se fait sentir, puisque le KJ-500 est développé sur la base de la plateforme Y-9.

Y-20

Un KJ-500 équipé d’une perche pour ravitaillement était en vol d’essai à Hanzhong le 28 Avril (Photo : 摸摸愛摩托)

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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