AT200 : 1er vol du plus grand drone cargo au monde

Après deux ans de développement, AT200, le plus grand drone cargo actuel du monde avec une « soute » de 10 m³ et une capacité d’emport de 1 500 kg, a réalisé son vol inaugural ce jeudi à l’aéroport de Pucheng Neifu (蒲城内府), dans la province de Shaanxi, situé à l’Ouest de la Chine.

Selon le communiqué de l’Institute of Engineering Thermophysics (IET), filiale de l’Académie chinoise des Sciences et responsable du pilotage de ce projet co-développé par plusieurs entités en Chine, l’AT200 a décollé vers midi dans un brouillard épais et a réalisé son premier vol qui a duré environ 26 minutes.

L’IET indique que le drone cargo est doté d’un ensemble de systèmes GNC avancés permettant sa pleine autonomie du décollage jusqu’à l’atterrissage, et plusieurs drones peuvent être également pilotés simultanément par le centre de contrôle. Cela réduira de manière drastique les coûts d’exploitation et la difficulté de pilotage.

Développé pour le compte de SF Express – deuxième plus gros acteur en service de livraison après la Poste de Chine et employant 400 000 salariés à travers le pays – l’AT200 est en réalité un avion « dronisé », transformé à partir de l’avion utilitaire PAC 750XL du PAC Cresco.

Le drone mesure 11,84 mètres de long, 4,04 mètres de haut et 12,80 mètres en envergure. Les 750 shp de son turbopropulseur PT6A-34AG de Pratt & Whitney permettent à l’engin d’atteindre la vitesse de croisière de 313 km/h et un plafond de 6 098 mètres. La distance franchissable du drone est estimé à 2 183 km, soit une autonomie conséquente de 8 heures en vol.

A noter que le choix de dronisation de ce modèle en particulier est porté par sa performance exceptionnelle en décollage et en atterrissage – à pleine charge, le PAC 750XL peut décoller et atterrir sur une piste de seulement 200 mètres de long, et ce même sur une piste non préparée et localisée à haute altitude.

Le texte de l’IET évoque également les missions de transport militaire, notamment pour « le soutien logistique des îles en mer de Chine méridionale » et pour les pays côtiers se trouvant tout au long de la chaîne « One Belt One Road », sachant que l’armée de l’air chinoise venait de signer avec cinq sociétés logistiques chinoises, dont le SF Express, un accord de collaboration stratégique.

L’équipe du projet prévoit aussi de développer la capacité de pouvoir parachuter les cargos avec une précision de CEP 5 mètres, qui permettra au drone de livrer sur des îlots qui ne pourront pas avoir une piste.

La multiplication des projets de drone cargo en Chine, que nous avons brièvement parlé dans le dossier « Drone cargo : les projets se multiplient en Chine » le mois dernier, est tirée essentiellement de l’évolution du marché logistique intérieur du pays

Depuis 2008, le secteur logistique en Chine a connu une croissance exponentielle de plus de 40% par an. En 2016, le volume de frets transportés est valorisé à plus de 229,7 trillions de yuan, soit plus de 29 684 milliards d’euro, dépassant ainsi celui du marché américain.

Pour pouvoir répondre aux besoins de ce nouveau premier marché du monde, les gros acteurs chinois commencent peu à peu à doter de leur propre flotte d’avion cargo. SF Express par exemple dispose à lui seul une flotte de 38 avions cargo, et la Poste de Chine prévoit d’augmenter son parc à 200 avions cargos dédiés d’ici 2020.

Mais avec un déséquilibre du marché Est-Ouest, un début de ralentissement de la croissance sur les zones développées en Chine et la concurrence de plus en plus rude, couplé avec un coût plus élevé de transport par voie aérienne classique et le manque de pilotes ainsi que les infrastructures moins développées à l’Ouest du pays, la dronisation du service de livraison devient alors l’une des solutions privilégiées pour continuer à soutenir la croissance et assurer la marge des transporteurs.

Selon certaines analyses, le besoin en drone cargo de capacité dépassante une tonne est estimé à plus de 3 000 appareils dans les 20 ans à venir. Mis à part les challenges technologiques associés qui touchent aux nombreux domaines de recherche tels que l’intelligence artificielle et le Big Data, cela obligera aussi les autorités chinoises à devoir établir des réglementations aériennes adéquates pour la cohabitation, en toute sécurité, des aéronefs pilotés et non pilotés.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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