Mystère : ASROC, MdCN, missile antiaérien, ou HQ-26 ?

D’après un reportage télévisé de CCTV-7 en date du 27 Octobre 2016, un centre d’essais en mer de la marine chinoise a mené un exercice de sauvetage en baie de Bohai, au Nord de la Chine. Le scénario simule la panne d’allumage durant un tir d’essais simultané de deux missiles, et avait donc pour l’objectif de vérifier l’efficacité des équipes de sauvetage lors de ce genre d’incidents.

L’exercice en soi n’a rien de particulier, mais un passage de la vidéo a révélé un missile inconnu jusqu’à présent, lancé depuis l’un des navires chinois dédiés aux essais des armements navals.

HQ-26

Le mystérieux missile lancé depuis un navire banc d’essais de classe Type 909 (Source : CCTV-7)

Ce missile semble être composé de quatre parties – un gros premier étage peint en noir (inhabituel dans les essais chinois), un deuxième étage de forme tronc conique, puis un troisième étage et la tête qui ont, pareil-t-il, de même diamètre.

Son lancement, selon les images, s’est à priori effectué « à froid » – le missile est d’abord éjecté de son silo par un générateur de gaz, avant que le premier étage ne s’allume.

Quant à sa dimension, si on se base sur le mât principal du navire porteur, de classe Type 909, on estime que la longueur du missile est comprise entre 8,4 et 9 mètres, pour un diamètre entre 420 et 710 mm.

HQ-26

Calcul de la longueur du missile en utilisant la hauteur du mât principal de Type 909

Le tir d’essai étant avoir lieu fin Octobre 2016 à partir d’un système de lancement vertical, il est fort probable que ce dernier soit celui également installé sur les deux dernières classes de destroyer chinois – le Type 052D et le Type 055. Ce VLS dit universel est justement compatible au lancement chaud (à l’aide des silos CCL , Concentric Canister Launcher) et froid.

Et selon la norme militaire chinoise GJB-5860-2006 qui exprime les caractéristiques à respecter par le système, ce VLS chinois dispose de trois modules de lancement de longueur différente : 9 mètres, 7 mètres et 3,3 mètres.

HQ-26

Un tube de VLS en cours d’installation dans son silo sur un destroyer Type 052D

Une fois toutes les données étalées, la question qui se pose maintenant est – quel est ce missile naval chinois ?

Etant donné sa dimension relativement imposante, nous avons le choix entre plusieurs possibilités – un missile anti-sous-marin (ASROC), un missile de croisière naval, un missile antiaérien de longue portée, ou un missile antimissile balistique naval.

Sachant que la marine chinoise n’a pas prévu d’équiper ses derniers destroyers avec des missiles ASROC – les missions dédiées à la lutte anti-sous-marine sont affectées aux frégates spécialisées – on pourrait donc d’ores et déjà écarter cette première possibilité.

Pour les nouveaux destroyers de classe Type 055, actuellement en construction à Shanghai et à Dalian, les informations que nous avons aujourd’hui indiquent qu’ils seront bel et bien équipés de missile de croisière pour la frappe des cibles au sol. Ce missile de croisière naval vient de la famille YJ-18, elle-même déjà déclinée en plusieurs version différentes comme Soum-Mer, Mer-Mer et Sol-Mer, à l’image des missiles russes 3M54.

On parle d’ailleurs d’un certain lien de parenté entre ces deux familles de missile navales.

Et parmi la gamme de missiles russes, il existe justement deux variantes qui ont une longueur proche de 9 mètres. Il s’agit de la version anti-navire 3M54T au lancement vertical, et de la version 3M14T, toujours au lancement vertical, dédié à la frappe Mer-Sol. La Russie a notamment tiré 26 missiles 3M14T en Octobre 2015 contre 11 cibles en Syrie, à partir des corvettes situées en mer Caspienne.

Il est donc possible que ce missile chinois soit la variante Mer-Sol de YJ-18. Mais si les YJ-18 et les 3M54 sont technologiquement liés, il ne devrait donc pas avoir une si grande différence en terme de forme extérieure – le 3M14T a le même diamètre partout.

HQ-9B

Le système SAM chinois HQ-9B d’une portée > 200 km

Quant à la possibilité que ce soit un missile antiaérien longue portée, la probabilité semble être quasi-nulle. Et pour cause, le missile choisi pour la bulle de protection antiaérienne des derniers destroyers chinois est le H/HQ-9B. Son jumeau « terrestre », le HQ-9B, a été exposé au Salon aéronautique de Zhuhai en Novembre 2016. Selon les officiers de l’armée de l’air chinoise qui y étaient présents, la portée de ce missile est « supérieure à 200 km ».

Et bien que le HQ-9B est de lancement froid également, mais sa longueur est nettement inférieure à 9 mètres. Compte tenu de sa portée actuelle et celle des armes en cours de développement chez ses « ennemis », la marine chinoise ne semble pas avoir besoin de développer un autre système antiaérien naval pour aller encore plus loin, du moins pas dans l’immédiate.

On en vient alors à la 4ème et dernière possibilité, le missile antimissile balistique naval HQ-26. Ce missile, dont le nom est connu depuis l’an 2000 grâce à un document cadre publié par le groupe aérospatial chinois CASC, est en développement depuis une dizaine d’années chez SAST, filiale du CASC.

Le HQ-26 est, à ce jour, le seul projet antimissile balistique naval chinois connu.

Selon ce document, le HQ-26 est un système antimissile balistique dit « haut endo-atmosphérique », tout comme le HQ-19 mais ce dernier se base au sol. La manœuvrabilité en fin de course du missile est assurée par un moteur d’ergol solide à double impulsion.

Mais depuis la publication de ce document en l’an 2000, son nom n’est mentionné ouvertement qu’une et une seule fois, sur le site internet du centre de surveillance environnementale de la province de Shaan’xi. Ce dernier a participé à un projet de support logistique en Mars 2014 pour le développement de moteur d’ergol solide de HQ-19 et de HQ-26. Le rapport a d’ailleurs été supprimé du site peu de temps après.

Nous ne savons donc pas quelle est sa taille, quelle est la performance visée, et quel est l’état de son développement. Nous avons effectivement une rumeur du couloir qui indique que le 1er et le 2ème étage du HQ-26 auraient un diamètre de 700 mm, et un 3ème étage de 400 mm. Mais tout ceci n’a malheureusement pas pu être vérifié jusqu’à présent.

Ceci étant, des publications institutionnelles qui peuvent être associées au projet de HQ-26, selon certains analystes, ont tout de même fait surface de temps à autres. On sait par exemple qu’un appel d’offre a été lancé pour le moteur à double impulsion du 3ème étage d’un « certain missile », et la 4ème académie du groupe CASC semble l’avoir remporté en Mars 2013, contre la 6ème académie d’un autre grand groupe aérospatial chinois CASIC. Et on sait que la conception détaillée de ce moteur a commencé depuis cette date.

Il est à noter que le 3ème étage du missile RIM-161 Standard Missile 3 (ou simplement SM-3), le fameux Mk 136 TSRM, est également un moteur à double impulsion.

SM-3

Le moteur à double impulsion du 3ème étage de missile SM-3 (Photo : Orbital ATK)

Et en Juin 2014, le SAST, entité responsable de la conception génération et de l’intégration du HQ-26, a publié un article pour parler d’une équipe chez eux qui a travaillé depuis 10 ans sur un « certain » projet, de concept « totalement nouveau ». Le nom de certains chercheurs dans cette équipe est associé à plusieurs documents R&D liés au système antimissile naval.

En regroupant ces derniers éléments, on pense que le HQ-26 est effectivement en développement, mais il semble être peu probable qu’il soit déjà en essais de validation menés par la marine chinoise, après à peine deux ans et demi que le développement du moteur de 3ème étage ait commencé.

Une fois de plus, toutes les possibilités sont plausibles et aucune n’est réellement sortie plus convaincante. Mais c’est ce qui rend les jeux de puzzle autour des armements chinois passionnants.

Alors à votre avis, quel est ce mystérieux missile naval chinois ? Votez pour le choix qui vous semble être le plus probable, ou laissez nous un commentaire si votre idée ne figure pas parmi la liste.

Quel est ce missile chinois ?

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A suivre.

Henri K.

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<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

Latest comments
      • Interesting. So you think that this is the Chinese counterpart to the GBI, i.e. Dong Neng series and SC-19?

        Additional information seems to suggests that it is closer to a SAM or a SAM-ABM hybrid rather than pure ABM.
        1. Speed is « 10 times that of a bullet ». Using a typical 9mm pistol bullet as a reference, this new missile would have a top speed of Mach 7-10.
        2. The missile has lateral thrust jets and « aerodynamic surfaces », just like the PAC-3MSE and HQ-29.
        3. Other credible posters are calling it a « successor to HQ-9 ».

        Thanks for your input!

          • Thanks for your thoughts.

            So, in summary, you think that this new interceptor is yet another HQ-XX system, not the HQ-26 (photographed above) or any other ABM system.

  • Great write-up, Henri! 🙂

    I’m just wondering, why don’t the 052D and 055 have ASROC missiles? Wouldn’t that add another layer of flexibility (along with 054A frigates)?

    As for the dual-pulse engine, I think it’s possible for the HQ-26 to adopt an interim engine before a new rocket motor is ready. Just like how the J-20 uses Al-31 temporarily before switching to WS-15. There is also the possibility that the CASC rocket motor could’ve been for a different project (like DN-series).

      • Thanks for the reply.

        I also don’t think that the 052D can carry this new missile. The 052D should have the 7-meter VLS cell, not the 9-meter one.

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