Airshow China 2018 : Cockpit, soutes, démonstration… le J-20 se dévoile davantage

Comme en 2016, le chasseur J-20 de l’armée de l’air chinoise est de nouveau présent cette année à Zhuhai-Jinwan à l’occasion de la 12e édition d’Airshow China 2018. Mais comparé à il y a deux ans, l’avion surnommé Wei Long (威龙) par son concepteur l’Institut 611 Chengdu d’AVIC s’est dévoilé davantage, que ce soit en nombre de présentation au public ou en contenu de démonstration.

A commencer par le nombre d’appareil – Au Salon de Zhuhai 2016, alors que l’entrée en service de l’avion au sein de la Force aérienne de l’armée populaire de libération n’était pas encore annoncée, deux J-20 ont fait une brève apparition d’une minute lors de l’inauguration de l’événement en survolant les pistes de l’aéroport de Zhuhai-Jinwan. Cette année, le J-20 a plus que doublé sa présence au même salon et un total de quatre appareils est venu pour livrer des démonstrations en vol quatre jours durant, le 6, le 9, le 10 et le 11 Novembre.

Si le J-20 n’est toujours pas exposé au sol pour que les visiteurs puissent l’observer de près, comme le F-22 et le F-35 l’ont fait à certains meetings aériens, il n’en reste pas moins que la PLAAF s’est montré bien plus ouverte, et aussi plus confiante, à révéler et parler de sa nouvelle fer de lance dédiée la domination aérienne.

Par exemple, des interviews et conférences de presse ont été organisés la semaine dernière à Zhuhai pour que les médias aient l’opportunité d’échanger de vive voix avec les pilotes de J-10B, J-20 et Y-20. LI Gang, qui s’est chargé du premier vol inaugural de J-20, a ainsi livré quelques éléments inédits.

« C’est transcendant (梦幻)… », LI a utilisé ce seul mot pour résumer et répondre à la question des journalistes sur ses expériences de vol sur le J-20, un mot qui laisse place à plein d’imagination.

Quant au cockpit de l’avion qui n’a jamais été montré au public, le pilote d’essai chinois indique que le cockpit du J-20 est non seulement grand et simple mais surtout très convivial.

« Tous ceux qui ont vu le cockpit du J-20 sont tous étonnés de sa simplicité et de sa convivialité. N’importe quel interrupteur ou bouton, en un coup d’œil ou au toucher on comprend sa fonction, le jour comme la nuit. », précise LI, « L’ingénieur en chef YANG Wei nous avait donné des plans de cockpit vides ainsi que des autocollants représentants les interrupteurs et les boutons. Et il nous a demandé de les coller à l’endroit qu’il nous paraît le plus raisonnable sur les plans. »

Les plans remontés par chaque pilote d’élite sont ensuite confrontés et comparés aux autres, et au moins cinq tours de revue et sélection ont eu lieu durant le développement de l’avion. Du plan sur papier à la maquette en bois, puis à la maquette métallique, les ingénieurs et les pilotes participant au programme ont travaillé sur le moindre détail pour arriver sur un cockpit mono-écran intégré qu’ils qualifient comme dans une « science-fiction ».

J-20

Un cockpit de concept présenté par le groupe AVIC au Salon de Zhuhai cette année (Photo : East Pendulum)

A part le cockpit du J-20, la manœuvrabilité de l’avion reste aussi une interrogation qui revient régulièrement sur les réflexions. Si certains analystes affirment que l’avion joue plutôt un rôle de chasseur-bombardier grâce à sa taille imposante ¹, ou un intercepteur longue portée à l’image du MiG-31 en son temps, ce que disent les concepteurs et les pilotes chinois laissent penser le J-20 n’aurait jamais placer son « agilité » au second plan.

« L’agilité du J-20 est au moins égal à celle du J-10 », souligne le pilote d’essai LI Gang, « Les ingénieurs ont choisi pour une configuration aérodynamique complexe pour concilier la faible observabilité, l’agilité et la contrôlabilité de l’avion ».

D’autres pilotes, interviewés à la télévision, indiquent également que l’avion est capable de pointer aisément son nez à la direction voulue et accélère facilement. Hérité de cette manœuvrabilité des avions de combat de la génération précédente tout en bénéficiant d’une capacité d’intégration de données accrues et d’une bien plus faible surface équivalente radar, le J-20 s’est procuré, toujours selon les pilotes de l’armée de l’air chinoise,  d’un « avantage écrasant » face aux avions de l’ancienne génération tant au combat longue portée qu’au combat rapproché.

Bien que le J-20 n’est pas le premier avion à adopter le concept de mains sur manche et manette, ou HOTAS en anglais, on notera que l’avion est le premier chasseur chinois à disposer d’une manche à droite.

Comme élément intégrant de la faible observabilité de l’avion, les soutes internes du J-20 n’ont pourtant pas de secret pour les observateurs qui suivaient ce programme depuis 2011. En effet, nombreuses sont des photos qui circulent aujourd’hui sur les appareils, notamment les démonstrateurs et les prototypes, ayant ouvert leurs soutes latérales ou ventrales en vol comme au vol.

Mais en dehors des photos « volées », prises par les spotteurs passionnés à Chengdu pour la plupart, jamais jusqu’à hier les J-20 ont été vus dans un événement publique avec des soutes ouvertes. Et c’est chose faite désormais.

Pour la dernière journée du Salon aéronautique de Zhuhai 2018, non seulement les quatre J-20 venus spécialement dans la région se sont tous présentés en faisant une démonstration de vol, mais deux entre eux ont même ouvert en vol toutes leurs soutes devant des dizaines de millier de visiteurs.

Et les soutes ne sont pas vides – Chaque J-20 est doté de quatre missiles Air-Air longue portée PL-15 dans les deux soutes ventrales, et deux missiles courte portée PL-10 dans les soutes latérales.

On a eu alors l’occasion de voir le mécanisme unique conçu par les ingénieurs de l’Institut 611 pour tenir les missiles PL-10 en dehors des soutes, sans que la porte de celles-ci est obligé de rester ouverte, ce qui est plus approprié dans le cas de combat aérien rapproché.

La disposition des soutes ventrales du J-20 suggère qu’elles seraient capable d’héberger en fait jusqu’à six missiles, si ces derniers ont des ailettes pliables. Le PL-15 étant un missile BVRAAM de longue portée, si l’on croit à Herbert J. « Hawk » Carlisle, général quatre étoiles à la retraite de l’armée de l’air des États-Unis, il est à priori plus long et plus gros que les PL-12 et variantes qui ont une portée moindre.

Des sources officieuses parlent du développement d’une version miniaturisée de PL-15 pour que le J-20 puisse en emporter plus que quatre dans ses soutes, mais cela reste à confirmer.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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  • « Qu’est ce qui permet de croire que le J-20 bénéficie de réacteurs avec TVC? » is the question. Isn’t it?

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