Airshow China 2016 : 3 drones armés en avant-première

Le salon aéronautique de Zhuhai ouvrira ses portes demain et les installations à l’intérieur du site de l’aéroport de Zhuhai Jinwan touchent à sa fin. Quelques journalistes et photographes ont été autorisés à entrer sur site, et leurs photos prises sur les différents stands nous permettent déjà d’avoir une vue, en avant-première, sur quelques drones en particulier qui vont très certainement faire couler beaucoup d’encres sur eux dans les jours à venir.

Mais on n’a pas besoin d’attendre jusque là – voici une première analyse rapide de 3 nouveaux drones MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) armés chinois, qui sont assez représentatifs à mon sens pour démontrer la montée en puissance substantielle des industriels chinois en la matière.

Pour ceux qui vont à Zhuhai cette année, ces 3 drones – le Cloud Shadow ①, le Wing Loong II ②, et le CH-5 ④ – sont exposés au sol à l’extérieur des 8 halls d’Airshow China 2016 –

Une vue aérienne du site de l'Airshow China 2016 (Source : 罗韬1515)

Une vue aérienne du site de l’Airshow China 2016 en pleine installation, avec la localisation des 3 drones armés (Source : 罗韬1515)

 

le Cloud Shadow : MALE semi-furtif pour l’armée de terre chinoise

Le « Cloud Shadow », ou 云影 en chinois, est certainement l’une des nouveautés surprises de cette édition de Zhuhai. Il est développé par le bureau d’études du CAC (Chengdu Aircraft Corporation, Usine 132), à partir du prototype autrefois appelé Tian Chi (天翅) qui a fait son apparition en 2010.

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Le Cloud Shadow mesure 9,05 mètres de long, il adopte une configuration aérodynamique assez classique – un gros radôme supérieur pour héberger la suite avionique et l’antenne SatCom, une voilure de 17,8 mètres d’envergure pour fournir suffisamment de portance, et un empennage en V pour réduire la masse et la traînée, et libérer de la place pour son moteur placé au centre de la cellule. On ne connait pas encore la masse exacte au décollage du drone mais selon les personnels de CAC, le Cloud Shadow est fabriqué avec 60% de composite.

D’après les premières photos, sa voilure est séparée en 3 pièces, la partie centrale plus les deux bouts à l’extrémité. Ceci est probablement dû à la limitation sur la structure et les matériaux utilisés.

Au niveau de ses senseurs, on peut voir la présence d’une fenêtre conforme sur la partie supérieure de la pointe avant, et d’une grosse boule optronique sur le ventre. La localisation de la fenêtre conforme suggère qu’il pourrait s’agir d’une sorte d’IRST.

On remarque également certaines mesures pour réduire la SER de ce drone, comme par exemple la fenêtre IRST (??) et les trappes de train en forme dentelée, la section inclinée de toute la cellule…etc.

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La propulsion du drone est assurée par un turbojet WP-11C, qui lui permet de voler à une vitesse de 620 km/h, bien plus élevé que les drones de la même catégorie qui sont habituellement propulsés par du turboprops, et d’atteindre un plafond de croisière de 14 000 mètres.

On apprend aussi qu’il existerait une jumelle de Cloud Shadow, le Wind Shadow, qui est équipé de 2 turbjet. Ce dernier sera à priori présent aussi à Zhuhai sous forme de maquette.

Côté armement, le Cloud Shadow est présenté avec 6 pylônes au total. Un grand nombre de munitions venant de différents constructeurs chinois sont exposés à côté du drone, on peut noter par exemple le missile anti-navire YJ-9E de CASIC d’une portée de 18 kilomètres, la bombe guidée laser TG-100 de NORINCO avec une précision de 5 mètres, ou encore le missile anti-char Blue Arrow 21, à priori dérivé du missile AKD-10 utilisé par l’armée de terre chinoise.

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Selon l’une des nos sources en Chine, l’armée de terre chinoise aurait choisi soit le Cloud Shadow ou le Wind Shadow pour ses missions de reconnaissance longue portée et de frappe Air-Sol, alors que jusqu’à présent elle se contente des drones de « théâtre » pour la reconnaissance, l’identification et le guidage d’artillerie dans un rayon de 200 kilomètres.

La dotation des drones comme le Cloud Shadow ou le Wind Shadow témoigne donc une volonté de ce corps d’armée de multiplier ses vecteurs de frappe et d’étendre la portée de ses projections de feu précises.

Au niveau du pilotage, le groupe AVIC a présenté un nouveau poste de pilotage tout intégré. Cela change des armoires verticaux en 4 écrans qu’on a l’habitude voir. Il pourrait signifier que le rôle d’opérateur de tir et du pilote sont fusionnés, mais cela reste à vérifier.

D’après les premières descriptions exposées à l’intérieur du salon, le Cloud Shadow existe en trois versions – les frappes de précision, la reconnaissance optique et la reconnaissance électronique (ELINT). On devrait en savoir plus très prochainement.

 

le Wing Loong II : prochaine adoption de l’armée de l’air chinoise

Le développement de cette version agrandie et améliorée du drone MALE Wing Loong est annoncé depuis deux ans et est donc très attendue, à la fois par les passionnés et les clients déjà utilisateurs de Wing Loong. Le Wing Loong II est pratiquement 4 fois plus lourd que son prédécesseur et peut porter jusqu’à 600 kg d’armements externes.

Le Wing Loong et le Wing Loong II (en arrière plan)

Le Wing Loong, et le Wing Loong II en arrière plan (Source : 烽火议军情)

Contrairement au Wing Loong, la motorisation de Wing Loong II est à priori chinoise. Elle utilise le moteur turboprop WJ-9A, dérivé du WJ-9 qui est utilisé sur l’avion de transport léger Y-12IV. Ce turboprop développe une puissance de 600 chevaux, ce qui permet au Wing Loong II d’aller deux fois plus haut, jusqu’à 9 000 mètres d’altitude, et de voler à une vitesse plus élevée.

Les dernières détails techniques fuités sur le Wing Loong II semblent avoir été modifiés par rapport à la précédente brochure officielle, on attend donc l’ouverture du salon pour en savoir plus.

En attendant, l’Arabie Saoudite, déjà client du Wing Loong depuis 2014, aurait manifesté un fort intérêt pour acquérir ce nouveau modèle conçu par l’Institut 611 à Chengdu (voir notre dossier « l’Arabie saoudite achète le drone armé Wing Loong II ?« . Nos sources indiquent que le drone va aussi rejoindre l’armée de l’air chinoise sous peu.

 

le CH-5 : futur conquéreur du marché d’export ?

Parmi les 3 nouveaux drones MALE armés chinois qui sont venus à l’Airshow China 2016, le CH-5 du groupe aérospatial chinois CASC est probablement celui qui attire le plus de regard.

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Une ligne très épurée et futuriste, une capacité d’emport assez étonnante, et surtout un effort marketing très soutenu, on a appris ces derniers jours bien plus sur le CH-5 que les deux autres MALEs du groupe AVIC.

Le premier point qui lui démarque des autres drones est son emploi de fioul comme carburant pour alimenter son moteur à piston de 300 chevaux. Mais malgré une puissance divisée par deux par rapport au Wing Loong II, le CH-5 est capable d’emporter 200 kg de charges à l’intérieur et 1 tonne de charges externes. Les ingénieurs ont choisi de sacrifier volontairement la vitesse et le plafond pour préserver la capacité d’emport et l’autonomie, et ce malgré une motorisation moins puissante.

Avec une envergure de 21 mètres, le drone conçu par CAAA, filiale de CASC et spécialiste des drones, peut voler jusqu’à 40 heures d’affilées, avec une autonomie de 6 500 kilomètres. Selon son ingénieur en chef SHI Wen (石文), le drone peut encore rester 20 heures en vol après avoir parcouru une distance de 3 000 kilomètres, tout en portant une certaine quantité d’armements. Ceci offre une capacité intéressante pour les clients sur le choix de scénarii de surveillance et de frappe possibles.

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On peut voir sur le CH-5 qui est exposé au sol qu’il emporte 3 pylônes sous chaque aile, avec deux types de missiles différents – le plus gros est le missile Air-Sol AR-1 de 45 kg déjà largement utilisé en Irak, et le plus petit est un nouveau modèle de missile qui pèse 16 kg. D’après SHI, le drone peut partir en mission avec un maximum de 16 missiles.

Même si le prix unitaire de CH-5 n’est pas encore communiqué, mais SHI Wen nous a révélé que le coût de production d’un CH-5 n’est que de 25% du drone américain MQ-9.

Il dévoile d’ailleurs l’une des astuces pour réduire ce coût – contrairement à la voilure de RQ-9 qui a été conçu pour durer autant de temps que la vie de la cellule, mais qui donc augmente considérablement le coût de la conception et de la production, celle de CH-5 ne dure que 33% de la vie totale du drone, mais son coût est également divisé par trois. Le CBW a été adapté et renforcé pour permettre un changement plus fréquent de la voilure. Ce choix permet de réduire le coût de production et le risque de devoir changer totalement la voilure « all-life » après des utilisations intenses, mais ne change pas le coût du cycle d’utilisations pour le client.

L’ingénieur en chef de CH-5 qualifie ceci comme un avantage de l’exploitation économe des drones de la famille Caihong, dont le CH-5 en fait partie, qui sont très appréciés par les clients répartis à une vingtaine de pays dans le monde.

A noter que le prototype de CH-5 qui a effectué son vol inaugural l’année dernière ne ressemble pas du tout au modèle qui est présenté ici. Il est donc possible que le CH-5 qu’on voit à Zhuhai soit encore une maquette physique.

Prototype de CH-5

Prototype de CH-5

Le reportage CCTV sur le vol inaugural du prototype de CH-5 qui s’est déroulé en mode tout automatique –

Voilà donc un aperçu rapide des trois drones MALE armés chinois, on détaillera chacun entre eux une fois le salon de Zhuhai sera ouvert, et que les données officielles seront communiquées. Mais nul doute que l’Airshow China 2016 va nous réserver encore d’autres surprises…

L’affaire à suivre.

Henri K.

 

Courtesy : 罗韬1515, 烽火议军情, 环球网

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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