Activité « océanographique » américaine sur la côte chinoise

L’idée de cet article m’est venue hier soir en lisant un texte sur les activités d’écoute acoustique menées par les Américains, et maquillées sous le nom d’activité « océanographique », sur la côte Est de la Chine.

Le navire mentionné dans le texte est l’USNS Bowditch de la classe Pathfinder, il appartient au Military Sealift Command (MSC) de l’US Navy. Cet article va nous permettre de voir rapidement où il est récemment et que fait il là-bas.

Navire océanographique USNS Bowditch de l'US Navy (Source : Military Sealift Command)

Navire océanographique USNS Bowditch (T-AGS 62) de l’US Navy (Source : Military Sealift Command)

N’étant pas familier avec cette catégorie de navires « océanographiques », je me suis renseigné d’abord sur la page officielle du MSC, puis sur celle de Wikipédia.

Et la phrase « They have entirely civilian crews, including scientists from NAVOCEANO » dans Wikipédia me fait soudainement penser à une expression argotique française, qui relie très ingénieusement l’arrière-train d’une lignée directe de Homo sapiens et l’une des espèces de volaille qui pond des œufs, sur lesquels on est obligé de tamponner le chiffre de 0, 1, 2 ou 3…

Et à priori il existe une version plus courte en breton de cette expression : « mad ket’ch y-â poulenn ».

(Mes plus plates excuses pour les lecteurs non francophones pour cette histoire des œufs, je répondrai si besoin à votre question en commentaire… Pour les non-bretons, désolé je n’y peux rien pour vous. :))

Toute plaisanterie mise à part, l’USNS Bowditch est un navire de surveillance océanographique et le 3ème de la classe Pathfinder. D’après le site du MSC, le bâtiment mesure environ 100m de long et déplace à 5 000t. Son équipage compte 24 civils et 27 militaires, donc administrativement ils sont tous « entirely civilian » après le service.

Le navire opère habituellement en mer de Chine méridionale vers le sud, et il est chargé d’utiliser ses « systèmes de sonar hydrographiques de précision pour recueillir des mesures de profondeur d’eau et d’autres données connexes« , toujours selon le site du MSC.

La recherche des informations sur cet USNS Bowditch m’a amené à suivre ses dernières traces en mer. Après quelques tentatives non concluantes sur les sites habituels comme myshiptracking, marinetraffic ou encore vesselfinder, qui aurait dû nous permettre de suivre l’historique de navigation des bateaux répertoriés dont le navire américain, je me suis tourné finalement vers un autre site similaire en chinois.

Le site chinois, malgré le peu de fonctionnalité proposée, m’a aidé tout de même à reconstituer la trajectoire de l’USNS Bowditch des 7 derniers jours. Visiblement le navire océanographique américain est en train de zigzaguer à 140 miles nautiques (~260km) à l’Est de la plus importante base navale de la flotte de l’Est chinoise, située près de la ville de Shanghai.

Les données montrent également qu’il est venu droit sur le lieu depuis la mer du Japon où il s’y trouvait encore au 28 Août dernier. Son arrivée sur zone est donc ciblée.

Alors pourquoi un navire océanographique américain campe depuis une semaine devant une base navale chinoise de la flotte de l’Est ?

L’une des raisons possibles est que la base de Zhoushan héberge également une flottille des sous-marins à diesel (SSK) – la 22ème flottille de sous-marins de la marine chinoise.

Elle se trouve sur l’une des îles de l’archipel Zhoushan, et la flottille est composée de plusieurs SSK chinois de dernière génération – les Type 039A et les Type 039B.

Sans savoir ce que l’USNS Bowditch est équipé précisément aujourd’hui, je suppose que le navire est venu simplement récolter les signatures acoustiques des sous-marins chinois, après que le départ de ces derniers soit anticipé. La présence du navire américain signifierait donc qu’un nouveau modèle de SSK chinois a peut-être pris la mer ces derniers jours.

Géographiquement, la base de Zhoushan s’expose directement au plateau continental chinois en mer de Chine orientale, et elle dispose d’un accès rapide à la première chaîne d’îles, le terrain est donc idéal pour les opérations de SSK que ce soit ceux des Chinois ou des Japonais.

L’endroit est alors naturellement et historiquement intense en activités de renseignement.

A noter que d’après les données AIS du début Juillet, l’USNS Bowditch a rôdé et zigzagué de la même manière au sud du port de Sanya, en mer de Chine méridionale, où se trouve une base chinoise des sous-marins nucléaires.

Trois sous-marins nucléaire d’attaque de Type 09III et deux sous-marins nucléaires lanceur d’engins de Type 09IV sont basés à Sanya, et effectuent leurs patrouilles dans l’océan indien pour l’un et en Pacifique de l’Ouest pour l’autre.

Pour ceux qui sont curieux, je vous invite à faire le même exercice pour retrouver la trace des quatre autres navires de la classe Pathfinder, le résultat est très intéressant et révélateur.

Et comme dit un nouveau dicton chinois : « le plus gros adorateur des États Unis n’est personne d’autre que… la Chine », la marine chinoise se renforce au niveau de sa maîtrise océanographique en lançant, il y a quatre ans et en une fois, la construction de sept nouveaux navires de surveillance océanographique de Type 636A. Il s’agit d’une classe de navire qui mesure 129m de long et 5 883t de déplacement.

Le premier Type 636A, 872 Zhu Kezhen, a été mis à flot très tôt en Mai 2003, mais il a fallu attendre 5 ans pour voir arriver sa première jumelle, et plus de 10 ans pour le restant de la classe qui arrivent en masse.

En effet, le deuxième bâtiment de série 875 Qian Sanqiang a été admis au service actif fin Mai 2008. Six autres navires de la même classe sont soit en train de finaliser les essais en mer, ou en construction au chantier naval Wuhu Xinlian.

Un nouveau navire de surveillance océanographique Type 636A

Un nouveau navire de surveillance océanographique Type 636A

On associe souvent la montée en puissance de la marine chinoise avec le nombre de nouveaux bâtiments de première ligne construits et admis par an, mais c’est oublié qu’un nombre encore plus important de flottes en soutien logistique de tout genre est en train d’émerger en douceur, comme les navires de transport et de ravitaillement, les chasseurs de mine, les nouveaux navires hydrographiques et océanographiques, sans parler les moyens mis en place dans le ciel et dans l’espace, comme détaillé dans le nouveau dossier « les satellites chinois et la surveillance maritime » de Clément publié hier.

A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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