Le drone militaire CH-5 prend son envol

Le duel entre les deux plus grands constructeurs de drone militaire en Chine continue à faire rage – après le premier vol en Février du drone MALE Wing Loong II conçu par l’avionneur AVIC, c’est au tour du CH-5 du groupe d’aérospatiale chinois CASC qui a réalisé son vol inaugural cette semaine à un aérodrome au nord de la Chine.

Le drone de 3,3 tonnes a été remorqué sur place vers 14h00 de l’après-midi, ce vendredi 14 Juillet, protégé par une bâche de camouflage militaire et une autre étanche en couleur bleu.

Après environ deux heures de préparation, notamment pour vérifier les différents systèmes embarqués et au sol, et aussi faire le plein de fioul dont le moteur à pistons du CH-5 a besoin, l’appareil a pris son envol et s’est posé après une vingtaine de minute de vol, le tout entièrement automatisé.

Le programme CH-5 a en réalité déjà effectué un premier vol il y a deux ans, en Août 2015, mais il s’agissait d’un prototype qui a été totalement revu par la suite.

C’est le même modèle présenté l’an dernier au Salon Zhuhai Airshow 2016 qui a décollé cette semaine dans un aérodrome dont le nom n’a pas été révélé.

Par rapport à son prototype, le CH-5 n’est plus du tout le même avion. S’il a préservé l’empennage en V et le même moteur à pistons à l’arrière, l’aérodynamique a été entièrement modifié. La pointe avant est en « dièdre négatif » désormais, les ailes médianes ont remplacés les ailes basses et la quille stabilisatrice verticale a été enlevé.

Sans parler du fuselage qui a été entièrement repensé pour prendre en compte, d’une certaine manière, la furtivité radar passive.

Quant aux performances du CH-5, les communications faites par son concepteur CAAA, filiale du groupe CASC, sont assez confuses. En effet, si son ingénieur en chef SHI Wen a parlé de plus de 10 000 km et 60 heures de vol en autonomie aux journalistes de l’Agence Xinhua, après le premier vol de ce nouveau CH-5, les chiffres données au Zhuhai Airshow 2016 ne sont que de 6 500 km et 40 heures de vol, lorsque le drone était encore présenté sous forme de maquette à l’échelle réelle.

En comparaison, le Wing Loong II d’une MTOW de 4 200 kg ne peut se maintenir en vol que de 20 heures en étant armé, pour une taille sensiblement comparable. Il est donc difficilement pensable que pour une MTOW 25% plus faible on affiche une autonomie trois fois supérieure, et avec deux fois plus d’emports externes.

L’explication la plus probable est que les chiffres communiqués cette semaine ne sont que des caractéristiques visées, alors que le drone actuel présente des performances plus modestes.

CaractéristiquesWing Loong IICH-5 PrototypeCH-5
Longueur11,00 mentre 11 à 12 m
Envergure20,50 m20,00 m21,50 m
Hauteur4,10 m
MTOW4 200 kg3 000 kg3 300 kg (?)
Charges internes200 kg200 kg200 kg
Charges externes maximales480 kg1 000 kg
Points d'emport6
(12 munitions maximum)
6
(16 munitions maximum)
PropulsionTurboprop WJ-9AMoteur à pistons
(Fioul)
Moteur à pistons
(Fioul)
Puissance de Propulsion600 hp300 hp300 hp
Vitesse maximale370 km/h220 km/h
Vitesse minimale150 km/h160 km/h
Plafond9 000 m7 600 m
Endurance (FH)20 FH en mission armée36 FH40 à 60 FH max.
30 FH avec 8 missiles AR-1
Endurance (km)6 500 à 10 000 km
Distance de décollage1 000 m
Distance d'atterrissage1 200 m
Rayon par liaison LOS200 km250 km250 km
Rayon par liaison satellite2 000 km2 000 km2 000 km
Coût de Production1/4 de MQ-9 Reaper
Prix Unitaire4,87 M€ à 8,00 M€

On remarque d’ailleurs que même si le Wing Loong II et le CH-5 sont en concurrence sur le marché externe, notamment dans le vaste marché en Moyen Orient où les deux familles de drones Wing Loong et Cai Hong (CH-x) ont déjà conquis un grand nombre de pays, comme l’Arabie Saoudite, l’Emirats arabes unis, l’Irak, l’Egypte, la Jordanie…etc, la philosophie de conception derrière ces deux produits reste très différente.

Quand l’Institut 611 Chengdu privilégie à la fois la survivabilité de son Wing Loong II avec un plafond opérationnel et une vitesse de croisière plus élevé, et la variété des missions avec une très large panoplie de munitions, la CAAA vise, pour sa part, un maintien en condition opérationnelle facile et peu coûteux, donc le coût du cycle de vie globalement beaucoup plus bas, pour les futurs clients de CH-5.

Par exemple, SHI Wen a révélé que le coût de production d’un CH-5 n’est que de 25% du drone américain MQ-9, et l’une des astuces pour arriver à ceci paraît intéressant – contrairement à la voilure de RQ-9 qui a été conçu pour durer aussi longtemps de la cellule, mais qui donc augmente considérablement le coût de la conception et de la production, celle de CH-5 ne dure que 33% de la vie totale du drone, mais son coût est également divisé par trois. Le CBW a été adapté et renforcé pour permettre un changement plus fréquent de la voilure. Ce choix permet de réduire le coût de production et le risque de devoir changer totalement la voilure « all-life » après des utilisations intenses, mais ne change pas le coût du cycle d’utilisations pour le client.

Niveau armement, le CH-5 dispose de six points d’emport capable de charger deux différents types de missiles aujourd’hui – le missile Air-Sol AR-1 de 45 kg et d’une portée de 10 km déjà largement utilisé en Irak, et un plus petit, l’AR-2, qui est un nouveau modèle de missile pesant moitié moins – qui permettent d’adresser les différents types de cible avec plus de flexibilité et d’efficacité.

La CAAA prévoit aussi de proposer son nouveau drone MALE pour les missions civiles comme la surveillance maritime et les sondages géologiques. Pour cela, plusieurs charges utiles internes ont été conçues, allant de la boule optronique au radar SAR embarqué, en passant par le caméra hyper-spectral par exemple.

Pour finir, même si les autorités n’ont pas voulu révéler l’endroit exact où le CH-5 a effectué son vol inaugural, mais en nous basant sur l’une des photos montrant l’écran de contrôle du drone, qui renvoie l’image d’une piste d’atterrissage, on pense qu’il s’agit de l’aérodrome de Pingquan, un aéroport de réserve permanente de niveau 2 de l’armée chinoise doté d’une piste de 2 400 mètres. L’installation se situe à environ 223 km nord-est de la ville de Pékin, où se trouve le site de la CAAA.

Henri K.

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<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

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