le 8ème essai Boost-Glide, un ICBM avec MiRV, ou bien… ?

Le 18 Mai 1980, c’est à dire il y a 37 ans jour pour jour, la Chine a procédé à son premier et unique essai balistique intercontinental à pleine portée avec ce qu’ils appelaient à l’époque « la fusée de transport », en réalité le missile balistique DF-5, qui a frappé une zone d’un rayon de 70 miles nautiques dans le Sud de l’océan Pacifique.

37 ans après, et comme pour vouloir commémorer cette date importante, les forces des fusées chinoises semblent avoir mené ce jour-ci un tir d’essai d’envergure dans la partie Ouest de la Chine.

En plus de 9 segments aériens fermés à tout survol d’aéronefs dans une large zone mesurant 1 270 km de long et 330 km de large, une zone de retombée grande de 422 308 km² dans la province de Xinjiang a également été notifiée et interdite d’accès.

Ce chiffre de 422 308 km² paraît peu parlant, mais c’est comme si 77% de superficie de la France métropolitaine est totalement fermée dans un essai d’armement et transformées en zone de chute. Aucun essai chinois durant ces dernières années n’a réservé une si large zone de sécurité, si notre suivi est correct.

A titre de comparaison, la zone de retombée finale de l’essai du nouveau DF-5C avec MiRV cette année en Janvier ne mesurait que 125 336 km², soit plus de 3 fois plus petite que celle de cet essai. Le dernier tir d’essai du missile M51, dans le cadre de l’Opération Bellérophon qui a eu lieu le 1er Juillet 2015, n’a qu’une zone de retombée terminale dans un rayon de 92 miles nautiques, soit 90 938 km².

Selon les 4 messages aux navigants aériens (NOTAM) concernés, cet essai aurait eu lieu entre 01h20 et 02h30 UTC, soit de 07h20 à 08h30 heure de Pékin. La forme et l’orientation des zones interdites d’accès semblent suggérer que le lancement de l’engin, quel qu’il soit, provienne de l’Est de la Chine, probablement depuis le centre de lancement spatial Taiyuan (TSLC), utilisé fréquemment dans les essais balistiques chinois.

A1119/17
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/
A) ZLHW B) 1705180110 C) 1705180230
E) THE FLW SEGMENTS OF ATS RTE CLSD:
1.W188: LIKMI – GOVSA.
2.W66: NUKTI – EJINAQI VOR ‘JNQ’-GOBIN.
3.B215: JIAYUGUAN VOR ‘CHW’ – NUKTI.
4.W187: TUSLI- DUNHUANG VOR’DNH’ – NUKTI.
5.G470: BIKNO- DUNHUANG VOR’DNH’- AKTOB.
6.W191: DUNHUANG VOR’DNH’- MOVBI.
7.W192: TUSLI-RUSDI.

A1118/17
Q) ZLHW/QARLC/IV/NBO/E/000/999/
A) ZLHW B) 1705180110 C) 1705180330
E) THE FLW SEGMENTS OF ATS RTE CLSD:
1. B330: YABRAI VOR ‘YBL’-MORIT.
2. W66: DENGKOU VOR ‘DKO’-GOBIN.

A1125/17
Q) ZWUQ/QRTCA/IV/BO/W/000/999/
A) ZWUQ B) 1705180120 C) 1705180230
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N421010E0953153-N423458E0851212-N420109E0845143-N393631E0780251-N375138E0802409-N381132E0825744-N395343E0921913 BACK TO START.
VERTICAL LIMITS:GND-UNL.
F) GND G) UNL

Essai

En jaune, la zone et les segments aériens interdis de tout survol. En orange, les zones fermées partiellement sous 6 000 mètres d’altitude (Image : East Pendulum)

Alors quel type d’armes nécessite une si grande zone de retombée ?

Nous pouvons partir d’une première hypothèse que plus les sujets de l’essai sont risqués et donc les gens doivent prendre des mesures de précaution, plus la zone de sécurité doit être grande pour éviter des dégâts collatéraux.

La question que nous pouvons poser ensuite est, quels risques peut-on avoir pour justifier l’établissement d’une zone de sécurité 3 fois plus grande que celle pour un essai de MiRV, avec une arme à priori balistique qui doit parcourir environ 1 500 à 2 000 km avant d’arriver à celle-ci ?

Notre première pensée va donc pour un engin hautement manœuvrable, dont la manœuvrabilité longitudinale et latérale dépasse les quelques dizaines voir une centaine de kilomètre des têtes MiRV.

Les missiles hypersoniques de type Ramjet / Scramjet peuvent être d’ores et déjà écartés de la considération, étant donné la très longue distance (> 2 000 km) de l’essai.

Le drone haut supersonique / hypersonique que nous avons déjà parlé plusieurs fois ici sur East Pendulum pourrait correspondre mais la durée du vol, 80 minutes tout au plus, est bien inférieure aux précédents vols.

Reste donc un vecteur hypersonique que les Chinois ont déjà testé 7 fois, à priori tous réussis, durant les 3 dernières années – l’engin Boost-Glide (planeur hypersonique).

Ce type d’engin est justement caractérisé par sa très grande manœuvrabilité latérale en phase d’approche terminale. Le HTV-2 des Etats Unis avait comme objectif 16 677 km de distance rectiligne franchissable et 5 560 km de déviation latérale, cette dernière correspond à 1/3 de la distance de vol.

Et si nous regardons à nouveau les zones de cet essai chinois, nous pourrions distinguer deux directions de vol – l’une (en blanc) qui va du centre TSLC au site Korla, et l’autre (en rouge) qui traverse en diagonal le désert du Taklamakan.

La distance de la déviation représente aussi, approximativement, à 1/3 de la portée totale.

Essai

Les deux directions de vol dans l’essai du 18 Mai 2017 (Image : East Pendulum)

Pour être certain que la direction de tir de cet essai chinois reste cohérente par rapport aux derniers essais Boost-Glide, nous avons choisi de superposer les zones interdites de survol du 5ème essai Boost-Glide chinois, qui a eu lieu le 20 Août 2015, avec celles d’hier.

Le choix est porté sur ce 5ème essai car d’après les sources de la Pentagone, l’engin chinois, appelé le DF-ZF (anciennement connu sous le nom de Wu-14 créé par les Américains), a effectué des « manœuvres évasives » (evasive actions).

Les zones colorées en bleu clair dans le schéma en bas montrent la trajectoire de ce 5ème DF-ZF et la dernière zone de retombée, située près de Korla, illustre bien les manœuvres latérales de l’engin.

Et le résultat de cette superposition montre que les vols du 20 Août 2015 et du 18 Mai 2017 pourraient être de la même nature. On peut donc supposer que l’essai du 18 Mai 2017 correspondrait à un engin Boost-Glide, lui aussi capable d’effectuer de déviation latérale mais de manière bien plus importante.

Bien entendu, d’autres hypothèses sont possibles et l’engin Boost-Glide n’est qu’une possibilité, peut-être plus crédible, parmi tant d’autres.

Quoiqu’il en soit, on peut surtout remarquer que les médias institutionnels de l’armée chinoise, comme le Journal « PLA Daily » par exemple, ont publié beaucoup d’articles sur les forces des fusées le jour du 18 Mai. Connaissant l’habitude de communication de l’armée chinoise, si l’essai a bien eu lieu, il ne peut qu’être un succès.

A noter que certains de ces articles publiés hier nous ont même révélé des informations intéressantes, comme sur le « nouveau » MRBM DF-16 et DF-16A par exemple, mais nous aurons l’occasion d’y revenir dans un futur proche.

Henri K.

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<p>Et si la vision du monde est « biphasée » ? C’est ce que Henri a toujours cru, c’est également comme cela qu’il voit la Chine.</p> <p>Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l’Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.</p>

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