6 bombardiers chinois pénètrent dans la mer du Japon

Le lundi 9 Janvier peu après 13h heure locale, nombreux sont les internautes japonais qui ont posté sur leur comptes Twitter, sur le décollage massif d’une trentaine d’avions de combat F-15J et F-4EJ, et même d’un AWACS E-767, depuis six bases aériennes – Naha, Nyutabaru, Tsuiki, Hamamatsu, Komatsu et Ibaraki – implantées aux quatre coins du Japon.

Et sans aucune nouvelle institutionnelle dans l’après-midi, les rumeurs vont bon train. Certains affirment qu’un avion militaire russe a fait défection et s’est posé à l’aéroport international du Kansai, au centre du Japon, mais qu’il s’agit en réalité le vol normal d’un Boeing 737-300. D’autres citant des « sources sud coréennes » parlent du lancement de missile intercontinental nord coréen, qui se révèle la reprise d’une vieille information datant de 2016. Ou encore ceux qui pensent que le porte-avions chinois Liaoning a envahi les eaux territoriales japonaises, alors que le navire se trouvait à plus de 2 500 km du Japon à ce moment précis…

Ce n’est que dans la soirée qu’on trouve enfin l’explication. Selon le communiqué officiel de l’État-major japonais, une escadre de 8 avions militaires de la marine chinoise, composée d’un avion de patrouilleur maritime Y-8J, d’un avion de renseignement électronique GX-8, et surtout, de 6 bombardiers H-6G, a pénétré en mer du Japon, en traversant le détroit de Tsushima qui sépare la Corée du Sud du Japon.

Le rapport indique que des « avions de combat ont décollé d’urgence pour intercepter » et donne clairement le parcours de l’escadre chinoise, qui semble avoir pris soin de voler en dehors de l’espace aérien japonais. Le ministère japonais de la Défense confirme également que les appareils chinois n’ont pas violé l’espace aérien du Japon.

Le rapport n’explique pourtant pas pourquoi une trentaine d’avions des forces armées japonaises a été envoyé sur place pour intercepter une « petite » escadre de 8 avions chinois, alors que ce n’est pas la première fois que la marine chinoise entre dans les eaux internationales du mer du Japon. Mais on a peut-être trouvé l’explication grâce à un autre pays voisin de la région – la Corée du Sud.

Le parcours des avions chinois vu par la Corée du Sud (Source : Korea Joongang Daily)

En effet, selon les informations révélées par l’agence de presse semi-public sud coréenne Yonhap (연합뉴스), ce n’est pas 8 mais une dizaine d’avions chinois qui a été envoyée.

L’armée de l’air sud coréenne a elle-même dépêché une dizaine de chasseur sur place, incluant les F-15K et les KF-16, pour escorter l’escadre chinois. Car les appareils chinois ont traversé, inévitablement vu le passage par le détroit de Tsushima, la zone d’identification et de défense aérienne de la Corée (KADIZ).

La source proche du gouvernement sud coréen indique que les appareils militaires chinois sont entrés plusieurs fois dans la KADIZ, près du rocher de Socotra (appelé Ieodo en coréen), le jour du 9 Janvier entre 10h du matin et 15h de l’après midi.

Un officier de l’armée sud coréenne précise qu’il est rare de voir autant de bombardiers chinois passer par la KADIZ, et que le processus est en cours pour analyser l’intention exacte de cette expédition chinoise.

JANG Kwang Il, ancien vice-ministre du ministère sud coréen de la Défense, pense qu’il ne s’agit pas d’un simple exercice militaire ou d’une activité de reconnaissance, et parle d’un message d’avertissement que la Chine envoie à la Corée du Sud et au Japon pour montrer son désaccord sur le déploiement du système anti-balistique THAAD et sur les conflits de souveraineté en mer de Chine orientale.

Mais avant d’avancer des hypothèses sur la réelle intention de la marine chinoise, qui peuvent être aussi variées que crédibles que les rumeurs observées le jour du 9 Janvier, et si on s’en tient au fait technique, que peut-on voir dans un premier temps ?

On constate d’abord que cette configuration d’escadre n’est pas nouvelle. Par exemple, un Y-8J et deux bombardiers H-6G sont déjà entrés en mer du Japon le 18 Août 2016. Les pylônes des H-6G qu’on peut voir sur la photo prise par l’armée japonaise le 9 Janvier indiquent que ces bombardiers ne sont pas dédiés aux missions d’attaque Air-Sol, mais anti-navires.

Ces pylônes sont en réalité ceux du missile anti-navire supersonique chinois YJ-12, la présence de Y-8J est donc nécessaire pour fournir des solutions de tir mi-course aux missiles.

Deuxièmement, la présence de cette escadre en mer du Japon à ce jour précis n’est pas un hasard – une autre flottille de la marine chinoise se trouvait en effet en mer du Japon en même temps, et le ministère chinois de la Défense confirme que les avions et les bâtiments de surface chinois y ont mené un exercice conjoint.

Selon un autre rapport du ministère japonais de la Défense, deux frégates Type 054A et un pétrolier-ravitailleur Type 903A de la marine chinois ont traversé le détroit de Tsugaru et sont entrés en mer du Japon le 5 Janvier dans la matinée, après une tournée de visite diplomatique aux États Unis.

Cette même flottille a traversé à son tour le détroit de Tsushima le 10 Janvier, le lendemain de l’entrée en mer du Japon des 6 bombardiers chinois.

Si nous mettons maintenant les trajectoires de l’escadre (en blanc) et de la flottille chinoise (en jaune) ensemble sur une carte, en basant sur les éléments communiqués dans les rapports institutionnels, il n’est pas difficile de voir où les deux unités chinoises ont mené leur exercice conjoint en mer du Japon.

Les six bases aériennes japonaises impliquées dans l’interception du 9 Janvier, et les trajectoires de l’escadre et de la flottille chinoise. (Source : Google Earth, East Pendulum)

Quant à l’objectif de cette sortie de la marine chinoise en mer du Japon, qui a provoqué de très vives réactions de ses deux voisins, plusieurs hypothèses s’offrent effectivement à nous.

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Quelle est le but de la marine chinoise en envoyant 6 bombardiers en mer du Japon le 9 Janvier 2017 ?

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A suivre.

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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  • Le fait qu’un GX-8 soit présent sur zone peut être révélateur d’une tentative Chinoise de remettre à jour les données SIGINT concernant le dispositif de défense aérienne Japonais, vu le déploiement de force lancé par les Japonais, on est en droit de se demander si le réseau de défense aérienne n’aurait pas augmenté son activité pour la peine.

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