24 heures du capitaine d’une frégate Type 054A

Il est 6 heures 15 du matin, le réveil sonne. Le capitaine de vaisseau DONG Qian (董谦) se lève tôt tous les matins, une habitude qu’il a pris depuis une dizaine d’années dans la marine chinoise, et sa nomination en tant que capitaine de la frégate 531 Xiangtan, de classe Type 054A, n’a rien changé à cela.

« Tout l’équipage sur le quai pour l’exercice du matin. All crew assemble on wharf for morning exercise », on entend résonner l’annonce en chinois et en anglais de l’officier chef de quart dans tout le navire. DONG, déjà habillé, va rejoindre ses hommes sur le quai de la base navale de Zhoushan.

Après avoir vérifié toutes les aussières une à une grâce auxquelles son bâtiment de 4 000 tonnes est amarré au ponton, le capitaine part corriger les manœuvres à pied de ses matelots.

« Mes hommes ne sont pas uniquement des militaires qui ne savent que manipuler des armes, ni seulement des techniciens avec leurs outils », dit le jeune capitaine qui va sur ses 40 ans, et réputé pour la discipline stricte qu’il impose à son équipage, « A l’extérieur, nous représentons aussi l’image de notre pays ».

Admise au service actif en fin Février 2016, 531 Xiangtan est la 22ème frégate Type 054A de la marine chinoise. Le bâtiment a été envoyé, un mois et demi seulement après son entrée en service, au golfe d’Aden en mission d’escorte anti-piraterie, où l’équipage est resté durant près de 7 mois à la mer.

Après l’entraînement matinal, c’est l’heure du petit déjeuner. DONG aime bien manager avec les matelots, c’est le moment qu’il estime pouvoir comprendre au mieux ce que ressent ses hommes.

Mais ce matin là, il n’a pas pu fini son assiette. La frégate à quai a reçu l’ordre de rester en garde avec d’autres navires de guerre. Le capitaine a donc réunit ses officiers pour planifier les tâches de chaque service.

Après une réunion un peu mouvementée, où DONG a dû gérer le désaccord entre deux chefs de service, il repart en salle d’opérations pour lancer un exercice de simulation de lutte anti-sous-marine.

Les Type 054A, bien que polyvalents, sont les navires chinois de surface les mieux équipés pour la chasse des sous-marins, avec en dotation une suite de combat spécialement dédié, les sonars de coque et remorqué, des torpilles légères Yu-7, des lance-roquettes ASW et aussi le missile anti-sous-marin Yu-8 à lancement vertical.

« Sonner l’alarme du système de combat sous-marin », le capitaine au poste de commandement donne le top départ de la simulation de routine.

« Allumage de sonars… Classification et identification des cibles… Préparation des systèmes d’armes… Lancement des roquettes anti-sous-marines… », à chaque étape, DONG vérifie que tous les postes travaillent et collaborent à l’état de l’art.

« L’année dernière, lors de nos patrouilles au golfe d’Aden, nous avons traité 77 cas de tentative d’accostage des pirates aux navires marchands, et expulsé 41 embarcations suspects », raconte le capitaine, « A la mer, tout est possible à tout moment, l’équipage devrait se tenir prêt. »

L’exercice est désormais terminé, DONG consacre son après midi pour les jeunes recrues qui viennent de rejoindre le bâtiment. Il aime surtout raconter l’histoire de l’ancienne frégate 556 Xiangtan, de Type 053H1, lors de la bataille navale du récif de Johnson South.

Cette bataille navale qui oppose la marine chinoise et la marine vietnamienne le 14 Mars 1988 pour le contrôle de plusieurs récifs en mer de Chine méridionale s’est soldée avec une lourde perte côté vietnamien. L’ancienne frégate 556 Xiangtan, retirée du service actif et transférée à la marine Bangladesh en 1989, a coulé un navire vietnamien et blessé un autre (qui s’est échoué et coulé par la suite) aux coups de canon de 37 et 100 mm.

« Quand la guerre sera là, est-ce que nous savons faire comme nos camarades de l’ancienne Xiangtan qui se sont battus pour la victoire ? », demande le capitaine à ses jeunes matelots.

Il est fin d’après-midi et il est temps de repartir sur le quai. DONG se change, met sa marinière et rejoint son équipage pour l’exercice physique. Malgré son âge, il tient à tout faire comme ses hommes.

La nuit tombe mais l’heure de repos semble être encore loin pour le capitaine de la frégate Type 054A. Dans la salle de réunion, il donne une formation théorique à ses officiers et sous-officiers, et partage avec eux ses notes personnelles.

« Quand deux marines se rencontrent soudainement en mer, et vous êtes le commandant du navire d’ennemi en face, quelles manœuvres tactiques allez-vous faire ? », DONG mène ses élèves à la réflexion.

La formation terminée, enfin un peu de temps pour soi, le n°1 de Xiangtan appelle sa femme qui habite à 200 km de la base.

« Cela fait une dizaine d’années que je travaille (pour la marine chinoise), et chaque année je reste au moins une centaine de jours en mission sur mer », confesse-t-il, « C’est rare que je passe plus d’un mois par an avec ma famille… »

Il est bientôt minuit, DONG prend sa petite lame-torche et part faire une tournée habituelle aux cabines des matelots, une chose qu’il fait chaque soir avant d’aller au lit.

Mais ce soir là, il doit encore veiller un peu devant son bureau, car demain sera non seulement une nouvelle journée, mais aussi et surtout le jour de préparation avant que le bâtiment regagne la mer…

Henri K.

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdu dans ses pensées, ce responsable technique en aéronautique essaie pourtant de partager avec vous chaque jour les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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