2 nouveaux satellites Beidou mis en orbite, encore 14 pour 2018

Pour son deuxième lancement spatial de l’année, et le deuxième en quatre jours, la Chine a mis en orbite ce vendredi 12 Janvier deux nouveaux satellites de sa constellation Beidou, un système de navigation semblable au GPS américain ou GLONASS russe.

Le tir a eu lieu au centre spatial de Xichang (XSLC) où le lanceur CZ-3B s’est décollé vers 07h18 du matin heure locale, avec à son bord les deux satellites pesant environ une tonne chacun. L’étage supérieur YZ-1 s’est chargé ensuite de livrer les deux passagers sur une orbite circulaire de 22 186 km x 22 508 km x 55,03°, au terme d’un voyage qui a duré près de quatre heures.

Depuis le lancement des premiers satellites expérimentaux Beidou 1 il y a 18 ans, en l’an 2000, et après la mise en service de son système Beidou 2 à couverture régionale depuis 2012, le programme de positionnement et navigation chinois va prendre un nouvel élan cette année avec 16 nouveaux satellites prévus dans l’espace à l’aide de 8 lancements doubles, dont le premier vient d’être réalisé avec succès.

On remarquera que cette fréquence de tirs, très élevée, est sans précédent. Elle est motivée avant tout par le souhait du gouvernement chinois de pouvoir ouvrir les services à l’ensemble de pays concerné par sa stratégie éco One Belt and One Road Initiative (OBOR), pour une vaste zone géographique allant de l’Asie de l’Est jusqu’à l’Europe, en passant par le Moyen Orient et le côte Est du continent africain.

Mais l’objectif de Beidou 3 est surtout d’être capable de couvrir le globe entier et d’établir un système PNT (Positioning, Navigation, Timing) sino-chinois, donc entièrement autonome et indépendant pour le pays, d’ici 2020.

 

Le lancement

Conçu par China Academy of Launch Vehicle Technology (CALT), filiale du groupe d’aérospatiale chinois CASC, le CZ-3B est la variante la plus puissante parmi les lanceurs de la famille CZ-3A, tous pratiquement dédiés aux lancements de satellites en orbite géostationnaire.

Cette fusée de trois étages, qui mesure plus de 57 mètres de haut et 459 tonnes au décollage, est capable de placer 5 500 kg de charges utiles en orbite de transfert géostationnaire (GTO).

Avant l’arrivée du nouveau lanceur lourd CZ-5, qui vient d’échouer son deuxième lancement cette année malgré un vol inaugural plutôt réussi, les satellites de communication chinois ne pouvaient pas dépasser en masse la capacité d’emport du CZ-3B, sous peine de devoir se tourner vers une société de lancement spatial à l’étranger.

Pour pouvoir mettre en orbite MEO les deux satellites Beidou 3, le lanceur chinois a dû aussi faire appel à l’étage supérieur YZ-1, qui avait déjà été utilisé dans les lancements de quatre satellites expérimentaux Beidou 3 entre 2015 et 2016. L’heure exacte du décollage est affichée à 07:18:04.616 heure locale.

A noter que la chute du premier étage de la fusée a pu être filmée en direct par les villageois d’un district en province de Guangxi, dans la zone signalée par les appels d’évacuation émis par les autorités locales avant le lancement. Aucune perte humaine ou matérielle n’a été notifiée.

Beidou

La notification pour évacuer les habitants des zones potentiellement en danger

En plus des avertissements locaux, un message aux navigants aériennes (NOTAM) a également été diffusé pour signaler une zone de retombée en mer, probablement dédiée à la coiffe, qui se situe sur le côte Est de l’île de Haïnan, bordant la mer de Chine méridionale.

A3292/17
Q) ZJSA/QRTCA/IV/BO/W/000/999/1811N11117E033
A) ZJSA B) 1711051130 C) 1711051203
E) A TEMPORARY RESTRICTED AREA ESTABLISHED BOUNDED BY:
N180540E1115053-N184350E1111900-N181640E1104331-N173836E1111528
BACK TO START.VERTICAL LIMITS:SFC-UNL.
F) SFC G) UNL

Beidou

La zone de retombée de la coiffe (Image : East Pendulum)

En plus de plusieurs stations sol en Chine et à l’étranger, le pays a également déployé un de ses navires de suivi et de contrôle spatial Yuan Wang aux différents endroits dans l’océan Pacifique pour ce lancement. Il s’agit du bâtiment Yuan Wang 6 et c’est la premier fois qu’il assure seul une mission de lancement double.

Beidou

Le navire de suivi spatial chinois Yuan Wang 6

 

Les satellites Beidou 3

Les deux nouveaux satellites Beidou lancés hier sont le 3e et le 4e de la génération Beidou 3. Les communiqués institutionnels indiquent qu’il s’agit du 26e et 27e satellites de la constellation Beidou, ce qui est vrai si on ne prend pas en compte les quatre premiers satellites expérimentaux du début de programme, lancés par quatre fusées CZ-3A entre 2000 et 2007.

On pourrait alors distinguer trois générations de satellites Beidou –

  • Beidou 1 : 4 satellites expérimentaux qui ne sont a priori plus opérationnels aujourd’hui
  • Beidou 2 : 16 satellites dont 5 MEO, 6 GEO et 5 IGSO, tous dédiés au système couvrant la région APAC
  • Beidou 3 : 5 satellites expérimentaux (I1-S, I2-S, M1-S, M2-S et M3-S) et les 4 premiers « officiels » pour la couverture mondiale

Contrairement aux deux premiers satellites officiels de Beidou 3 lancés en Novembre 2017, qui ont été conçus par l’Institut CAST du groupe CASC, les deux mis en orbite hier sont eux fabriqués par l’Académie chinoise des Sciences, et plus exactement sa filiale Shanghai Engineering Centre for Microsatellites (SECM) spécialisée dans la conception des micro-satellites.

Le gouvernement chinois a souhaité diversifier l’approvisionnement de satellites pour son système de navigation considéré comme « stratégique » et « vital », et favoriser la concurrence et par la même occasion l’innovation pour le « Made in China ».

Ces deux nouveaux Beidou 3 de SECM ont une masse individuelle ne dépassante pas les 1 060 kg, donc un peu plus légers que ceux de CAST. La puissance embarquée est supérieure ou égale à 1 700W, avec une durée de vie théorique de 10 ans contre 12 ans pour ses concurrents de CAST.

Beidou

Le nombre de satellites Beidou lancés par génération et par an (Image : East Pendulum)

A noter que le SECM a reçu une première commande de 6 satellites en Septembre 2016, qui recevront la référence officielle de MEO-7 à MEO-12. Ceci est aussi confirmé par l’écran central du centre spatial XSLC où l’on peut voir le nom de MEO-7 et MEO-8 affichés sur les satellites.

Si on se base sur ces éléments, on remarque l’erreur de nomination dans les TLE diffusés par NORAD, qui nomme les deux satellites chinois en « M3 » et « M4 ».

BEIDOU-3 M3
1 43107U 18003A 18012.78050860 -.00000073 00000-0 00000+0 0 9993
2 43107 55.0063 48.0260 0116049 177.1055 253.5890 1.82900123 56

BEIDOU-3 M4
1 43108U 18003B 18012.79740046 -.00000073 00000-0 00000+0 0 9997
2 43108 55.0043 48.0190 0115148 177.3181 264.4415 1.82877444 51

YZ-1 R/B
1 43109U 18003C 18012.18386999 -.00000065 00000-0 00000+0 0 9995
2 43109 55.0292 48.0449 0055936 345.9636 50.7102 1.78325101 42

CZ-3B R/B
1 43110U 18003D 18013.02125913 .00022321 00000-0 80110-3 0 9990
2 43110 54.9794 47.5587 5819307 170.9072 207.7800 4.39080564 74

Beidou

Les deux nouveaux satellites Beidou lancés hier s’appellent MEO-7 et MEO-8 (Image : CCTV)

Selon ces TLE, quatre objets ont été satellisés dont les deux Beidou 3, MEO-7 et MEO-8, ainsi que l’étage supérieur YZ-1 et le troisième étage du lanceur CZ-3B.

 

Statistique historique

Statistiquement, ce lancement double de satellites Beidou 3 est le 2ᵉ lancement spatial chinois en 2018, le 42ᵉ du lanceur CZ-3B, et le 262ᵉ pour la famille des lanceurs Longue Marche.

Pour l’heure, les fusées Longue Marche du groupe CASC totalisent 251 succès et 11 échecs, soit un taux de réussite de 95,80%.

Voici le nombre et le statut de lancements spatiaux chinois effectués depuis 1970, incluant aussi ceux qui ne sont pas réalisés par les lanceurs Longue Marche, et le nombre de lancements par centre spatial chinois –

Henri K.

 

 

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Et si la vision du monde est "biphasée" ? C'est ce que Henri a toujours cru, c'est également comme cela qu'il voit la Chine. Maladroit dans son écriture, souvent perdus dans ses pensées, pourtant ce responsable technique en aéronautique essaie chaque jour de partager avec vous les actualités sur l'Empire du Milieu, avec notamment les éléments à la source que vous ne verrez probablement jamais ailleurs en France.

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